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Bloqués à Pékin pour le Nouvel An chinois

Bloqués à Pékin pour le Nouvel An chinois

La Fête du printemps a débuté avec des mouvements de centaines de millions de personnes, très contrôlés en raison de la crise sanitaire. Le ministère des transports chinois estime que plus d’un milliard de personnes vont voyager durant cette période. Cette année, le mot d’ordre officiel est : “Célébrer la Fête du Printemps sur place”.

À l’approche du Nouvel An chinois, un journaliste du Nanfang Renwu Weekly1南方人物周刊 a rendu visite à quatre familles se préparant à passer les festivités à Pékin et nous a partagé leurs histoires.

 

L’infirmière Nie

Nie Zhihong2聂志红, une infirmière du département d’orthopédie de l’hôpital de Beijing Tongren3北京同仁, a passé le réveillon du nouvel an avec ses collègues. Son mari et ses enfants vivent dans sa ville natale de Xingtai4邢台, dans la province du Hebei5河北. Compte tenu de la situation sanitaire et de son statut de personnel médical, la jeune femme a décidé de rester à Pékin durant les fêtes. Envieuse de  rejoindre les équipes de première ligne à l’image de ses collègues plus expérimentés, elle estime que “cette période permet de refléter au mieux les valeurs professionnelles du corps médical“.

À l’été 2020, quand l’épidémie a éclaté à Xinfadi6新发地, Pékin, Nie Zhihong a candidaté pour renforcer les équipes de test PCR. Malgré les 35 degrés à l’extérieur, elle et ses coéquipiers portaient des vêtements de protection hermétiques et travaillaient en continu pendant plus de dix heures, collectant plus de 1000 échantillons chaque jour. Chaque fois qu’elle retirait sa tenue après le travail, elle tombait de fatigue. Malgré son épuisement, le mois dernier lors de la campagne de test PCR du district de Dongcheng7东城 à Pékin, l’infirmière s’est de nouveau porté volontaire.

Pendant la Fête du Printemps de cette année, la jeune femme travaillera deux jours d’affilé. 

Après avoir obtenu son diplôme universitaire, Nie Zhihong a travaillé comme infirmière aux urgences d’un hôpital de la province du Hebei. Elle se souvient nettement d’avoir reçu un patient gravement malade sous respirateur, incapable de parler. Il l’avait regardé d’un air suppliant, jusqu’à ce que Nie Zhihong lui dégage les bronches pour lui permettre de respirer. Elle a vu le soulagement dans ses yeux. Aujourd’hui encore, Nie Zhihong se souvient de ce regard. C’était la première fois qu’elle ressentait le « sens sacré » du devoir médical. Pour un patient, même un petit geste peut soulager la douleur et apporter un réconfort. L’infirmière tient cela de sa lecture du livre de Pierre Trudeau : “guérir parfois, soulager souvent, consoler toujours“.

 

Le conducteur de poids lourds Lu

Mr. Lu8 est chauffeur pour une entreprise de transport depuis six ans. Tous les jours, il transporte sa cargaison entre des entrepôts de Pékin et du Hebei. Il part de la capitale à 5h30 et fait deux allers-retours jusqu’à 21h. Ces derniers temps, avec les promotions de fin d’année mais aussi le retard causé par la pandémie, il y a beaucoup de marchandises à transporter et le conducteur doit faire des heures supplémentaires. A cette période de l’année, il travaille beaucoup plus en raison du trafic réduit et de la marchandise plus importante. Le père de famille a passé les cinq dernières années de la Fête du Printemps sur la route

En tant que chauffeur routier, son travail n’est pas seulement de conduire, mais aussi de porter, préparer les marchandises et de coordonner le chargement. La société fournit des dortoirs aux employés, mais pour gagner du temps Mr. Lu préfère dormir dans son camion la nuit. Il a tout préparé dans sa cabine : couverture électrique, literie, bouilloire, baguettes, bassine et cintres pour étendre son linge. Ce petit espace est comme une maison temporaire. “Ce camion est plutôt ” luxueux ” et peut aussi servir de couchette“, explique le conducteur, qui trouve que sous une couverture électrique, la cabine “est assez chaude” lors d’une nuit d’hiver.

Quelques jours avant le Nouvel An chinois, le 6 février, Mr. Lu et sa femme, qui travaillent tous les deux à Pékin, sont rentrés chez eux à Langfang9廊坊, (Hebei). Leurs enfants ne les avaient pas vu depuis 15 jours, ils sautaient de joie. La famille est allée au restaurant à la nuit tombée, pour le plus grand bonheur des bambins. Mr. Lu a photographié sa fille, affichant un sourire satisfait, et l’a envoyé à ses amis avec comme commentaire: ” A peine le temps de rentrer à la maison et de dîner avec mes enfants, qu’il faut déjà retourner à Pékin.” 

Pour le Nouvel An [chinois], l’homme sourit: “ça ne me fait rien. J’ouvre les yeux et je vais travailler, c’est tout“. Mais il garde sa motivation en regardant des vidéos de son fils de 8 ans récitant des poèmes et lisant l’anglais avec sa sœur. “Vu la période, il faut rester motivé. L’année dernière, à cause de la pandémie, certaines de mes connaissances n’ont pas pu trouver de travail. Au moins, j’ai reçu mon salaire à temps tous les mois. Je suis plutôt satisfait de ma situation actuelle.” Quand cette période de rush sera finie, l’homme prévoit de profiter d’activités en extérieur avec ses enfants et les membres les plus âgés de sa famille, “c’est la chose la plus importante“, ajoute-t-il. 

 

Si Qi

Depuis l’annonce de la “Célébration du Nouvel An sur place10就地过年 [circulaire du Bureau central du Comité central visant à ordonner les déplacements des fêtes dans le cadre de la prévention contre la covid-19], Si Qi11司琪 a appelé tous les jours le service de contrôle12防控部门 de sa ville natale ; jusqu’au 5 février, on lui a répété qu’il fallait faire une quarantaine de 14 jours. Alors elle et son petit ami décidèrent de rester à Pékin.

Si Qi est venu à Pékin, de Jiamusi dans le Heilongjiang, à l’âge de 18 ans pour étudier le maquillage. Maintenant, elle est styliste indépendante, avec une belle clientèle, dont des célébrités. Elle se souvient que pour son premier job, après avoir obtenu son diplôme, elle avait fait le maquillage d’une mariée pour 100 yuans (~12 euros). Maintenant, elle demande 3000 yuans pour cette prestation (~384 euros).

Pour ce qui est du logement, à son arrivée dans la capitale, elle partageait une chambre et son lit avec une camarade de classe. Ensuite, elle a partagé une chambre avec ses amis, mais avait son propre lit. Puis elle a eu sa propre chambre. Maintenant, elle et son petit ami louent un appartement entier à Tongzhou … et ils ont même un chat et un chien!

En 2018, afin de permettre à Si Qi de s’installer dans sa ville natale, ses parents lui ont acheté un appartement de 80 mètres carrés, avec deux chambres et un salon. Elle a donc quitté son emploi à Pékin pour enfin avoir son propre espace de travail. Tous les jours avant de commencer à travailler, elle nettoyait et rangeait l’appartement. Mais cette vie de routine l’a vite lassée : “finir le travail tous les jours à 17h, sortir jouer aux cartes avec des amis, dîner et …. la journée passe en un clin d’oeil !“. Comme elle avait un bon travail à Pékin, elle y est retournée, “aspirant à une vie pleine d’opportunités et de défis”.

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Finalement, après un dernier appel au service de contrôle de sa ville natale, Si Qi a finalement obtenu la réponse qu’elle attendait : “plus de quarantaine“. Et le 6 février, elle et son petit ami ont décidé de partir avec le chat et le chien pour passer les fêtes en famille.

 

Ben Ben

Après avoir obtenu son diplôme universitaire en 2016, Xiao Zhao13小赵 est venu à Pékin pour travailler comme journaliste pour un média financier. Cette année, pour la première fois, elle est obligée de passer la Fête du printemps à Pékin, car en plus de l’épidémie, elle arrive au terme de sa grossesse.

Quelques jours avant le Nouvel An chinois, ses parents lui ont rendu visite et apporté ses fruits de mer préférés de Weihai14威海, dans la province du Shandong15山东. À l’origine, ils n’avaient pas prévu de rester, mais suite à l’annonce du gouvernement ils ont été bloqués sur place, et ont passé les fêtes à Pékin avec leur fille et leur gendre.

Son mari, Zhang Shan16张闪, travaille pour une société de network. Il travaille de 10h à 22h et prend les transports deux heures par jour. Mais même un dévoué au travail comme Zhang Shan aime voyager pendant son temps libre. Durant leur 8 années de vie commune, ce couple s’est rendu dans une bonne dizaine de pays. Ils ont parcouru près de 900 kilomètres, par monts et par vaux. L’arrivée du bébé, a sonné le glas de leur tour du monde. 

Le couple souhaite s’installer à Shenzhen, où ils ont pu obtenir un Hukou. Ils sont optimistes quant à la future augmentation des prix des logements de la ville. Chaque matin, quand il marche de la station de métro à son entreprise, Zhang Shan se dit: “Je ne serai pas à Pékin l’année prochaine”. 

Après que sa femme soit tombée enceinte, Zhang Shan a investi dans le marché boursier en hausse17牛市, qui en chinois s’écrit avec le caractère du buffle. Il a également décidé de nommer l’enfant à venir Ben Ben18犇犇, dont les sinogrammes comportent, en tout, six fois le caractère de l’animal. L’homme a grand espoir que cette année du buffle d’argent soit celle de sa fortune. 

 

Traduit et synthétisé par Célia Farouil.

Source originale : Nanfang Renwu Weekly 南方人物周刊


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