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Chine : 376 millions d’habitants sont « flottants »

Chine : 376 millions d’habitants sont « flottants »

Les processus d’industrialisation et d’urbanisation de la Chine sont aujourd’hui décorrélés. Là où le développement économique réclame de la main d’œuvre abondante, où le glissement progressif vers l’internationalisation et les services exigent un niveau élevé de formation de la jeunesse, la Chine reste grevée d’une politique de foyer de résidence stricte et discriminante pour 376 millions de travailleurs. 

Partir 5 ans pour travailler, le lot de nombreux chinois ruraux.

« La population flottante » désigne les individus en âge de procréer qui ont quitté leur foyer de résidence pour aller travailler en ville depuis plus de 6 mois (Liu Jinwei, Centre de service de la population flottante de la Commission nationale de la santé). Ce statut flou, dont les droits dépendent des régions où ces travailleurs trouvent un emploi, ne concernait que 6,6 millions d’individus en 1982. Elle est passée à 376 millions en 2021, soit 35% de la population totale. Ce chiffre est en hausse constante (+70% sur les 10 dernières années). Le temps passé « en flottement » est lui aussi en augmentation constante; il tourne autour de 5 ans.

63,89 % de la population chinoise est rurale. 40% des 0-17 ans dans la campagnes grandissent sans au moins un de leur parents, parti travailler ailleurs. Par ailleurs, un nombre alarmant de maisons sont laissées sans habitants. Dans l’ensemble de région du Dongbei, 80% des résidences rurales sont inoccupées. Au niveau des terres arables, 10% sont tout bonnement laissées en friche, par manque de bras.

Le Dongbei devient une terre sans familles

Cette migration constante pose un problème pour fonder une famille dans la région natale. Les femmes de la ruralité accusent une tendance constante à préférer les résidents des agglomérations urbaines (voir notre article 1 million de yuans pour trouver une épouse – malheurs de la campagne).

Où travailler?

7/10 des habitants de Shanghai sont « flottants ».  Idem pour Shenzhen et Pékin. De manière générale, 1/3 des travailleurs flottants partent à l’est. En 2020, les 10 provinces comptant le plus grand nombre d’enfants « laissés derrière » par un parent flottant en milieu rural sont le Hunan, le Henan, le Sichuan, l’Anhui, le Jiangxi, le Guangdong, le Hubei, le Yunnan, le Guizhou et le Guangxi, représentant 81,51 % du nombre total d’enfants « laissés derrière » en milieu rural.

Destinations des travailleurs flottants (du moins au plus foncé)

Xiao Zihua [肖子华], directeur du Centre de services pour la population migrante de la Commission nationale de la santé [国家卫生健康委流动人口服务中心], déclare: « la population flottante est le résultat du fait que l’industrialisation et l’urbanisation de la Chine ne sont pas menées simultanément. Le développement économique nécessite un grand nombre de travailleurs qui circulent de la campagne vers les villes, et le système d’enregistrement des ménages limite leur identité aux zones rurales, provoquant ainsi un flux « pendulaire ». Les migrants, en particulier ceux issus des zones rurales, ne se sont pas véritablement intégrés dans les villes où ils vivent ».

Les enfants: premières victimes de ce système

Problème: les enfants. Ils souffrent particulièrement de cette situation. Pendant la scolarité obligatoire, près de la moitié ne vivent pas avec leur mère. La plupart sont ensuite incapable de passer avec succès les concours d’études supérieures. En effet, ces derniers ne peuvent pas accéder aux services publics dispensés dans le lieu de travail de leurs parents « flottants » et sont tiraillés entre plusieurs adresses, avec des lacunes économiques et culturelles. Quand aux services parascolaires qui leur sont destinés, ils encore, pour ainsi dire, embryonnaires.

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Le livre blanc 2019 sur l’état mental des enfants laissés pour compte en Chine, publié à Pékin, estime que « 90% des enfants laissés derrière ont subis des violences psychologiques » du fait de leur situation. Souvent élevés par leurs grands-parents, ils souffrent d’une absence d’attention et d’une certaine forme d’aliénation (Li Yifei, directeur adjoint du Centre de recherche sur la communication et l’éducation de l’Université normale de Pékin). Quand on leur pose des questions sur leurs parents, ils sont 10% de ces enfants à choisir de dire que ces derniers « sont morts« . Par ailleurs, ils sont vulnérables aux agressions de toutes sortes : 1/3 d’entre eux ont déjà subi des violences sexuelles, 2/3 des violences physiques, 40% un abandon / la négligence, et 90% d’entre eux ont subi des violences psychologiques.

Quand à ceux embarqués avec leur parents travailleurs, ils ne bénéficient souvent pas des services publics dans leur région d’accueil. Les provinces restent maîtresses des droits qu’ils accordent à cette population, et ces derniers sont souvent réduit à peau de chagrin.

 


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