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Passe Muraille n°68 – semaine du 22 juin

Passe Muraille n°68 – semaine du 22 juin

Editorial

Un Passe Muraille très réduit pour des raisons logistiques. Nous revenons avec un format normal la semaine prochaine.

Nous remercions Quentin Genaille, qui rédige la partie “relations sino-européennes” et Clémence de Gail pour la relecture.

Bonne lecture,

Pierre, rédacteur du Passe Muraille

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Economie

L'essentiel

Consolidation des réseaux

Un article viral, paru en début de semaine, rapidement censuré mais qui a réussi à lancer un débat sur des pans de l’internet chinois. Cet article, originellement publié par SouthernWind (南风窗) traite de la politique de “consolidation” des villages dans le Shandong rural. Le terme en chinois est “合村并居” (合并 voulant dire “fusionner” ; 村 village et 居 résidence, habitation). La traduction en français est complexe et nous avons fait le choix de réhabilitation même si, comme vous allez le voir, le terme n’est pas exact.

L’article de Nanfengchuang, reproduit sur le site de ChinaDigitalTimes, relate les déboires de familles d’un petit village du Shandong. Les habitants de ce village ont été contraints de quitter leurs maisons pour être regroupées dans des “nouveaux quartiers”, avec de nouvelles habitations plus modernes. Ces habitations, dont des images peuvent être aperçues dans l’articles ou ont été collectée par Chenchen Zhang, correspondent au standard de la “maison moderne” : deux étages, sanitaires modernes, eau courante, etc. Seulement, elles ne sont pas en “accord” avec les besoins de la population. En effet, selon les témoignages de l’article, elles ne sont pas adaptées à la vie à la campagne, d’agriculteurs : pas d’endroit où ranger le matériel, des frais supplémentaires (eau, électricité, chauffage au gaz), etc. De plus, elles forcent au regroupement des familles. Dans les villages “traditionnels”, les parents pouvaient disposer de leur propre maison et les enfants, une fois mariés, de la leur. Les nouvelles résidences imposent ainsi une cohabitation malvenue entre les aînés et les nouvelles générations.

L’une des raisons pour laquelle l’article a été rapidement censuré est parce qu’il relate des relocations forcées. Une personne témoignant auprès des journalistes expliquent avoir été convoquée plusieurs fois au commissariat où elle a subi des pressions et des menaces. Si sa famille refuse de déménager, des enquêtes seront lancées, ils perdraient le travail, etc. Bien sûr, les familles relocalisées se verront “dédommagées” pour leur biens. Un dédommagement souvent faible qui laisse aux habitants le sentiment d’être perdant au change. Malgré la censure de l’article, les autorités locales ont été forcées à réagir sur le sujet. En début de semaine, les autorités du Shandong ont tenu une conférence de presse sur le sujet. Ils ont rappelé les justifications de cette politique de consolidation des villages : lutte contre la pauvreté, mais aussi exode rural (le Shandong étant une province avec le plus grand nombre de villages, villages dont la population moyenne est l’une des plus faible du pays).

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Industries et Technologies

L'essentiel

Semiconducteurs

Beaucoup d’éléments sur Huawei ces dernières semaines, qui méritent d’être dans le cadre d’un “essentiel”. Tout d’abord, un article intitulé “Samsung ne sauvera pas Huawei”. Des rumeurs circulaient sur un “plan” ou “accord” avec l’entreprise coréenne, à qui Huawei aurait pu céder une partie de ses parts de marché dans la téléphonie mobile en échange d’accès aux fonderies de Samsung pour la production des bases 5G. Rumeurs qui ont suscité des interrogations et ont été rapidement démenties. Par contre, Huawei cherche réellement à se doter ou du moins à accéder une capacité de production de circuit intégrée (non américaine). La possibilité de se doter d’une telle capacité a déjà été ébauchée dans le Passe Muraille n°65. Si Huawei souhaitait mettre la main au porte-monnaie et débourser au minimum deux milliards de dollars pour acquérir les équipements nécessaires auprès de la Corée, du Japon de l’Europe ou de Taiwan, c’est faisable, assurent les auteurs. Mais il ne faut pas perdre de vue que l’achat d’équipements n’est pas certain (Samsung est également sous pression américaine) et surtout que l’achat des équipements ne garantie par une qualité de production certaine (voir le Passe Muraille n°65) et l’autonomie serait limitée aux paliers technologiques intermédiaires (les processeurs d’une finesse de gravure de 14 nm par exemple). Dans tous les cas, dans l’industrie des semiconducteurs (chinoise), le mot d’ordre est “indépendance”, qu’importe le résultat de l’élection de novembre. La dernière phrase est clé : “tant que la Chine crée et maintient un cadre de travail suffisamment attirant pour les nouvelles générations d’ingénieurs chinois, l’autonomie est possible”.

Dans le domaine automobile, Huawei suit toujours sa stratégie “Huawei ne fait pas de voitures” (不造车). Ce qui ne veut pas dire pour autant que l’entreprise fondée par Ren Zhengfei ne fournit pas ses composants aux fabricants. Ainsi, BYD va utiliser les processeurs Kirin pour ses cockpits automobiles. Si les deux entreprises ont déjà coopérer (et que BYD s’apprête à lister sa filiale semiconducteurs, dont nous avions parlé ici), la nouvelle est importante : c’est la première fois qu’une entreprise autre que Huawei utilise et intègre les processeurs Kirin conçus par HiSilicon. L’article cité ici montre également le travail effectué par Huawei pour développer les technologies permettant véritablement de rendre les voitures “connectées” : modules 5G, technologies de partage de l’information du véhicule vers “l’extérieur”. Un développement ancien puisque les premières recherches ont commencé dès 2009. Mais au delà des modules “complémentaires” (liés au “cockpit” de la voiture ou à la communication), Huawei vise le “coeur” du véhicule, à savoir, les systèmes de pilotage automatique et de contrôle. A cet égard, Huawei a reçu en février une certification allemande pour son “Intelligent Driving Computing Platform” ce qui lui donne une longueur d’avance sur Qualcomm, mais ne vaut toujours pas les capacités offertes par les systèmes de NVIDIA. Sur ce segment des composants “centraux” automobiles, Huawei place ses pions, grâce à sa coopération avec BYD mais aussi via sa coopération avec STMicroelectronics pour la production des semiconducteurs de type de IGBT. La coopération avec STMicro semble donc être une étape importante pour Huawei, qui cherche à se renforcer dans la filière véhicule et à être moins dépendant de TSMC. Selon DailyIC, la voiture MAXUS EUNIQ produite par SAIC intègre des contrôleurs dont les processeurs sont fabriqués par STMicro. Selon DailyIC, la coopération avec STMicro est bien plus ancienne que son annonce et dure depuis environ un an.

See Also

Brèves

Remplacer MatLab

Début juin, le département américain du commerce a restreint l’accès à deux universités militaires chinoises, le Harbin Institute of Technology et l’Université d’Ingénierie d’Harbin au logiciel MatLab, très utilisée dans l’ingénierie, la biologie, et différents domaines scientifiques. Pour palier à la perte d’accès à ce logiciel, les ingénieurs et internautes chinois se sont mis en quête d’un remplaçant. Une entreprise chinoise, basée à Pékin, Liangao Software (联高软件公司) proposerait une alternative, appelée Truffer, qui promet de reproduire 70% des fonctions de MatLab d’ici six mois, 100% dans un an, et des fonctions avancées complémentaires d’ici 3 ans. Les internautes sont toutefois sceptiques : un certain nombre d’entre eux ont eu accès au code du logiciel, et indiquent que le projet n’est pas encore arrivé à maturité. S’il permet effectivement de reproduire des fonctions de base de MatLab, le code est encore “brut” et les objectifs paraissent ambitieux. De plus, si Liangao existe depuis près de 20 ans et dispose d’une réelle expertise dans la conception de logiciel, elle n’a pas travaillé sur ce type de projet (logiciel d’applications mathématiques) et surtout le projet Truffer n’apparaît pas sur leur site. Une affaire à suivre donc, dans un secteur critique pour l’autonomie technologique de la Chine.

Affaires extérieures

L'essentiel

Chine - Europe

Par Quentin Genaille

Le sommet UE-Chine virtuel de lundi a été marqué par la prise de position forte de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen qui a accusé la Chine de perpétrer des cyber-attaques et des campagnes de désinformation en Occident. Un sujet sur lequel Josep Borrell – chef de la diplomatie – a jusque-là opté pour le maintien du statu quo. Parmi les dossiers abordés ont été cités les droits humains, Hong Kong et l’avancement de l’accord sur les investissements (très attendu par les Allemands notamment). En outre, l’accord sur les indications géographiques est en passe d’être finalisé. Pourtant, il semble qu’en interne, le sentiment pré-sommet était généralement pessimiste, évoquant un potentiel agenda stratégique pour 2025 mort-né alors que l’agenda actuel est désormais obsolète.

Dans la communication chinoise, l’optimisme est de mise, que ce soit pour la conclusion de l’accord commercial pour cette année ou pour une signature de l’accord sur les indications géographiques “avancée”. Li Keqiang a tout de même appelé l’UE à “assouplir ses restrictions sur ses exportations vers la Chine” mais ne mentionne jamais les accusations qu’il a reçues lors du sommet, préférant mettre l’emphase sur une coopération “qui n’a jamais faibli” durant la pandémie. De son côté, Xi Jinping a affirmé que la Chine était une opportunité, pas une menace (“中国是机遇不是威胁”), résumant l’idée générale de son discours qui insiste plus sur la relation de “partenaire” que sur celle de “rival“, cette dernière étant plutôt caractéristique de l’approche européenne (mais sujette à interprétation comme l’a montré Borrell début juin).

Le sommet était également l’occasion de renforcer l'(auto-)ostracisation des États-Unis sur la scène internationale, une situation qui arrange bien la Chine. Ainsi, Xi a qualifié les relations UE-Chine de “double moteur” (“双引擎”) tout en rappelant l’adhérence de l’UE au système multilatéral. Ce sommet marque peut-être les débuts d’une nouvelle relation entre la Chine et l’Union européenne dans un monde où l’effacement progressif du phare occidental américain requerra plus de réalisme et d’intégration européenne.

Pour subsister, l’UE devra aller à l’encontre des intérêts chinois et promouvoir sa propre intégration (comme en Serbie et en Italie). Mais elle devra avant tout faire face à l’asymétrie qui caractérise sa relation avec la Chine, mieux comprendre ce régime et ses objectifs de long-terme, avant de pouvoir prétendre à un rôle normatif de l’ordre mondial.

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