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Echos de Ruili, ville martyr du Covid-19

Echos de Ruili, ville martyr du Covid-19

Par @Noe_Hirsch

Les habitants de Ruili cherchent à attirer l’attention de leurs concitoyens sur internet. Après plus de 200 jours de confinement strict, de censure sévère, et d’interdiction de partir, cette ville autrefois prospère souffre également de sa proximité avec le Myanmar, plongé dans la guerre civile. Encore la semaine dernière, des balles perdues en provenance du pays voisin ont blessé un ressortissant chinois et impacté plusieurs maisons. En conséquence, un quartier entier a été évacué. 

Plus de 6 mois confinés

La population, censurée, est aux abois

Ruilin concentre encore environ 200 000 habitants aux origines diverses: Han, DaiJingpoDeangLisuAchang… et birmans. Depuis le 29 mars, la ville est fermée. Récemment, sur Weibo, les messages ont abondés sous le hashtag « Sauver Ruili » #瑞丽求助.

« On est devenu une îlot verrouillé dans le pays qu’il est impossible de quitter » se plaint un internaute. Comme pour beaucoup, la chute économique dramatique qu’a connu la ville, avec l’arrêt total et prolongé du commerce, et la fermeture des usines alentours délie les langues. Ainsi que les suicides de gens désespérés ce mois d’octobre qui se jettent du haut d’immeuble (Weibo_叫我大力好了_ »本人愿对以下内容的真实性负法律责任 »_ 30/10/2021).

« Ma famille est au bord de l’effondrement, autant financier que moral. Ils envoient des messages de détresse depuis des mois que personne ne reçoit » explose une étudiante originaire de la ville sur son Weibo. Son post a reçu 125000 likes et des milliers de commentaires en quelques jours. En plus d’alerter sur l’Etat de la ville, la jeune femme dénonce également la censure généralisée de la province du Yunnan envers la ville qui a empêché les victimes de diffuser leurs plaintes et leurs témoignages pendant des mois ! “和谐社会1société harmonieuse”, commente 神而明之201807, excédé. Un autre parle, non sans ironie, de « Protection de surcharge » (限流). On s’amuse et on dénonce la censure.

Liu Limin (刘利民) est un coursier de la ville de Ruili : Pendant la période de confinement, Liu Limin, qui n’avait rien à faire, a travaillé plusieurs fois comme bénévole. « Mais je ne plus le supporter, je ne peux plus aider: je n’arrive plus moi-même à survivre ! » À la mi-septembre, cas contact, il avait été emmené dans un hôtel et mis en quarantaine pendant 14 jours. Bien qu’exempt de frais d’hébergement, les frais de nourriture doivent être pris en charge par soi-même, 50 yuans par jour, soit un total de 700 yuans. Liu Limin a déclaré que depuis mars, il effectue des tests d’acide nucléique presque tous les jours.

Le 29 octobre, l’ancien adjoint au maire de la ville (戴荣里) a lancé un appel sur son WeChat : « 瑞丽需要祖国的关爱 2Ruili a besoin de la considération de la Nation« , réclamant une aide financière de l’Etat et une meilleure gestion de la part de l’administration en place. « Les finances locales sont à sec« , regrette-t-il. Son article a largement circulé: il fait écho aux nombreux appels à l’aide diffusé par des citoyens sur les réseaux depuis des semaines. Mais l’intervention publique d’un responsable politique, ensuite interviewé sur China News Weekly 3中国新闻周刊, montre qu’il n’est plus possible de museler la ville plus longtemps.

Les immigrants du Myanmar accusés de répandre l’épidémie

« Il est urgent d’expulser les birmans et les rohingyas de Sanya pour éviter qu’on connaisse un sort similaire! » poste un internaute. « Comment la gestion des frontières avec le Myanmar a-t-elle pu être si laxiste par le passé?! » commente un second. « Ces Rohingha sans papier, comment avez-vous pu les laisser passer?4罗兴亚人这种黑户,你们瑞丽是怎么让他们入境中国的? » s’insurge Xiao Chunfeng sur Weibo.

De nombreux Birmans vivent dans la ville, et facilitent les échanges commerciaux transfrontaliers dans le cadre de la zone pilote de libre échange de Ruili

L’origine de la contamination de Ruili a rapidement été mise sur le compte des immigrants birmans.  Au début de l’épidémie, la ville frontière (presque une twin city) birmane Muse avait un taux de positif dépassant 50%. Il n’existe pas d’autre frontière naturelle entre les deux villes qu’une simple rivière. A partir de juillet 2021, le maire de Ruili a dépêché plus de 7000 agents pour assurer une ronde à la frontière et faire barrage à l’immigration illégale dans sa ville. Mais la guerre civile birmane pousse les réfugiés à passer quoi qu’il en coûte, par la rivière, les montagnes, ou même en creusant des galeries souterraines.

Depuis plusieurs années, Ruili fait parti de la zone de libre-échange pilote de la région de Dehong avec le Myanmar, ce qui a permis à de nombreux Birmans de venir s’y installer pour travailler. Encore au début de l’année, ThePaper publiait un article intitulé « Ruili, ville natale des Birmans« .

Sanction politique parmi les cadres du Parti

Gong Yunzun 龚云尊, secrétaire du comité municipal du parti de Ruili, a été démis de ses fonctions pour manquement grave dans le contrôle de l’épidémie (CPCNews_08/04/2021).

See Also

Son successeur Zhai Yulong 翟玉龙 a été démis de ses fonctions après 5 mois d’exercice (Xinhuabao_02/09/2021).

Xu Qiyong 徐琪勇, vice-gouverneur de la préfecture de Dehong et directeur du Bureau de la sécurité publique de l’État, a été accusé d’avoir manqué à son devoir dans le travail de prévention et de contrôle de l’épidémie et est fait actuellement l’objet d’une enquête (Xinhuabao_02/09/2021).

Le conflit voisin pousse les autorités à évacuer 2000 habitants

Une source gouvernementale dans la ville de Ruili, la principale porte d’entrée de la Chine vers le Myanmar dans la province du Yunnan, a déclaré qu’une évacuation était prévue pour 2 000 habitants de la ville de Wanding après qu’une personne a été blessée et que des maisons ont été endommagées à la mi-octobre par des balles perdues provenant de l’autre côté de la frontière. (SCMP_28/09/2021).

Prise de vue aérienne de la ville de Thantlang, dans l’Etat Chin, vendredi en Birmanie, où la junte est accusée d’avoir détruit plus de 100 habitations et des églises chrétiennes. (AFP)

Cette évacuation est intervenue deux mois après que plus de 5 000 personnes du district de Jiegao à Ruili ont été invitées à déménager dans un centre de quarantaine à 100 km pour permettre la création d’un «no man’s land» temporaire le long de la frontière afin d’empêcher les cas de Covid-19 d’être introduits en Chine par des immigrants illégaux.

Depuis Mars, les autorités s’évertuent à rapatrier les immigrants illégaux de la ville.

 


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