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[1] Quelle image publique Xi Jinping souhaitait donner?

[1] Quelle image publique Xi Jinping souhaitait donner?

Dans « le Tao du Prince », l’auteur antique Han Feizi [韩非子] explique le principe de l’agir dans le non-agir pour le souverain: lorsque chacun est à sa place, la mécanique naturelle d’une société bien organisée permet au prince de se retirer des feux de la rampe: il exerce une autorité parfaite, mais invisible. Il semble que Xi Jinping ne soit pas totalement insensible à cette pensée.

Un chef insaisissable en interne

Dans ses paroles comme dans ses actions, ses absences d’interview et sa propension à ne pas quitter le territoire chinois, Xi Jinping est un dirigeant difficile à saisir. Les rares documentaires qui s’y sont frottés ont d’ailleurs échoué à donner une substance au personnage – tout au plus sommes nous capable d’assembler les éléments diffus et épars de sa vie.

S’il est difficile de déterminer l’éthos du personnage, il est en revanche aisé d’observer son image publique [2012-2017].

Dans la veine traditionnelle des dirigeants du PCC, Xi Jinping se présente comme un chef de guerre, capable d’inspecter les théâtres de guerre (军区) et de donner des commandements, mais également de prendre des bains de foule et de serrer des enfants dans ses bras. Cependant, loin de vouloir n’être qu’un successeur, Xi Jinping a également innové en matière de communication, et notamment et essayant de promouvoir une image plus personnelle de lui. On apprend donc que le leader chinois aime faire de l’escalade, du tennis, du volleyball, des arts martiaux et même les sports d’hiver ! [Interview de 2014]. Bien sûr, les médias chinois embrayent et dénichent des anecdotes de sa vie personnelle, jusqu’à l’époque où il végétait dans un village perdu de Chine lors de la révolution culturelle pour démontrer que vraiment, ce Xi Jinping adore le sport. Progressivement, on lui trouve même un surnom: Xi Dada 1习大大 (Tonton Xi).

Rapidement, la propagande autour du Xi Jinping s’intensifie. Lorsqu’il mange dans un restaurant de petits pains à la vapeur, la parolière Wu Songjin écrit immédiatement une chanson « Bao Zi Pu » [包子铺] pour louer sa proximité avec le peuple.

Après que Xi Jinping ait inspecté l’agence de presse Xinhua en 2016, le rédacteur en chef de l’agence a écrit un poème : « Secrétaire général, je suis dans l’ombre de votre dos » [总书记,您的背影我的目光] pour exprimer sa profonde affection pour le dirigeant. Une véritable course a l’échalotte de la louange s’installe, où les meilleurs thuriféraires du régime sont récompensé, et les autres craignent d’être écartés. Une chanson « si tu veux épouser quelqu’un, épouse quelqu’un comme Tonton Xi » [要嫁就嫁习大大这样的人] se répand grâce aux médias contrôlés par l’Etat. La spéculation sur l’attente de louange bat tant son plein qu’on retrouve même des lettres ouvertes comparant Xi à un « Soleil Rouge », ou que  l’Orient est Rouge » rappelant les odes composées pour Mao.

Dans un premier temps, Xi Jinping a annoncé la couleur de ce qu’il attendait de sa communication. Après sa réélection [2017], on l’entendra de moins en moins parler de lui. Désormais, c’est la propagande médiatique et « l’armée liquide » sur internet qui prennent le relais.

Image d’homme de lettres à l’étranger: raté.

Si Xi Jinping apparaît en occident sous les traits d’un homme plutôt mutique et mystérieux, ce n’était peut-être pas l’objectif initial. Xi Jinping a réellement tenté de se donner une contenance, une image positive dans un certain nombre de pays stratégiques qu’il a pu visiter, et notamment en se donnant la posture d’un homme de lettres.

Au cours des premières années de son entrée en fonction, Xi Jinping a déclaré à plusieurs reprises dans les médias : « Mon plus grand passe-temps est la lecture », et a exhorté les chinois à : « lire de bons livres ». Au début de 2014, lorsque Xi Jinping a assisté aux Jeux olympiques d’hiver en Russie, il a déclaré que : « lire est devenu vital pour moi, avant d’énumérer les écrivains russes qu’il avait lus: Gori, Lermontov, Pouchkine, Kryov, Ostrovsky, etc…

Lorsque Xi Jinping participe au 50e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France, il a également sorti une liste pour débiter les chefs-d’œuvre français qu’il avait « lus » et les artistes qu’il admirait, dans une configuration semblable à ce qu’il avait fait une Russie. Ainsi, il a cité Montaigne, La Fontaine, Stendhal, Flaubert, Alexandre Dumas, Jules Verne, Monet, Serena Shang, Rodin… [voir le livre Gouvernance de la Chine]. Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, rebelote. En compilant toutes ces prétendues lectures, on obtiendrait facilement une anthologie littéraire mondiale; la greffe n’a pas pris, et cette stratégie n’a pas fait long feu. Sauf pour les affidés habituels du régime chinois, personne n’a plus l’idée de vendre le dirigeant chinois comme un puit de culture. Il s’agit plutôt d’une excellent manœuvrier, rompu aux luttes de Parti.

Mais homme de lettres, point.

Li Rui (李锐), ancien secrétaire de Mao, dit de Xi Jinping: « je ne m’attendais pas à ce que son niveau de culture soit si bas« .

Un politicien habile et capable – mais sans charisme.

Si les représentations de dirigeants politiques diffèrent selon les époques et les cultures, pour autant imaginer que les critères d’appréciation se chevauchent sur certains points fondamentaux; autrement dit, l’impression que peut laisser Xi Jinping en Occident peut également aider à imaginer celle qu’elle laisse en Chine. 

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Le manque de charisme de Xi Jinping est flagrant aussi bien en Occident qu’en Chine.

Déjà dans sa prime jeunesse, un de ses voisins de Liangjiahe (là où il a été envoyé comme jeune éduqué lors de la révolution culturelle, cf sa biographie) le décrit comme « une personne qui n’aime pas communiquer ou plaisanter » Alfred WU, reporter Hongkongais, affirme quand à lui que « il est fade, personne ne se souvient de lui« . La personnalité effacée du leader contraste fortement avec celles de Deng Xiaoping et Jiang Zemin, encore bien présents dans les mémoires. Sa manière de parler flegmatique, son incapacité à improviser embarrassante [cf épisode du Forum économique de Saint-Pétersbourg ou encore du Sommet mondial des partis politiques, juillet 2021] jure avec un « Too Young, Too Naive » et les sorties multiples de son prédécesseur Jiang qui sont resté une référence pour tout sinophile qui se respecte.

Difficile de compenser cette flegme présidentielle, bien que certains médias d’Etat essaient, comme le Quotidien du Peuple dans un article poussif intitulé « les 10 vrais détails qui font ressentir le charisme du dirigeant Xi Jinping« 2十个真实细节带你感受习近平的领袖魅力[2017], parmi lesquels une anecdote : Xi Jinping mange à la table de soldats et les incites à se dépêcher de se marier…

Un des sites officiels du PCC se fend également d’un article pour vanter « le style linguistique de Xi Jinping« :

« Depuis le 18e Congrès national du Parti communiste chinois, le secrétaire général Xi Jinping a prononcé plus de 100 discours importants à différentes occasions, dont un grand nombre d’instructions, de discours, d’interviews et de lettres, etc., aboutissant à un style linguistique unique et personnel, plein de charme. Ces discours donnent envie à tout le monde d’écouter. Ils sont souvent très agréables, désaltérants et excitants. Ils donnent le sentiment de dégager le ciel, d’être soudainement illuminé, ils ont un attrait irrésistible et un grand pouvoir de pénétration« .

Evidemment, le fossé entre la réalité et le récit qu’en font les médias autorisés chinois contribue à décrédibiliser ces derniers auprès du public, mais aussi à creuser l’écart entre ceux qui souhaitent être convaincu et ceux qui s’opposent à l’équipe gouvernementale.

A suivre: sous Xi Jinping, de la démocratie à la dictature.


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