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[药娘] La dure vie des transgenres en Chine, entre mépris et proxénétisme

[药娘] La dure vie des transgenres en Chine, entre mépris et proxénétisme

« Yao Niang » : Ce terme désigne les femmes transgenres qui prennent des médicaments pour trouver une apparence féminine. Rejetées, méprisées et illégales en Chine, elles tombent le plus souvent dans des réseaux de proxénétisme et de dépendance aux drogues.

Zhang Yu: l’histoire d’une adolescente née Homme en Chine

« Maman, je veux changer de sexe pour être une femme. » Voilà ce que Zhang Yu, 15 ans, a annoncé à sa mère, stupéfaite. Depuis plusieurs mois, Zhang Yu prend des œstrogènes et de la progestérone pour développer ses attributs féminins. Pour qu’elle évite d’en acheter, sa mère coupe les vivres, et Zhang Yu tombe dans des cercles QQ de Yao Niang où les médicaments et les fausses ordonnances se fournissent, puis se vendent, afin de poursuivre sa transformation.

C’est le début d’un cercle vicieux qui touche de près où de loin les environ 4 millions de femmes transgenres de Chine [Pan Bolin潘柏林, médecin intégrateur transgenre au troisième hôpital de l’Université de Pékin]. L’absence de considération pour cette minorité sexuelle particulièrement méprisées (comme l’indique le rapport de l’ONU de 2016 sur le traitement des minorités sexuelles en Chine) mène à des drames, qui émaillent parfois les faits divers de la presse locale. On retient notamment les opérations « artisanales » d’émasculation pratiquées par des charlatans qui se prétendent chirurgiens sur internet. Le 10 mars 2022, un transsexuel a été tué par un homme à Wuhan, après avoir été déshabillé de force, pour avoir utilisé les toilettes des hommes.

Pour poursuivre leur traitement, illégal en Chine sans ordonnance, les jeunes « Yao Niang » affluent sur des groupes où les médicaments finissent par se vendre à des prix prohibitifs. Dépendants, et désireux de poursuivre processus de transformation, Zhang Yu comme les autres commencent à échanger des « nudes » et des vidéos pornographiques contre des œstrogènes et de la progestérone.

Innombrables, ces victimes du proxénétisme sont invisibilisées

Rapidement, les photos ne suffisent plus pour amortir le prix des traitements. L’étape suivante est pudiquement nommée « 援交 », « sortir pour aider », un terme directement issu du japonais (Enjo kōsai). Autrement dit: prostitution. Les rencontres sont organisées par les administrateurs des groupes, se monnaient entre 300 et 2000 yuans [de 40€ à 280€], sur lesquels les admins prélèvent en moyenne 10%.

« En Chine, beaucoup de gens sont prêts à payer pour la nuit de Yao Niang. Et les intermédiaires noirs peuvent aussi gagner beaucoup d’argent » selon Pan Bolin潘柏林. (Source). Profil: Hommes de 50 ans environ.

Les Yao Niang s’emparent des outils occidentaux pour communiquer. 

Ce phénomène est simplement ignoré par le gouvernement. Sur les réseaux sociaux chinois, le mot de « Yao Niang » est devenu « sensible [敏感] » en 2018. Autrement dit, il tombe automatiquement sous le coup de la censure chinoise. Le sujet est tabou. Même un médecin engagé dans la médecine transgenre comme Pan Bolin trouve encore que de nombreux collègues ne comprennent pas du tout son travail, « le traitement dans ce domaine en Chine ne fait que commencer, il est effectué sur la base de directives cliniques étrangères. Il y a aucun standard national…« .

Depuis cette censure, les vidéos pornographiques de Yao Niang affluent sur Twitter, sans contrôle.

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Récemment, les « députés » de la CPPCC se sont encore illustrés dans le rejet en bloc de ces minorités sexuelles, entre autre.

@NoéHirsch

 


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