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Le spatial chinois n’a rien à envier à Space X

Le spatial chinois n’a rien à envier à Space X

Contextualisation, analyse et traduction de l’article “中国航天不必羡慕SpaceX” (Le spatial chinois n’a pas à envier SpaceX) de AI finance & Economics (AI财经社), paru sur son fil WeChat le 31 mai 2020. Une synthèse réalisée par Lucie Sénéchal Perrouault, doctorante au CNRS.

Contexte : le NewSpace Chinois

A l’occasion du lancement et de l’arrimage réussi de la capsule habité Dragon par l’entreprise SpaceX, L’article de AI finance & Economics discute des vols commerciaux spatiaux habités et du secteur au sens large. Si le journal, consacré aux business des nouvelles technologies n’est pas un spécialisé dans l’aérospatial, l’article présente l’avantage de donner un point de vue national représentatif et raisonnablement argumenté sur le secteur du spatial commercial chinois (商业航天).

Sujet à la mode qui s’ajoute aux volets classiques scientifique et militaire, le spatial commercial chinois suscite la curiosité des observateurs occidentaux: les médias spécialisés l’évoquent régulièrement (par exemple Space News ou Axios Space), une équipe de recherches de l’Institute for Defense Analyses lui a consacré un rapport approfondi fin 2019. Côté chinois, le terme a particulièrement mis en valeur lors de la journée nationale de l’espace de 2019 (中国2019航天日) et à au moins un autre forum. Il est fréquemment évoqué dans les publications spécialisées ou à plus large audience.

On peut arguer que le Spatial Commercial est la déclinaison chinoise du NewSpace, tendance identifiée au début des années 2010 aux États-Unis qui veut que des entreprises privées entrent dans le domaine spatial, jusqu’ici domaine privilégié des acteurs étatiques. Si la tendance s’est internationalisée, il n’en reste pas moins  qu’elle fait l’objet d’aménagements nationaux en fonction de l’organisation et des priorités politiques, industrielles et scientifiques. Spécialiste du sujet, Xavier Pasco entend ainsi dans son ouvrage qu’il n’y a pas un mais des NewSpace. En Chine, où le mot d’ordre présent dans les textes officiels est que l’État guide et que le marché met en action (政府引导,市场运作) on préfère l’expression mercantilisation (市场化), inscrite dans le dernier livre blanc sur les activités spatiales à celle de privatisation (私有化). Plutôt que de parler d’entreprises privées (私营企业),les médias emploient systématiquement le terme plus vague d’entreprise ‘populaire’(民营企业), traduit ci-après comme ‘non-étatique’, qui maintient un certain flou sur la nature exacte des entreprises en question.

Synthèse de l’article

A l’occasion du lancement et de l’arrimage réussi de la capsule habité Dragon par l’entreprise SpaceX, l’article de AI finance & Economics discute des vols habités et du secteur commercial spatial au sens large en chine et aux états unis, dans une certaine mesure en Europe.

Si Elon Musk a « marqué l’histoire » et que son entreprise privée permet une baisse de coûts importante, il n’en reste pas moins que le spatial commercial outre-pacifique fait l’objet d’un soutien public important en termes financier, humain et technologique. SpaceX a ainsi bénéficié d’une stratégie nationale d’ouverture aux entreprises privées impulsée sous l’administration Bush. Les « équipes nationales » (国家队) c’est à dire le gouvernement et ses agences, les centres de recherches et entreprises publiques civiles et militaires, restent des acteurs incontournables du domaine spatial dans le monde.

En Chine, les personnes interrogées s’accordent à dire qu’un « espace vital » (生存土壤) doit être ménagé aux entreprises non étatiques (民营企业) avec le soutien du gouvernement, notamment en termes de moyens financiers et de ressources humaines. Déjà actives dans les domaines des lanceurs, de la fabrication et des opérateurs de satellites, de la mesure et du contrôle au sol et des services de données, de nouvelles opportunités s’ouvriraient pour les entreprises spatiales commerciales chinoises dans l’infrastructure internet. La fragilité actuelle du secteur commercial chinois se réduit finalement à un simple retard au démarrage. Les vols habités ne sont pas au programme de cette tendance récente, de même que les projets scientifiques ou d’exploration, pour lesquels l’équipe nationale est jugée plus appropriée.

Finalement, ce sont des « accomplissements réciproques » (互相成就) entre le secteur d’État et le marché qui sont privilégiés, mais ce modèle ne serait pas propre à la Chine. SpaceX en est l’illustration, mais aussi l’Europe, occasion d’une saillie anti-américaine surprenante au vu la sobriété générale de l’article.

Traduction de l’article

Elon Musk a marqué l’histoire. Le 31 mai 2020 à 22h30 heure de Pékin, après environ 19h de vol, la capsule habitée Dragon s’est arrimée avec succès à la Station Spatiale Internationale.

Propulsée la veille, 15 h 23 heure américaine par un le lanceur Falcon 9 depuis la rampe de lancement 39A du Kennedy Space Center, la capsule, développée par SpaceX, a envoyé en orbite deux astronautes.

Cet évènement annonce au monde entier l’arrivée de l’ère des vols habités commerciaux. SpaceX est officiellement devenue la première entreprise privée (私营公司) à maîtriser la construction et l’envoi d’engins spatiaux habités. Jusqu’à présent, cette tâche n’ était entreprise que par les ‘équipes nationales’(国家队).[…]

Remarque : Le terme ‘privé’ au sens strict (私营) n’est utilisé dans tout le texte que pour les entreprises américaines. Pour les entreprises chinoises, les termes ‘non-étatiques’ (民营) et ‘commercial’ (商业) sont privilégiés, les capitaux sont dit ‘populaires’ (民间资本) ou ‘sociaux’(社会资本)

Xie Tao, fondateur et PDG de l’entreprise de satellites commerciaux Jiutian, qui travaille depuis 5 ans dans cette branche ne peut cacher son enthousiasme : ‘C’est une libération intellectuelle. Auparavant, chacun pensait que ce genre de choses devaient nécessairement passer par l’appareil d’état, il était impensable que des entreprises non étatique (民营企业) entrent dans la bataille ».

Zhang Wei, directeur et chercheur du Centre de développement d’applications du Centre d’ingénierie et de technologie des applications spatiales de l’Académie chinoise des sciences, estime également qu’il faut donner un espace vital aux entreprises aérospatiales commerciales.

En réalité, les vols commerciaux habités rencontrent des difficultés sur l’ensemble de la planète. Cela s’explique sur deux dimensions. L’un est la comparaison entre le vaisseau spatial habité et le vaisseau spatial cargo, et l’autre est la comparaison entre l’équipe nationale et les entreprises non étatiques (民营企业).

Aux yeux de Zhangwei, les difficultés pour le transport de passagers vis-à-vis des vols cargo résident dans la sécurité des spationautes lors des phases de lancement, de l’amarrage à la station spatiale et du vol retour. « Les principaux problèmes techniques incluent le système de survie de l’astronaute, l’isolation et le contrôle de la rentrée et du retour, et le système d’évacuation des astronautes. Les investissement préliminaires sont colossaux. »

Donner de l’argent et des ressources humaines

Comme pour d’autres domaines auparavant, la commercialisation (商业化) et les sociétés privées ont apporté à l’industrie spatiale habitée américaine un meilleur rapport coût-efficacité (更高的性价比). […]

Réutilisable, le vaisseau spatial SpaceX Dragon est évalué à 55 millions de USD par siège. Auparavant, le “Starliner” de Boeing proposait 90 millions USD par siège. Sur le long terme, les États-Unis ont dépensé au total 196 milliards USD depuis 1972 pour le projet de navette spatiale pour 135 vol. Le coût moyen d’un lancement de navette spatiale est de 1,45 milliard de USD. […]

C’est en 2002 que Musk a fondé SpaceX, sous le nom complet de Space Exploration Technologies.

A cette époque, l’industrie aérospatiale américaine était en situation de duopole par Boeing et Lockheed Martin. En 2003, l’administration Bush a décidé de procéder à des réformes radicales afin de modifier le génie spatial qui avait perdu son pouvoir d’innovation sous le monopole des géants gouvernementaux et militaires. Bush Jr. a directement publié deux décrets : «la politique nationale de transport spatial» et la «politique spatiale nationale des États-Unis», qui ont ouvert un espace vital (生存空间) aux sociétés spatiales privées.

Remarque : Réflexion libérale classique et raison d’être du NewSpace : secteur privé et libre marchés sont plus innovants et plus efficient économiquement. Ainsi, avant 2003 c’est un duopole soutenu par l‘État empêchait l’innovation dans le secteur. Les expressions à consonance darwiniennes dans le texte : « espace vital » (生存土壤)  « survie du plus apte » (优胜劣汰 )s’inscrivent dans une même logique.

La NASA a commencé à soutenir un certain nombre de projets centraux de l’ingénierie des vols habités: lanceurs, capsules habités et stations spatiales etc. Mais ce n’est qu’après des années de rabotage qu’ont émergé les dernier joueurs dont SpaceX et Boeing. SpaceX s’est sans aucun doute avéré être le plus chanceux d’entre eux.

Mais est-ce vraiment simplement de la chance? En fait, c’est à SpaceX que la NASA a fourni le plus de support, en particulier après que Musk ait vidé ses propres poches. La NASA a offert une prise en charge complète de SpaceX par des investissements, du personnel mais aussi des technologies. La NASA a tout d’abord accordé à SpaceX un investissement de 500 millions USD, puis a successivement signé un total de 4,2 milliards USD pour le réapprovisionnement de fret de la station spatiale internationale et les contrats de transport de personnel de la station spatiale internationale. Pendant cette période, de nombreux scientifiques de la NASA ont rejoint SpaceX.

Les deux personnages les plus importants de ce vol, les astronautes Douglas Hurley et  Robert Benken, viennent de la NASA et ont 20 ans d’expérience dans l’espace. Douglas Hurley est lieutenant-colonel de l’US Marine Corps et a piloté une navette spatiale pour effectuer des missions. Robert Bunken est également colonel de l’Armée de l’air. Il a participé à des missions de navette spatiale et a effectué six sorties dans l’espace d’une durée totale de plus de 37 heures. Ils ont été nommés personnel exécutif par la NASA pour la mission de premier vol de la capsule Dragon.

SpaceX a certes réalisé le premier vol spatial habité commercial, néanmoins, les vols spatiaux habités commerciaux en Chine, et même l’ensemble du domaine spatial commercial, semblent rester dans l’ombre des équipes nationales (被国家队的光芒掩盖)

Rq : l’auteur minimise la « marque de l’histoire » opérée par SpaceX et rapproche les fonctionnement américain et chinois en les intégrant dans une même sous-partie.

“Les startups chinoises ne font pas de vaisseaux spatiaux habités à l’heure actuelle, le seuil d’entrée (门槛)est très élevé”, a révélé Xie Tao.

Zhang Wei explique en outre que les engins spatiaux habités nécessitent d’énormes investissements initiaux, principalement en termes de capital et de talents. Ces deux aspects sont aussi les plus grands obstacles à ce que les entreprises privées fassent des vols spatiaux habités. D’une part, l’investissement est énorme et le cycle de développement trop long, alors que les capitaux privés exigent un retour sur investissement rapide. Les entreprises non étatique ont du mal à obtenir une reconstitution continue du capital. D’autre part, les vols habités nécessite des équipes stables et durables de professionnels de l’aérospatiale. “Une abondance de fond et des perspectives de carrière sont des conditions nécessaires à la stabilité des équipe de talents.”

Cet argument est également soutenu par Xie Tao. Il déclare par exemple que sa propre entreprise devait, pour le lancement d’un satellite de 100 kilogrammes investir de 50 à 60 millions de yuans. Ce n’est que peu de temps avant le lancement qu’ils ont pu achever le tour de financement A +. Or, un vaisseau spatial pesant plusieurs tonnes, “l’investissement total est d’au moins un milliard de yuans, le coût de démarrage est trop élevé pour une startup (创业公司)”.

Xie Tao évoque également que chez SpaceX tout est fabriqué en boucle fermée, depuis les lanceurs, les satellites et jusqu’aux vaisseaux spatiaux, à défaut de quoi se poseraient de difficultés de compatibilités. Si l’entreprise ne fabrique que des vaisseaux spatiaux, les lanceurs sans non compatibles ne sont pas fiables, aussi commence-on généralement en par le plus simple

Pour ce qui est des talents, des diplômés tels que l’Université d’aéronautique et d’astronautique de Pékin (北京航空航天大学), l’Université polytechnique du Nord-Ouest(西北工业大学), l’Université d’aéronautique et d’astronautique de Nanjing (南京航空航天大学) et d’autres diplômés de master affluent pour la plupart vers les instituts de recherche scientifique après l’obtention de leur diplôme. Xie Tao révèle qu’il n’y a pas longtemps, il a communiqué avec les dirigeants du gouvernement municipal de Pékin et a constaté que de nombreuses entreprises commerciales de l’aérospatiale ont proposé que le gouvernement donne des indicateurs établis pour attirer des professionnels dans le système souhaité.

Une occasion pour le spatial commercial chinois

Néanmoins, les tensions relatives aux talents se relâchent quelque peu. Un chercheur d’un institut de recherche aéronautique à Shanghai a déclaré à AI Finance que les instituts de recherche offraient certes une stabilité, mais que les instituts en aéronautique et aérospatial pratiquaient beaucoup d’heures supplémentaires. Ce n’est pas rentable, en particulier dans les villes de premier niveau (一线城市) où les prix de l’immobilier sont élevés et la pression intense.

“Lorsque l’augmentation salariale des instituts de recherche est beaucoup plus faible que celle des entreprises aérospatiales privées, un grand nombre de personnes changent d’emploi. Au sein de notre département, 30% des membres ont changé d’emploi en 2016.” Il a révélé que le Shanghai National Defense Institute versait aux diplômés de master un salaire annuel d’entrée de de 160 000 à 180 000 RMB environ (20 000 à 23 000 EUR environs), et de seulement 200 000 RMB brut (25 000 EUR env.) après quelques années d’ancienneté. Le salaire est encore plus bas dans les villes de deuxième et de troisième niveau comme Nanjing.

Pourquoi existe-t-il aux États-Unis une entreprise commerciale de vols habités comme SpaceX alors qu’en Chine les startups peinent? De l’avis de Zhang Wei, cela résulte en fait du soutien de l’État. “Le vol spatial habité américain est fortement axé sur le marché. Les vaisseaux spatiaux, les lanceurs, etc. font tous usage du système d’approvisionnement des marchés publics. Les commandes de la NASA et le soutien du personnel professionnel et technique sont la garantie des principales réalisations de SpaceX.”

Par exemple, dans la recherche et le développement de la capsule habitée Dragon, la NASA a soutenu SpaceX avec 2,6 milliards USD et a envoyé des professionnels. “On peut dire que sans le soutien de la NASA, il n’y aurait pas de SpaceX aujourd’hui.”

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Zhang Wei estime que l’industrie aérospatiale commerciale chinoise est encore dans sa phase de “démarrage”: le soutien financier manque et l’équipe de talents professionnels instable, ce qui se traduit par des capacités de R&D insuffisantes et des difficultés à obtenir une compétitivité de base pour les entreprises innovantes.

Un vétéran d’une entreprise aérospatiale commerciale n’est pas particulièrement inquiet. Il déclare à AI Finance que l’aérospatiale commerciale était concentrée dans les domaines des lanceurs, de la fabrication et des opérateurs de satellites, de la mesure et du contrôle au sol (TT&C) et des services de données. Elle n’a aucun avantage absolu sur l’équipe nationale. “La raison objective en est que le démarrage a été trop tardif.”

L’aérospatiale commerciale Chinoise n’est vraiment sortie de terre qu’en 2015. La politique d’intégration militaire et civile aérospatiale (航天军民融合政策) a été lancée à cette époque, les capitaux privés (民间资本) sont progressivement entrés dans les domaines de la recherche et du développement de lanceurs, de fabrication de satellites, de l’application de satellites, etc., mais ils ne se sont accumulés que pendant trois à cinq ans. Zhang Changwu, PDG de LandSpace (蓝箭航天, entreprise de petits lanceurs fondée en 2015 par l’université Tsinghua NdT), a révélé que le rythme de développement de l’aérospatiale commerciale en Chine au cours des cinq dernières années a dépassé le taux de croissance des États-Unis au cours de la même période et que son endurance est très forte.

L’argumentaire, un tantinet chauvin, est classique : la fragilité du secteur en Chine s’explique par un ‘retard au démarrage’. Les propos prêtés à Zhang Changwu en termes de croissance sont à prendre avec précaution : si des évaluations, réalisées par des entreprises de consultance, existent sur l’évolution des marchés spatiaux commerciaux (par exemple Euroconsult, Space Angels, Yiou), elles ne communiquent généralement pas de méthode de calcul et restent sujettes à caution.

Plus intéressant, la date retenue pour la naissance de l’aérospatial commercial est 2015, vraisemblablement en référence au plan de développement de 2015 pour l’usage civil des infrastructures spatiales (国家民用空间基础设施 中长期发展规划). Les observateurs choisissent habituellement l’opinion directrice n°60 de 2014, texte qui a trait à l’entrée de capitaux privés dans certains services publics à caractère innovant (国务院关于创新重点领域投融资机制鼓励社会投资的指导意见).

Alors, quelles sont les opportunités futures pour l’aérospatiale commerciale en Chine?

Selon Xie Tao, l’Internet par satellite présente les perspectives de développement les plus importantes: l’une consiste à utiliser la nouvelle politique d’infrastructure, l’autre à s’adapter à l’ère de la 5G et à s’intégrer à de nombreuses industries de l’Internet industriel.

A contrario, il ne pense pas que les entreprises non étatiques aient l’avantage pour les vols spatiaux habités. “SpaceX peut le faire, même s’il se nourrit de commandes gouvernementales, mais l’équipe nationale chinoise fait du bon travail ici. Les entreprises non étatiques intègrent le marché et cherchent une place sur la place boursière existante, ce qui n’a pas beaucoup de sens. Mais l’Internet par satellite est un nouveau marché, apparu en raison de l’explosion soudaine du potentiel de l’espace en orbite basse où dizaines de milliers de satellites peuvent être déployés. Le timing est serré mais on peut obtenir un retour sur investissement. Il est plus approprié pour les entreprises privées d’y intervenir ».

Il résume ainsi: l’équipe nationale convient aux projets qui ne peuvent pas être rapidement réalisés, mais qui sont d’une grande importance pour le progrès du développement humain, tels que l’alunissage, l’exploration de Mars, la construction de stations spatiales, les vols habités, etc. Le domaine du spatial commercial, dévolu aux entreprises non étatiques, convient aux projets qui se combinent avec l’industrie pour faciliter la réalisation de la valeur commerciale […]

Des accomplissements réciproques avec le secteur national

Plutôt que de parler du succès de Musk, il est plus approprié de dire que SpaceX et la NASA se soutiennent mutuellement et construisent ensemble un plan directeur. […]

En octobre 2019, la CEO de SpaceX Gwynne Shotwell a déclaré qu’elle considérait l’armée américaine comme un client potentiel pour le haut débit. Depuis lors, selon Space News, l’armée américaine et SpaceX ont signé un accord de coopération en R&D appelé CRADA. L’accord stipule que le département des services de défense testera le réseau satellite Starlink dans les trois ans et évaluera s’il répond aux exigences de transmission de données de l’armée américaine.

Un exemple analogue de collaboration entre le gouvernement et les entreprises privées s’est produit dans le domaine aérospatial européen. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe, devenue noblesse en déclin, se mourait à petit feu sous la répression Etatsunienne. Face aux européens, les Américains affichaient déjà un sentiment de supériorité globale. Les Européens, dépassés, ont alors décidé de dépasser les États-Unis dans l’aviation civile et de briser le monopole, long de  de 35 ans, du Boeing 747. Un objectif « ardu et grandiose » selon leurs propres mots.

L’européen Airbus, passé en quelques années de petit frère à géant à pied d’égalité avec Boeing, est devenu un représentant inspirant. Avant que l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne ne créent conjointement Airbus, ni le British Trident britannique, ni le Concorde français n’avaient jamais vraiment contesté l’hégémonie des compagnies d’aéronautiques américaines.

Le succès d’Airbus est dû à presque toute l’Europe, avec un soutien global des financement et des marchés. Un aspect qui met les États-Unis très mal à l’aise. Après avoir promis d’appliquer une économie de marché, Airbus a compté dès le départ sur des subventions gouvernementales. Nominalement, il s’agissait de prêts publics, mais nul personne ne sait si elles seront remboursées in fine.

Ce passage visiblement parabolique et peu soucieux de la réalité historique détonne dans un article au ton globalement sobre. En décentrant le sujet vers l’aéronautique, l’auteur fait allusion aux accusations américaines de concurrence déloyale, en les adressant à une Europe allégorique qui sort finalement victorieuse : la métaphore au profit de la Chine est cousue de fil blanc. Notons que, dans les faits, les accusations, portées devant le panel de l’OMS, vont aujourd’hui à double sens.

Zhang Wei exprime des vues similaires, déclarant à AI Finance and Economics que si l’aérospatiale commerciale de la Chine doit se développer, d’une part, elle a besoin de la ‘survie des plus aptes’ (优胜劣汰) opérée par le marché, les entreprises aérospatiales commerciales étant généralement de petite taille et manquant de capacités d’innovation. Mais d’autre part, elle est encore moins dissociable du soutien gouvernemental, y compris en termes financiers et de personnel, pour garantir un approvisionnement orienté vers le marché, l’introduction de politiques de soutien, etc., afin de donner aux entreprises aérospatiales commerciales un espace vital.

Xie Tao a révélé que son entreprise a déjà commencé à prendre des commandes pour des projets nationaux et qu’elle postule également à des projets de pointe. “L’attitude du gouvernement est que, tant que vous pouvez justifier avoir les des qualifications et des capacités, ils achèteront.” […]

 

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