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La crise des vélos en libre-service en Chine

La crise des vélos en libre-service en Chine

Depuis la fin des années 2000, le vélo en libre-service connaît un essor important en Europe. A la même époque, les autorités chinoises ont tenté d’encourager les chinois à trouver des moyens alternatifs à la voiture. Dès 2007, des vélos en libre-service ont été introduits par les gouvernement locaux dans de grandes villes telles que Pékin, Hangzhou et Wuhan. Malheureusement, l’accès aux vélos via les stations d’accueil étant très peu pratique, ces services ont vite périclité. Mais quelques années plus tard, des entreprises privées ont pris la relève, provoquant une explosion du marché. 

Un marché florissant qui a éclaté en seulement quelques années

En 2014, Ofo est la première entreprise privée en Chine à offrir un service de vélo en libre-service, avec une démarche simple pour l’utilisateur. Premièrement, il n’y a pas de stations et il lui suffit de scanner un code QR sur un des vélos facilement accessibles. Puis, en quelques clics sur l’application, le vélo se débloque pour une quinzaine de centimes par heure. Durant les trois années suivantes, ce sont des dizaines d’entreprises dans le genre qui se sont développées dans les grandes villes de Chine et des millions de vélos qui ont été mis en service.

Vélos en libre-service qui peuvent être laissés et récupérés n’importe où à Pékin. [Imagechina/AFP]

En 2017, ces vélos qui se retrouvent dans les rues de Pékin, de Shanghai et d’autres mégalopoles sont devenus bien trop nombreux. Les voitures étant toujours présentes et nombreuses, dans certaines parties des villes, les rues ressemblent à des parcours d’obstacles pour les piétons. Tous les jours, des camions récupèrent les vélos mal garés. Et malgré les efforts pour gérer ce problème, les citoyens et les autorités locales n’en peuvent plus de ces milliers de vélos de toutes les couleurs, envahissant le paysage urbain, et potentiellement dangereux pour les piétons.

Depuis 2014, près de 50 millions de vélos en libre-service ont été placés dans les rues de Chine, soit 1 vélo pour 28 habitants.

Le gouvernement finit par sévir et des amendes sont distribuées aux cyclistes enfreignant le code de la route. En plus des petits accidents du quotidien, les vélos sont la cible d’actes de vandalisme et les entreprises ont de plus en plus de mal à en maintenir l’entretien. Même les plus grosses compagnies telles que Ofo perdent de l’argent. Quatre ans après sa fondation, la société a fait faillite et n’était même plus en capacité de rembourser le dépôt de garantie de ses utilisateurs. Mobike1摩拜单车, son principal concurrent, à pu se relever grâce à son acquisition par l’entreprise Meituan-Dianping (Tencent) en avril 2018 pour 2,7 milliards de dollars (~2,3 milliards d’euros).

Depuis 2017, l’affluence est telle que les autorités locales sont obligées d’évacuer les deux roues des rues. De plus, les entreprises ayant fait faillite, n’ont plus la possibilité d’entretenir leur matériel. Les applications sont fermés et les vélos laissés à l’abandon. Les nettoyeurs les ramassent et les entassent par milliers dans ce qui devient de réels cimetières de vélos.

Près d’un carrefour, un pavillon de style chinois se dresse à côté du quartier résidentiel nouvellement construit, entouré d’un océan de vélos. Hongshan, Wuhan. Avril 2018. [Photo: Wu Guoyong]

Le recyclage, un moyen rentable de faire face à cette crise

En 2017, sur les 27 millions de vélos entassés dans ces cimetières urbains, environ 10 millions ne seront plus réparables d’ici 2020, ce qui correspond à 160 000 tonnes de déchets. Heureusement, beaucoup de matériaux présents dans ces vélos sont recyclables, notamment l’aluminium et l’acier, qui sont susceptible de rapporter de belles sommes d’argent aux recycleurs. En moyenne, un vélo peut rapporter 40 yuans (~5€) en pièces détachées, si l’on prend en compte le nombre de vélos irréparables, certains pourraient se faire une petite fortune.

Beaucoup d’entreprises de vélos en libre-service ont donc décidé de s’associer à des sociétés de recyclage. En revendant les carcasses, cela permet aux entreprises d’amortir les frais. Xiaoming Bike2小鸣单车, qui a fait faillite en 2018, a notamment revendu 430 000 de ses vélos hors d’usage pour 12 yuans (~1,50 €) l’unité. Selon Hellobike3哈啰出行, à la fin du mois de juin 2019, l’entreprise aurait recyclé plus de 500 000 roues, 250 000 paniers et près de 70 000 sièges. Meituan Bike4美团单车, anciennement Mobike, a également recyclé 1,5 million de pneus et 10 000 tonnes de ferraille. En 2020, l’entreprise a même lancé une campagne de charité visant à créer une dizaine de terrains de sport et de jeux dans tout le pays à partir de pneus recyclés et en partenariat avec des gouvernements locaux. Par exemple, dans le district de Panyu à Guangzhou, un sol en caoutchouc fait de 2 000 pneus recyclés, a été posé dans un parc culturel. 

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Sentier sportif crée à partir de pneus de vélos recyclés dans le district de Panyu à Guangzhou. [Photo: Meituan]

Depuis 2017, plus de 4 millions de vélos en libre-service hors d’usage ont été recyclés. Mais sur certains vélos à serrures numériques, les batteries sont faites de lithium-ion et des circuits imprimés. Ce sont des composants dangereux qui pourraient nuire à l’environnement s’ils ne sont pas correctement traités.

Au final, ce désir du gouvernement chinois de libérer les routes de trop nombreuses voitures s’est transformé en un raz-de-marée incontrôlable. Les nombreuses entreprises privées qui ont souhaité se lancer dans un domaine florissant, se sont développées trop rapidement et ont envoyé des milliers de vélos dans les rues jusqu’à en submerger la population. Ce qui était supposé être un moyen de réduire la pollution en ville a fini par créer de gigantesques dépotoirs, qui ont également des conséquences sur l’écologie de la Chine et sur ses paysages. 

Aujourd’hui Meituan Bike, Hellobike et Qingju (Didi) Bike5青桔(滴滴)单车 sont les trois entreprises de vélos en libre-service qui fonctionnent encore très bien.

Par Célia Farouil.


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