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La disparition de Shuai Peng suscite la colère en Chine

La disparition de Shuai Peng suscite la colère en Chine

La joueuse de tennis chinoise, âgée de 35 ans, a disparu après avoir dénoncé publiquement (2 septembre) l’ancien vice-Premier ministre Zhang Gaoli de l’avoir violé. C’est la première fois que l’accusation de « Moi aussi » (#MeToo米兔) touche les hautes instances du Parti communiste chinois. Le cercle des militants féministes et les citoyens du communs se mobilisent sur internet pour lui témoigner leur soutien.

« S’il vous plaît, soutenez Shuai Peng, merci ! »

Le message Weibo de Shuai Peng a été rapidement supprimé, ainsi que les tags qui se rapportent à la tenniswomen, y compris celui de « tennis ».

En réaction, des féministes chinoises ont créé une page web [女权留言墙] pour permettre au tout-venant de poster des messages de soutien et exprimer leur opinion. Florilège:

  • « Peng Shuai, je ne sais pas comment avoir de tes nouvelles, ton Weibo a été clôturé ; tu es courageuse, je t’adore; pour ne pas t’oublier, j’ai mis une image de tennis en fond d’écran et un sticker sur mon ordinateur. C’est insignifiant et j’ai honte de rien pouvoir faire de plus » /
  • « Je suis excitée pour le mouvement MeToo et j’ai peur du système dont la pression s’accroît de jour en jour » /
  • « Un bel exemple de la nouvelle normalité : face au scandale, le premier réflexe des hauts cadres dirigeants, c’est la peur. D’un accord tacite, ils se mettent tous d’accord pour ne pas en parler, supprime nos publications et font de nous les coupables! » /
  • « J’espère que tu vas bien ! Ils y a tant de femmes plongées dans les ténèbres et le silence, nous allons nous intéresser à elles comme on s’intéresse à toi! » /
  • « Ils veulent nous museler, mais l’union fait la force » /
  • « Peng Shuai, vous n’êtes pas seule. Votre expérience est l’expérience commune de nous toutes. Votre douleur est la douleur commune de nous toutes. En ce moment, vous êtes nous. Tout le monde . Et nous sommes toutes avec vous » [MattersNews_07/11].

La question d’où poster ces commentaires se pose pour les internautes; récemment, le Weibo de l’Association internationale des tenniswomen (WTA) a demandé aux internautes de cesser de commenter sur sa page et de trouver de meilleurs endroit pour laisser leurs opinions sur cette question. La page de l’athlète Su-Wei Hsieh a également servi de récipiendaire pour ces commentaires.

Dans le même temps, les sociétés cotées à Hong Kong Xinyi Solar, Xinyi Energy et Xinyi Power Storage ont toutes chuté de manière significative le 4, du fait de leurs connexions avec Zhang Gaoli [BBC Chinese_04/11].

Les agressions sexuelles: un fléau récurrent chez les cadres du PCC

Les déboires de membres du PCC, notamment sur la question des mœurs, est de notoriété publique en Chine. Par exemple, une plaisanterie populaire surnomme la chaîne d’information d’Etat CCTV « le harem » [MattersNews_08/11]. On se rappelle également du cas de Li Xingong, l’ancien directeur adjoint du comité municipal de Yongcheng de la province du Henan, accusé d’avoir violé 11 jeunes filles (exécuté) [RFA_2013], un fonctionnaire du Bureau des forêts du comté de Tianzhu convaincu de viol [中国新闻_2020], ou encore Guo Yuchi, l’ancien directeur de bureau du Comité d’organisation institutionnelle du comté de Daguan de la province du Yunnan, qui a été condamné à 8 ans de prison pour le viol d’une mineure, et libéré prématurément [ThePaper_2020]. Ce genre d’informations pullulent sur la toile.

Ces crimes, ainsi que la faible moralité générale attribuée aux membres du PCC accusés de se couvrir les uns les autres (官官相护) est notamment un des déclencheurs de la gigantesque campagne anti-corruption menée par Xi Jinping, et destinée, en plus d’éliminer son opposition en interne, à réhabiliter le Parti auprès de la population. Ces efforts paient: les sondages révèlent un soutien croissant des Chinois pour le Parti [Harvard_2020]. Néanmoins, l’affaire Peng Shuai met aussi en lumière la partialité de cette répression, dont les impulsions doivent venir du haut, et non des administrés, qui ont moins que jamais voie au chapitre en Chine.

La violence sexuelle n’est pas l’apanage exclusif des membres du Parti en Chine. Selon la dernière enquête de la Fédération des femmes de Chine de 2011, 22% des hommes chinois ont déjà forcé leur conjointe à avoir un rapport sexuel, 11% dans la dernière année. 8% ont violé une femme autre que leur conjointe, 2% ont participé à des viols collectifs. Les motifs justifiants le viols, d’après les hommes interrogés, sont (par ordre décroissant): droit inhérent du sexe masculin, ennui / amusement, punition, alcoolisme.

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Des traditions chinoises, notamment rurale, encouragent également le viol.

Nous parlions déjà dans un précédent article de ce phénomène (Voir L’histoire de Meiling), nous pouvons également y ajouter la coutume du Nao xinfang (闹新房) qui s’apparente à un baptême de la nouvelle maison des mariés, au cours duquel les invités sont invité à mettre l’endroit sans-dessus dessous et à « bizuter » les nouveaux mariés. De nombreux débordements ont conduit à des viols (de la mariée ou d’autre membres de la fête), cause également de nombreux suicides, si bien que la tendance est au recrutement de prostitué pour la participation au Nao xinfang.

 

 


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