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Contrôle de l’épidémie chaotique à Tonghua: l’adjointe au maire présente ses excuses.

Contrôle de l’épidémie chaotique à Tonghua: l’adjointe au maire présente ses excuses.

La gestion chaotique d’une nouvelle éruption de covid-19 dans la ville de Tonghua1通化 (province du Jilin2吉林), a attiré l’attention des médias chinois.

Dès le 12 janvier, 5 cas asymptomatiques ont été découverts. Après seulement cinq jours, on comptait 24 cas confirmés et 75 cas asymptomatiques. Le lendemain, la ville a été mise sous cloche, en procédure de confinement stricte. Le 23 janvier à minuit, la ville a confirmé 140 cas et 100 infections asymptomatiques au coronavirus.

C’était le début des problèmes pour les habitants. Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’entre eux se sont plaints: “sans nourriture”, “enceinte de 7 mois, n’a pas accès aux consultations prénatales”, “ne peut pas être hospitalisé pour effectuer sa chimiothérapie”…

Ce même jour, le Comité pour la surveillance et l’inspection disciplinaire de Tonghua3通化市纪检监委 a accusé un certain nombre de cadres du Parti d’avoir négligé leurs devoirs, affectant le travail de prévention et de contrôle de l’épidémie. Quatorze cadres exactement, dont le secrétaire du Comité de santé de la ville de Tonghua4通化市卫健委 , ont été tenus pour responsables.

Une pénurie de ressources

En 2019, la ville de Tonghua enregistrait une population de 2,1 millions d’habitants, pour 400.000 résidents permanents. La ville possède deux districts, Erdaojiang et Dongchang. Ce dernier est dorénavant un lieu à haut risque.
Le 18 janvier 2021, la fermeture de la ville de Tonghua est annoncée.

Le 21 janvier à 22 heures, les habitants du district de Dongchang sont confinés avec l’interdiction de quitter leur domicile. Des agents communautaires sont chargés de distribuer des produits de premières nécessités, directement à domicile. Certains appartements sont mis sous scellés, avec interdiction d’ouvrir pendant au moins trois jours.. 

Dans plusieurs interviews (anonymisées) réalisées par le magazine China Newsweek, les habitants de Tonghua se sont livrés. Plusieurs mots-clés ressortent : scellées inattendues”, “impossibilité de faire ses courses”, ou encore “lignes téléphoniques inaccessibles. Sans avoir été prévenu, personne n’a eu le temps de réagir. Il n’y avait aucun moyen de faire des stocks.” explique Xiaomin. Après la mise en confinement de la ville, les autorités ont agi comme si il y avait suffisamment de stocks et qu’il n’y avait pas besoin de se ruer dans les magasins. Mais maintenant, il ne reste à Xiaomin plus qu’un demi chou chinois et quelques raviolis.

Après la fermeture de la ville, les autorités ont mis à disposition quatre plateformes d’achats en ligne, dont JiTongBang5吉通帮. Le 24 janvier au matin, Xiaomin ouvre l’application avec espoir, mais cette dernière plante

Un autre habitant du district, Xiaoxi, apprend par son livreur de légumes, qu’ils traitent encore des commandes passées deux jours plus tôt: “Au moment du confinement, nous pensions qu’il y avait assez de stocks et qu’il n’y avait pas besoin de se précipiter. En réalité, tous les commerçants ont rapidement fermé.” témoigne-t-il.

“Il y a autant de chances de réussir à faire ses courses sur les plateformes officielles que de gagner à la loterie.” explique Chen Hao. Ses parents vivent également à Tonghua, il ne leur reste que quelques vieux stocks de légumes. 

Chez moi, il y a une femme enceinte de sept mois. Ma mère a fait une hémorragie cérébrale il y a quelques temps et est actuellement en convalescence à la maison. Aujourd’hui nous sommes le 23, cela fait 6 jours qu’elle ne peut pas sortir.” raconte Wang Xiu. Chez lui, il n’y a plus que quelques jours de réserves. Il a commandé des repas sur des plateformes, par trois fois, mais sans résultats.

“Après dix minutes d’attente sur la ligne téléphonique de la municipalité, celle-ci se coupe automatiquement. Aucun de mes appels n’a abouti pendant plus d’une heure à essayer. J’ai contacté le personnel qui gère le réseau, mais je n’ai eu aucun retour.” explique Xiaoqing. Sa famille a été mise en confinement dès le 16 janvier car des cas ont été découverts dans leur résidence. Depuis, on leur a livré de la nourriture seulement une fois, la moitié de ce qui a été déclaré.

En ce moment, ma mère mange un repas par jour. Elle n’a plus qu’une pomme de terre et la moitié d’un chou. Chez ma tante, ils sont trois et il ne leur reste qu’un peu de pomme de terre, deux ignames et neuf oeufs. Je ne sais pas combien de temps cela leur durera.” raconte Xiao Yu.

Des soins médicaux difficiles d’accès

Bloqués par l’épidémie, certains malades s’inquiètent de l’accès aux soins. Selon des données publiques, il y a seulement un hôpital AAA à Tonghua, l’Hôpital Central de Tonghua6通化市中心医院. Il s’agit du seul hôpital local habilité à traiter la Covid-19. À cette période, mon père devrait être hospitalisé pour sa chimiothérapie.” explique Xiao Xi dont le père est atteint d’un cancer avancé. Mais en prenant en compte les risques et le manque de matériel qu’il peut y avoir à l’hôpital, il vaut mieux ne pas l’autoriser à s’y rendre pendant un certain temps. “Ces derniers jours, ses douleurs sont de plus en plus sévères, car il n’a plus d’analgésiques.” Depuis que la ville est fermée, ces médicaments sont devenus plutôt rares.

Il y a beaucoup de personnes âgées dans notre district, j’ai demandé des médicaments mais il y a un manque de tout.” raconte Duoduo. Parmi les besoins en médication, les traitements cardiovasculaires et l’insuline sont les plus demandés. Le père de Duoduo est diabétique. En ce moment, impossible d’acheter son insuline, il peut seulement prendre un mélange d’autres médicaments pour contrôler sa glycémie. Je suis enceinte de sept mois. Je devais aller à une consultation le 18, mais je n’ai pas pu sortir.” rapporte Lili. Celle-ci a contacté la collectivité plusieurs fois, mais personne n’a répondu à ses appels et les autres lignes sont surbookées.

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Les habitants sont fatigués et la situation est particulièrement difficile pour le personnel soignant en première ligne, les agents communautaires et les volontaires. Selon les médias locaux, une secrétaire de la collectivité a travaillé sans relâche pendant six jours de suite et a fini par perdre connaissance. Un employé de la prévention épidémique, alors qu’il se rendait au domicile de quelqu’un pour réaliser un test PCR, s’est évanoui en chemin.

Mon enseignant du lycée est volontaire, cela fait déjà plusieurs jours qu’il est de garde. Il reste dans sa voiture et attend les ordres pendant la nuit.” raconte Xiaomin. Son père est aussi un personnel soignant, il n’est pas rentré chez lui depuis le 14 janvier et ne dort que deux heures par jour.

L’adjointe au maire présente ses excuses

Le 23 janvier dans l’après-midi, une vidéo-conférence abordant le contrôle de l’épidémie dans la province du Jilin est tenue à Tonghua. Il y est souligné l’importance de s’assurer que les stocks peuvent répondre aux besoins urgents de la population. Le soir même, les autorités annoncent la mise en place d’une équipe de volontaires pour la distribution des produits de premières nécessités. Les livraisons seront gratuites et accessibles au plus grand nombre.

Jiang Haiyan7蒋海燕, l’adjointe au maire de la ville a déclaré: “ À ce jour, la distribution des produits de premières nécessités pour les habitants a pris du retard et ne fonctionne pas correctement. C’est un problème pour tout le monde, c’est pour cela qu’en tant que représentante du Comité municipal, je présente mes sincères excuses à tous les habitants.”

Elle explique, qu’à ce jour, il y a plus de 800 volontaires qui s’occupent de la distribution des stocks. “Nous ferons de notre mieux pour améliorer nos capacités de distribution des produits de premières nécessités et nous nous rattraperons auprès des résidents.”

Tout comme un an auparavant, un gouvernement local est sous le feu de la critique, suite à son organisation désastreuse face à l’épidémie et doit présenter ses excuses. Le 27 janvier 2020, le maire de Wuhan, Zhou Xianwang8周先旺, s’était exprimé sur une chaîne publique de télévision chinoise (CCTV) afin de faire part de ses remords pour sa mauvaise gestion de la crise et se disait prêt à démissionner. Un an plus tard, le 22 janvier 2021, même s’il n’y a pas encore eu d’annonce officielle, on apprend que Zhou Xianwang a effectivement démissionné de sa fonction de maire de la ville de Wuhan. Cette démission découle certainement des évènements du mois de janvier dernier. Comme il est toujours plus simple, en Chine, de critiquer les gouvernements locaux plutôt que le gouvernement central, on peut s’attendre à de futures répercussions pour la mairie de Tonghua.

Cet article a été traduit à partir de l’enquête originale de 中国新闻周刊 par  陈威敬 par Célia Farouil pour EastIsRed. 


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