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Passe Muraille n°69 -semaine du 29 juin

Passe Muraille n°69 -semaine du 29 juin

Editorial

L’été approche, mais la charge de travail ne diminue pas. Un Passe Muraille centré sur les sujets les plus pressants.

Nous remercions Quentin Genaille, qui rédige la partie “relations sino-européennes” et Clémence de Gail pour la relecture.

Bonne lecture,

Pierre, rédacteur du Passe Muraille

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Affaires intérieures

L'essentiel

Hong Kong

Le 1er juillet est également l’anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la République populaire. L’anniversaire de cette année a été marqué par l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale de Hong Kong, qui rapproche, ou du moins brouille, les différences entre les deux régimes juridiques. La loi, dont le texte en anglais est disponible ici, a été rendue publique environ 45 minutes avant son entrée en application. Il ne s’agit pas de refaire une analyse du texte, alors que d’autres bien plus pertinente ont été réalisées, comme celle de Donald Clarck dans the ChinaCollection.

Comme il l’indique avec grande clarté, ce n’est pas tant la définition des crimes que les institutions qui importent. Dans le cas présent, la loi établit deux structures : un comité pour la sécurité nationale et un bureau en charge de la sécurité du gouvernement central dans la région autonome de Hong Kong. Dans les deux cas, mais en particulier pour le bureau, c’est le gouvernement central de Pékin qui dispose de l’influence bureaucratique décisive. Et le cadre du PCC choisi pour diriger ce bureau nouvellement créé est Zheng Yanxiong (郑雁雄). Comme l’indiquent certains observateurs, Zheng Yanxiong a fait carrière dans le Guangdong, en particulier dans le département de la propagande (2013-2018), où il a notamment mis au pas le Southern Weekend (南方周末), hebdomadaire libéral alors jugé trop critique. Il a également contribué à réprimer le mouvement de contestation et la démocratie locale de Wukan. Il sera flanqué de deux adjoints, l’un issu du Ministère de la Sécurité publique, l’autre du Ministère de la Sécurité d’Etat.

Samedi 4 juillet, lors d’une réunion du comité élargi sur la sécurité publique, Zhao Keji a souligné l’importance de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, rappelant qu’elle permet d’équilibrer les forces politiques, et de lutter contre la violence en “punissant le petit groupe d’extrémiste” qui sévirait dans la ville. Les prochains jours et semaines seront clés pour comprendre la mise en pratique de cette loi. Dans quelle mesure celle-ci va-t-elle toucher à la liberté académique, d’expression, de rassemblement, etc. Une discussion au département de droit l’université de Hong Kong donne un excellent aperçu des possibilités d’application de cette loi.

Anniversaire du PCC

Mercredi 1 juillet, le Parti communiste chinoise a célébré ses 99 ans. La date officielle de fondation du Parti qui dirige aujourd’hui la République populaire de Chine est le 1 juillet 1921. L’éditorial du Quotidien du peuple publié pour l’occasion met en valeur les réussites du Parti en termes de gouvernance, dans la gestion de la crise du COVID-19, mais plus généralement, en ayant “toujours placé le peuple au coeur de son programme”. Par ailleurs, le Parti “n’a pas d’intérêts propres” et ne craint pas “de lutter contre les groupes d’intérêts qui feraient obstacle au développement du pays”. “Uni autour du Parti avec Xi Jinping en son centre”, la Chine n’a pas à craindre les difficultés et pourra accomplir le grand projet de renaissance de la nation chinoise. Xinhua a également publié à l’occasion les principaux chiffres concernant le Parti. Ainsi, il compte plus de 91,9 millions de membres ; 4,68 millions d’organisations “de bas échelons” (grassroots, 基层, terme renvoyant aux plus petits échelons administratifs) ; les femmes comptent pour seulement 27% des membres du PCC (tous échelons confondus) et les minorités ethniques pour 7.4%. Les membres de moins de 35 ans comptent pour 24% ; la proportion de membre de plus de 56 ans est de 37%.

En termes de réactions internationales, Xinhua affirme  que plus de 100 partis politiques dans le monde félicité le PCC pour son 99e anniversaire, dont le Parti communiste français, qui a le droit à un paragraphe détaillant son message, ainsi que le Parti de la gauche européenne.

Brèves

Organisation & idéologie

L’organisation des activités politiques (entendez là, le renforcement du Parti) est un sujet cher au président Xi Jinping, qui n’a eu de cesse de lancer campagnes et directives sur ce sujet. Présidant mardi une session d’étude du Politburo du Comité Central du PCC, le président Xi a une nouvelle fois insisté sur le besoin de mieux appliquer la ligne organisationnelle du Parti. Concrètement, ces exhortations suivent celles publiées ces dernières années : maintien de la “mission originelle” (voir le discours de Xi Jinping posté le 30 juin) ; rectitude idéologique, lutte contre les pratiques “douteuses” (bureaucratisme, formalisme, etc). Xi Jinping souligne le besoin de disposer de cadres “irréprochables” dans leur conduite et de talents pour gérer correctement l’État.

Economie

L'essentiel

Géographie économique du Shandong

La semaine passée, nous revenions brièvement sur la politique de “consolidation” des villages dans la province du Shandong. A la suite de cet événement qui a marqué l’opinion publique chinoise, l’économie du Shandong s’est retrouvée au centre de l’attention médiatique, et ce, pour plusieurs raisons. Dans un article publié par Southern Window, le média qui avait révélé l’affaire des consolidations de village, les journalistes examinent les problèmes liés à la géographie économique de la province du Shandong. Forte d’une population de plus de 100 millions d’habitants, d’un PIB de plus 7 trillions de RMB (1.100 milliards de dollars), le Shandong est une région dynamique et, du moins en apparence, riche.

Or, la croissance de la province est plutôt en berne et les opportunités peu nombreuses, en témoigne l’exode massif de population (le Shandong est la province qui a “perdu” le plus d’habitant l’année précédente.) En cause selon certains, le manque de moteurs économiques identifiés au sein de la province. Les autres provinces économiquement dynamiques de la Chine sont en général construites autour d’un couple de villes, bien souvent la capitale et un port commercial. On retrouve par exemple ce schéma dans le Zhejiang (Hangzhou & Ningbo), dans le Fujian (Xiamen & Fuzhou) ou dans le Liaoning (Shenyang & Dalian). Au Shandong, les centres urbains de Jinan (capitale provinciale) et Qingdao (principal port) ne comptent finalement pas tant que ça dans l’économie provinciale. Jinan en particulier est critiquée pour être une des capitales provinciales les plus “insignifiantes” du pays.

Ces dernières années, Jinan a réussi a rattraper une partie du retard sur la ville de Qingdao (elle même frappée par une légère récession), en intégrant notamment des districts voisins dans sa structure administrative. Néanmoins, la région de Yantai (métropole du Shandong, située au nord-est de Jinan) reste très puissante sur le plan économique, tandis que Jinan doit rester attractive en particulier face à l’expansion administrative et économique de Zhengzhou (Henan) mais aussi au rouleau compresseur économique que forme le plan d’intégration Beijing, Tianjin, Hebei (aussi appelé plan ‘jing, jin, ji’ – 京津冀).

Désormais, la province du Shandong mise sur les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, pour laquelle une seconde zone pilote a été décrétée. Surtout, plusieurs plans visant à renforcer l’intégration administrative, les transports et les infrastructures provinciales ont été lancés pour permettre à Jinan et plus largement au Shandong de retrouver une certaine attractivité.

Brèves

Politique industrielle

Le comité central du PCC signe plusieurs documents en partenariat notamment avec la commission pour l’approfondissement des réformes. Parmi ces documents les “opinions dirigeantes pour le développement conjoint des technologies de l’information et l’industrie manufacturière” (关于深化新一代信息技术与制造业融合发展的指导意见). Ce document vise notamment  la modernisation de l’appareil industriel en y adjoignant l’internet industriel. Sur ce sujet, voir notamment le rapport du MERICS consacré à l’internet industriel.

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Industries et Technologies

L'essentiel

Inspur

Inspur (浪潮) est l’une des plus anciennes entreprises chinoise de la “tech”. Cette entreprise joue un rôle majeur dans le déploiement des infrastructures numériques chinoises. Or, elle s’est retrouvée fin juin sur la liste des entreprises chinoises ayant un lien avec l’APL, un document élaboré par le département de la défense américain. Les conséquences n’ont pas tardé à se faire sentir : dès le 29 juin, cinq jour après la publication de la liste, Intel a suspendu les livraisons à Inspur. Selon l’entreprise américaine, la suspension n’est pas définitive mais nécessaire le temps “d’ajustements” dans les chaînes de production. Inspur, troisième constructeur de serveur au niveau mondial (premier en Chine) est extrêmement dépendant des composants d’Intel, commandant pour deux milliards de processeurs chaque année. Un tel client est aussi précieux pour Intel, qui ne risque pas de complètement couper l’approvisionnement à court terme, bien que le gouvernement américain soit inquiet de l’accroissement des livraisons de processeurs x86 à la Chine.  Une autre entreprise chinoise s’est retrouvée sur la liste du département de la défense américain : Zhongke Shuguang (中科曙光), qui détient 36% des parts dans Haiguang (海光信息), entreprise partenaire d’AMD en Chine. Par ce biais, Zhongke Shuguang cherche à “absorber” la technologie d’AMD pour développer ses propres processeurs. Elle serait en mesure d’itérer (de modifier des produits) à partir d’une architecture (similaire?) x86 depuis 2018.

Toutefois, l’industrie chinoise des serveurs est largement dépendante des Etats-Unis. Les processeurs Kunpeng (conçus par Huawei à partir d’une architecture ARM) ne représentent qu’une part marginale du marché. Des entreprises comme Xinhua III (autre constructeur de serveur) en ont certes utilisé, mais à un niveau marginal. “L’espoir” est donc cristallisé dans les architectures développées par ARM. L’entreprise tente de concurrencer Intel sur le segment des serveurs où Intel règne en maître.

Applications chinoises bannies en Inde

Quelques semaines après les affrontements violents qui ont tué une vingtaine de soldats indiens et au moins autant de soldats chinois, l’Inde a annoncé l’interdiction de 59 applications chinoises sur le territoire indien. Parmi ces applications, certaines très connues, comme Tik Tok ou WeChat, d’autres moins comme UC Browser ou Meitu. Pour comprendre l’importance de cette décision, il faut considérer les parts de marché dont disposent les applications chinoises en Inde. C’est l’un des pays où elles sont le plus populaires. Ainsi, selon ce chercheur, TikTok recense 600 millions de téléchargements (30% du total) et 100 millions d’utilisateurs actifs. ShareIt, application de partage de fichier, est la troisième application la plus “active en Inde”, et UC Browser est le deuxième navigateur le plus utilisé (13% des parts de marché). Xiaomi, dont plusieurs applications liées ont été bannies, dispose de 30% des parts du marché des mobiles. Pour Bytedance, la perte de l’Inde pourrait représenter un manque à gagner de près de 6 milliards de dollars. MacroPolo a consacré à la rivalité sino-américaine sur le marché indien une note très claire. La question est désormais de savoir comment va s’appliquer l’interdiction : les applications seront-elles simplement retirées des appstores, ou complément bloquées (à la manière chinoise) afin d’empêcher leur utilisation. Ces détails seront probablements éclaircis dans les prochains jours.

Brèves

Tencent

Alors que les nouvelles infrastructures deviennent un élément clé de la relance chinoise, Tencent renforce ses investissements dans les data centers. La ville du Qingyuan (清远, dans le Guangdong), a récemment célébré l’ouverture dans grand data center construit par Tencent. Surtout, le centre de Qingyuan est le premier “hyperscale data center” de Tencent : il abrite 1 million de serveur sur une surface équivalant à 40 terrains de football. Selon l’article traduit ici, le data center aurait été construit en un an à peine, avec un  recours à des technologies développées en interne par Tencent. Une technologie de construction intitulée T-bloc a été mise au point pour une construction modulaire, permettant de baisser fortement les coûts d’installation. De plus, Tencent a utilisé ses propres serveurs dédiés au cloud, développés en interne, intitulés “Xingxinghai” (星星海). Sur l’épineuse question énergétique, Tencent a annoncé un indicateur d’efficacité énergétique de 1.25 (un score honorable, en comparaison Google atteint une efficacité énergétique de 1.09 sur ses meilleurs centres, 1 étant l’idéal à atteindre). Tencent a également lancé d’autres projets : à Songjiang (Shanghai, l’entreprise construit un centre dédié aux applications d’intelligence artificielle) ainsi qu’un agrandissement de celui de Tianjin, dans la zone de Binhai.

Affaires extérieures

L'essentiel

Chine - Europe

Par Quentin Genaille

Toujours optimiste, la diplomatie chinoise continue de croire en la signature de l’accord bilatéral sur les investissements étrangers. Contradictoire quand, en parallèle, la Commission dévoilait la semaine dernière un plan de filtrage de ces investissements visant indirectement la Chine. Cette nouvelle épine dans les relations sino-européennes est perçue par les entreprises chinoises comme une initiative “protectionniste” et contre-productive, alors que dans le même temps, Huawei a été condamnée cette semaine en Allemagne pour un refus d’accès aux données d’un ancien manager.

Ces frictions économiques reflètent un clash des valeurs qu’il devient difficile d’ignorer pour l’exécutif européen, qui envisage finalement une éventuelle riposte face à la situation à Hong Kong. Manfred Weber, le chef du Parti populaire européen (PPE), évoque des valeurs européennes “sous pression” et voit la Chine comme le “vainqueur” de la crise actuelle. Weber, se joignant à la gronde du Parlement contre la loi de sécurité chinoise, a d’ailleurs comparé l’Europe aux Américains qui s’étaient faits garants des valeurs occidentales pendant la guerre froide. Une rhétorique de la “guerre froide” qui semble s’imposer de plus en plus tant côté chinois qu’en Occident…

Pourtant, la question de savoir dans quelle mesure la Chine est un “rival systémique” continue de faire débat en interne. Les dernières semaines ont montré une divergence d’opinion entre la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dont l’assertivité est vue comme un “tournant” dans les relations UE-Chine, et son plus modéré vice-président Josep Borrell. À l’échelle des pays membres, l’ambivalence est également de mise. L’Allemagne, par exemple, préfère se concentrer sur l’aspect “partenaire” de la relation plutôt que celui de “rival”, une position qui donne un étrange écho à la citation de Xi Jinping lors du sommet européen la semaine dernière (“la Chine est une opportunité, pas une menace”).

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