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[Les jeunes militants] Huang Xueqin : « Un.e journaliste ne peut pas garder le silence »

[Les jeunes militants] Huang Xueqin : « Un.e journaliste ne peut pas garder le silence »

Jeune journaliste chinoise passée indépendante en 2018, Huang Xueqin [黄雪琴] a couvert et promue le mouvement MeToo en Chine, ainsi que les manifestations de Hong-Kong. Elle est emprisonnée en 2019 pour avoir publiquement protesté contre la loi de sécurité nationale qui devait mettre Hong Kong en coupe réglée. Mise en résidence surveillée, elle a de nouveau été arrêtée l’avocat Wang Jianbing en 2021 pour “soupçon d’incitation à la subversion d’Etat”. Sa famille a été avertie par les autorités: interdiction formelle d’accepter des interviews de médias étrangers. 

Apprentissage dans la période faste du journalisme d’enquête chinois. Xi Jinping met un terme à la fête.

En 2010, après avoir obtenu son diplôme universitaire, Huang Xueqin est devenu journaliste pour la branche du Guangdong du service d’information de Chine, puis dans de nouveaux médias tels que « New Express 1新快报» ou « Southern Capital Weekly 2南都周刊». Elle a profité de la période dorée de la presse chinoise (2000 – 2015) qui a vu des enquêtes de grands médias exposer des scandales politiques (ex. 2003 : Sun Zhigang) et des commentateurs explicité les arcanes du PCC. À cette époque, la ville dans laquelle Huang Xueqin se trouvait, Guangzhou, avait la réputation d’être la « Chine au plus proche de la société civile 3中国最接近公民社会».

A Guangzhou, Huang Xueqin commence à se faire les armes dans le journalisme d’investigation. Certaines de ses enquêtes vont provoquer des démissions de cadres corrompus, ou attirer l’attention du gouvernement sur des problèmes sociaux (cf les enfants autistes de Shenzhen).

A partir de 2013, avec l’élection de Xi Jinping, la supervision s’accroît autour des médias du Sud de la Chine. En 2016, le président chinois déclare: “les médias doivent être le Parti” [党媒姓党]. Les journaux, les médias numériques, tous sont prévenus. Désormais, le Parti reprend le contrôle. Dans les journaux où Huang Xueqin travaillait, les services d’investigation sont démantelés, ou rebaptisés.

Dans ce contexte, Huang Xueqin décide de rejoindre les journalistes d’investigations indépendant. Elle est confrontée à une censure plus forte que jamais.

Icône du MeToo chinois, harcelée par les autorités.

A partir de 2015, Huang Xueqin émigre aux Etats-Unis pour 6 mois d’étude. Elle prend goût aux enquêtes individuelles, sans censure ni institution à laquelle se référer. Elle part ensuite au Cambodge, à Singapour, au Vietnam, jusqu’à octobre 2017. L’actrice américaine Alyssa Milano lance le hashtag #MeToo. À ce moment, Huang Xueqin, qui participait au programme de bourses d’études pour journalistes asiatiques à Singapour, apprenait que la plupart des journalistes du pays avaient été victimes de harcèlement sexuel, sans porter plainte.

Elle retourne alors en Chine pour mener l’enquête sur les violences sexuelles (voir notre article sur le harcèlement des journalistes chinoises), et gagne une forte influence dans le mouvement. Selon Charlotte, amie et enseignante à Shenzhen: “elle utilise un langage simple avec lequel tout le monde entre en résonnance pour raconter les histoires #MeToo qu’on lui rapporte. Huang a permis de connecter des individus esseulés“. Dans le silence assourdissant qui régnait en Chine, Huang Xueqin serait devenue un emblème “par accident”.

A mesure que le mouvement progressait, Huang Xueqin reçoit des messages d’intimidation sur les réseaux sociaux, “vous êtes sous surveillance“. Elle est également fréquemment interrogée par la police, qui lui demande d’arrêter de signaler le harcèlement sexuel et de cesser « d’agiter » les étudiants [MeToo Chine a notamment eu une grande résonnance dans les campus étudiants]. Les autorités ont commencé à l’accuser d’inciter les étudiants à tisser des liens avec les ONG. Ses articles ont commencé à être supprimés systématiquement par la censure, ainsi que son historique de vie sur internet.

De pasionaria à prisonnière effacée d’internet

En septembre 2019, Huang Xueqin devait se rendre à l’Université de Hong Kong pour préparer une maîtrise en droit. Elle n’ira pas: le département de sécurité nationale du Guangdong la fait arrêter et lui confisque son passeport. On lui reproche notamment son soutien supposé aux manifestants de HK, et d’avoir comparé la chasse aux manifestants aux événements de Tiananmen, 30 ans plus tôt.

C’est dans cette geôle que Huang Xueqin commence la rédaction d’un livre sur les prisons de femmes en Chine, “cellule A101” [女子监狱A101]. Cependant, comme beaucoup avant elle, la prison la plonge progressivement dans un état d’aphasie. Brièvement mise en liberté surveillée, Huang Xueqin est remise en prison. Elle est toujours en détention.

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“Une journaliste ne peut pas rester silencieuse”

Pendant sa mise en liberté conditionnelle, Huang Xueqin a pu se confier dans un article, intitulé “une journaliste ne peux pas rester silencieuse

Je fais des cauchemars […]. Je pense aux autres journalistes qui ont disparu avant moi: Zhang Zhan, Chen Qiushi et Li Zehua. Je ne veux pas tomber dans le misérabilisme, ma vie n’a pas été détruite, je n’ai pas subi de torture, je suis encore entière. Je peux encore enregistrer et documenter cette époque absurde, et me battre. […] Bien sûr, ma détention m’a laissé des traces. Je ne peux plus entendre un chien aboyer sans sursauter, car une chien aboyait que les policiers venaient me chercher […].”

La police lui avait demandé de garder le silence sur son expérience en prison. En s’exprimant, Huang Xueqin a donné corps à son slogan. Elle est aujourd’hui détenue au Guangzhou. «Ils veulent la faire taire. C’est un signal très clair envoyé à tous les militants, pas seulement aux féministes», confie l’une de ses proches sous le couvert de l’anonymat.

Pour Yaqiu Wang, chercheuse au sein de Human Rights Watch: “Ces dernières années, les autorités ont renforcé leur mainmise sur beaucoup de pans de la société, dont le militantisme féministe. Le Parti communiste chinois est paranoïaque vis-à-vis de tout ce qu’il ne peut pas contrôler ».

 


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