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Centenaire du PCC, sans-faute ou cent fautes pour Xi Jinping?

Centenaire du PCC, sans-faute ou cent fautes pour Xi Jinping?

« Toujours suivre le Parti », telle est la devise choisie par Xi Jinping pour célébrer le centenaire du Parti Communiste Chinois (PCC) et exalter la grandeur des tâches accomplies depuis sa fondation en 1921. Plus de 70 000 représentants se sont solennellement réunis Place Tiananmen ce 1er juillet pour admirer le défilé aérien de dizaines d’avions de combat et d’hélicoptères malgré l’absence de parade militaire contrairement à la célébration du 70e anniversaire de la RPC du 1er octobre 2019. 29 médailles ont également été décernées aux membres du Parti jugés les plus méritants et, clou du spectacle, un superbe gala nocturne organisé au stade du Nid d’Oiseau à Pékin a vanté les succès historiques du Parti. Des réformes agraires maoïstes à la victoire de la gestion de l’épidémie du covid-19 en passant par les succès économiques de Deng Xiaoping, les épisodes historiques ont été rendus d’autant plus glorieux par l’omission volontaire des séquences les plus sombres telles que le Grand Bond en Avant ou de la Révolution Culturelle. Feux d’artifice, bâtiment entièrement re-décorés, immeubles illuminés aux couleurs et slogans du Parti… des aménagements grandioses ont aussi été installés pour l’occasion dans l’ensemble du territoire. Mais de tous les moments de la cérémonie, c’est le discours prononcé par Xi Jinping afin de glorifier le Parti et de retracer sa brillante évolution qui a constitué le réel point d’orgue .

Ferveur nationaliste, anti-impérialisme et teintes marxistes : ce qu’il faut retenir de l’allocution de Xi Jinping

Le rôle héroïque du Parti dans l’éradication de la pauvreté extrême, objectif du « premier centenaire[1] » qui devait faire advenir la « société de moyenne aisance », a d’abord été rappelé. Puis, le discours a mis l’accent sur l’histoire nationale et célébré les cent ans de la fondation du Parti qui règne sans relâche et préside au destin de la Chine depuis 1949. Xi a longuement insisté sur les nombreux obstacles qui se sont dressés sur la trajectoire historique de la Chine et mentionné notamment le « siècle des humiliations »[2]. Il s’agissait pour le dirigeant chinois de rappeler qu’à l’inverse des nations impérialistes, la puissance chinoise n’avait jamais « malmené, opprimé ni asservi » d’autres peuples et qu’elle n’avait pas l’intention de le faire.

            Pour ce qui est de la communauté internationale, une expression a fait couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux. Dans la courte partie consacrée à la « communauté de destin pour l’humanité », qui doit mener à pacifier les relations internationales, Xi Jinping a fustigé les tentatives étrangères d’ingérence à l’égard de la Chine et du peuple chinois en les mettant en garde : « Quiconque tentera d’agir ainsi se brisera sur la Grande Muraille d’airain que plus de 1,4 milliard de Chinois ont érigée avec leur chair et leur sang ![3] ». Mais cette traduction de l’Agence officielle de communication chinoise est pourtant loin de faire l’unanimité : « 头破血流 », expression idiomatique employée lors du discours, signifie littéralement « briser la tête et faire couler le sang ». Malgré la tentative des médias officiels de défendre le sens figuré de la tournure, les réseaux sociaux ont directement saisi l’occasion pour s’attaquer aux propos du Secrétaire général et le caricaturer en dictateur sanguinaire. Au total, plus de 600 000 internautes ont partagé le hashtag « #谁想杀中国必将得头破血流[4] » et dénoncé le caractère véhément d’une Chine qui se montre de plus en plus agressive face à l’Occident.

Enfin, l’objectif de la réunification nationale a été évoqué afin d’insister sur l’intransigeance vis-à-vis des velléités sécessionnistes hongkongaise ou taiwanaise.

La traditionnelle énumération des batailles menées par le Parti s’est conclue par la proclamation de la nécessité de l’édification du « socialisme aux caractéristiques chinoises de la nouvelle ère » qui rassemble les 14 principes essentiels de la politique chinoise actuelle. La formule, qui caractérise le cœur de la pensée de Xi Jinping, est l’objectif primordial du PCC et a été inscrite dans la Constitution lors du XIXe Congrès du Parti en 2017. Le dirigeant a aussi vivement évoqué l’importance du maintien de la direction sans partage du Parti et de sa réforme, de même que la nécessité d’adapter le marxisme au contexte chinois et d’accélérer la modernisation de la défense nationale. Enfin, le rôle de la jeunesse dans le développement de la Chine a été glorifié, de même que la grandeur de l’Armée et sa contribution dans l’écriture de l’histoire nationale.

Le PCC, sauveur ou fossoyeur du peuple chinois ?

            Les adversaires de la Chine ne manquent pourtant aucune occasion de fustiger les échecs du Parti. En premier lieu, la pauvreté : la Chine, qui est en passe de devenir la première puissance économique mondiale, abrite en effet de nombreux pauvres. Si « l’extrême pauvreté » a bel et bien été éradiquée, la formule ne concerne que les citoyens qui gagnent moins de 4000 yuans par an, soit 514€[5]… et omet une grande frange de la population qui vit pourtant dans des conditions très précaires.

L’image de la Chine à l’étranger ne cesse également de s’éroder[6], du fait de sa « diplomatie des loups combattants » qui affiche une grande agressivité sur la scène internationale, et des atteintes aux droits de l’homme au Xinjiang notamment, mais aussi à Hong Kong où les manifestations pro-démocratiques sont sévèrement réprimées. Le 29 juin dernier, la Chambre des Représentants américaine a ainsi publié une résolution condamnant le PCC pour « cent années de violations grossières des droits humains[7]. » Difficile alors pour le Parti de paraitre légitime dans sa volonté d’édifier une « communauté de destin commun de l’humanité »…

Enfin, plus que jamais déterminé à atteindre ses objectifs et résolu à mater tout obstacle qui se dresserait sur son chemin, Xi Jinping ne permet aucune dissidence idéologique au sein du bureau politique du comité permanent du PCC. A la source de sa toute-puissance, cette radicalité politique pourrait bien finir par se retourner contre lui …

Toutefois, le Parti peut se prévaloir d’une grande efficacité grâce à sa conception particulière de la gouvernance. Outre l’élévation du niveau de vie et la lutte anti-corruption qui fondent le socle de sa légitimité, le pouvoir chinois porte une authentique vision à long terme qui est à l’origine de son succès et de la confiance que lui confère une frange substantielle de la population. Fort de près de 92 millions de membres, le Parti est loin de s’affaiblir et attire toujours plus d’individus, séduits par son prestige, désireux de se lancer dans une carrière publique ou bien tout simplement à la recherche d’opportunités malgré la lourdeur des démarches conduisant à son adhésion.

Xi Jinping, un nouveau Mao ?

De nombreux aspects, dont la centralisation du pouvoir, la mainmise du Parti sur tous les pans de la société et le rôle conféré à l’idéologie et la propagande suggèrent que les deux dirigeants disposeraient d’une emprise similaire sur la société. Xi Jinping garde néanmoins une certaine distance avec le fondateur du régime : il ne s’appuie pas sur le principe de la « ligne de masse[8] » et les campagnes révolutionnaires afin de mobiliser le peuple. La révolution doit s’effectuer au sein du Parti, et le communisme, qui est aujourd’hui remplacé par le socialisme dans les discours officiels, ne constitue plus l’objectif ultime. Le Secrétaire actuel témoigne également d’une plus grande prise en considération de l’opinion publique que son illustre prédécesseur, et considère la société comme l’auxiliaire du Parti devant l’aider à réaliser ses ambitions. L’appui sur un gouvernement de technocrates et sur la loi constituent également une grande différence vis-à-vis de l’ère maoïste où le « rouge primait sur l’expert ». Enfin, si le culte de la personnalité est une méthode récurrente, Mao cherchait à prouver la grandeur de sa personnalité et de ses actions, alors que Xi tente de se donner l’image débonnaire d’un homme du peuple n’hésitant pas à aller manger des raviolis auprès des citoyens chinois.

[1] Auquel s’ajoute désormais l’objectif du « deuxième centenaire » célébrant les cent ans de la naissance de la République Populaire de Chine en 2049, et qui doit faire de la Chine un « pays socialiste moderne qui soit prospère, puissant, démocratique, culturellement avancé et harmonieux »

[2] Consacrée dans le préambule de la Constitution, l’expression désigne l’ère de la soumission de la Chine aux puissances occidentales à la suite des guerres de l’opium qui ont respectivement eu lieu entre 1839-1942 et entre 1856-1860

See Also

[3] french.xinhuanet.com/2021-07/01/c_1310038353.htm

[4] « Celui qui veut tuer la Chine finira dans un bain de sang »

[5] Lemaître Frédéric, « La grande pauvreté rurale en voie de disparition en Chine », Le Monde, 23 novembre 2020

[6] Pour aller plus loin, voir l’analyse menée par le Pew Research Center : https://www.pewresearch.org/global/2021/06/30/large-majorities-say-china-does-not-respect-the-personal-freedoms-of-its-people/

[7] https://asialyst.com/fr/2021/07/01/100-parti-communiste-chine-xi-jinping-celebre-essor-irreversible/

[8] Méthode élaborée par Mao Zedong afin de garder un contact étroit avec la société : il s’agit d’écouter les idées du peuple, les remonter au sommet du pouvoir qui va les analyser et les théoriser selon la grille de lecture marxiste, puis les ré-instiller au sein des masses

Par @MathildeLahor pour EastIsRed.


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