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Le combat du récit (COVID-19)

Le combat du récit (COVID-19)

Article par Noé Hirsch, qui dirige EastIsRed – Watch, le service de veille personnalisé! Ce texte n’engage que lui. Retrouvez le sur Linkedin ou sur Twitter.

COVID-19, prise de conscience de la lutte

 

Récemment en parcourant un de mes sites chinois favoris, Aisixiang, je tombais sur un titre intriguant :

 « Il faut développer la ligne directrice d’un récit chinois de la lutte antiépidémique »

Ce qu’il y a de beau, avec Aisixiang, c’est le côté « sans filtre » et « sans nuance ». Ainsi, d’emblée, on lit:

« Dans le récit occidental, au bout du compte, la Chine sera comme les pays vaincus de la seconde guerre mondiale, isolée, on lui demandera des comptes, et tous ses efforts seront effacés d’un revers de main »

On se souvient en effet de la dénomination « Virus de Wuhan » ou « Virus de Chine » employée par certains politiques peu scrupuleux …

Un homme politique qu’on peut citer dans 100% des articles de presse!

….qui avait mis les autorités chinoises en émoi. Pékin avait d’ailleurs essayé de répliquer sur le terrain de l’origine, en laissant croire que le virus « aurait pu être importé en Chine par l’armée américaine ». A l’époque, l’ambassadeur chinois à Washington avait enfoncé le clou, refusant de formellement retirer l’accusation. Ce n’est pas le seul pays à qui le ministère des Affaires Etrangères essaie de faire porter le chapeau. Le Japon a également eu droit à quelques insinuations (comme rapporté par le très bon journaliste Dorian Malovic)

Zhao Lijian, porte-parole, accuse tranquillement l'armée américaine et demande des comptes.
Zhao Lijian, porte-parole, accuse tranquillement l’armée américaine et demande des comptes.

Evidemment, cette stratégie mal pensée, calquée sur la manière habituelle du ministère des Affaires étrangères de se déresponsabiliser en faisant porter la faute sur autrui, est rapidement tombée à l’eau.

Le fond du problème n’est pas l’origine géographique du virus.  C’est l’explosion de l’épidémie dans une ville de 11 millions d’habitants dont le gouvernement local a masqué les faits pendant près de trois semaines. Encore une fois, le service diplomatique chinois faisait preuve de son impressionnante incurie.

Heureusement, il nous reste Aisixiang pour proposer des stratégies un peu plus intéressantes.

 

Comment tourner la situation en faveur de l’image chinoise dans l’opinion?

 

Alors, quelles sont les caractéristiques du récit chinois à promouvoir selon Zhao Yanjing.

« Wuhan : c’est une bataille entre l’Homme et un nouveau virus inconnu. Le premier piège tendu par les médias occidentaux, c’est de présenter le virus comme la responsabilité d’un Etat. Nous devons au contraire que l’Humanité est confrontée à un virus, alors Wuhan devient le premier combattant de genre humain contre l’ennemi commun.

Ainsi dans ce récit, il n’est plus nécessaire de masquer les erreurs initiales du gouvernement local. Ce n’est plus la dissimulation voulue par un gouvernement totalitaire, mais l’inévitable échec de la première ville confrontée à un ennemi d’un genre nouveau. »

Les éléments de langage de la diplomatie chinoise trouvent toujours des relais inattendus.

La bataille de l’Humanité contre le Virus. On retrouve ici un autre fondamental de la politique internationale chinoise ; ce que nous faisons est un service pour l’humanité.  Les Routes de la Soie :  un grand partenariat stratégique win-win. Les aides médicales et diplomatiques : la réalisation de la communauté de destin humaine.  La croissance chinoise : une contribution à l’économie mondiale.  Et ainsi de suite.

D’ailleurs, précise l’auteur, le récit chinois de la crise épidémique doit également s’inscrire dans la confrontation des systèmes politiques. Qu’on ne dise pas que c’est du fait du totalitarisme chinois que des erreurs ont été commises à Wuhan.

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Oui, mais comment communiquer ?

 

Comme le dit l’auteur, mieux que personne : « La Chine manque d’un porte-parole international influent, ce qui est une honte pour la presse chinoise ». On se souvient des tentatives un peu misérables du China Daily d’intégrer le paysage médiatique français en payant un double feuillet dans le Figaro. Evidemment, un échec. Déjà qu’on ne lit plus la presse indépendante…

China Watch, organe de propagande chinoise qu’on a eut le plaisir de trouver dans le Figaro

Heureusement, il reste aux autorités chinoises une arme médiatique plus efficace, celle des « self-média » (自媒体 Zi Meiti), autrement dit les indépendants qui relaient et produisent de l’information sur leurs comptes de réseaux sociaux. En d’autres termes, la bataille du récit se passera dans les commentaires Twitter, TikTok, LinkedIn, Facebook et sur YouTube.

« Nous devons nous servir de ce réseau pour promouvoir le récit chinois à l’international. Une fois qu’un récit est adopté en Chine, il se répandra de manière cohérente via les communautés chinoises d’outremer, étudiants et entreprises, sur Twitter ou TikTok. Il faut particulièrement viser les communautés présentes en pays anglophones. » écrit Zhao Yanjing.

« Une fois que le récit de la crise chinoise entre dans le réseau occidental, il se répand, mute, remodèle les faits comme un anticorps pour tuer le virus, et finit par submerger le récit défini par l’Occident », poursuit-il avec humour, étant donné la situation. Quand je vous disais, les pages Opinions…

Zhao Yanjing le sait, la crise passera, mais pas la bataille de l’opinion. Ce sont des principes fondamentaux qui sont en jeu. Quel est le meilleur système politique, économiquement parlant, en cas de crise grave ? Est-ce que l’autoritarisme assumé de la Chine n’est pas, au fond, un modèle acceptable au 21ème siècle, qu’on laisserait essaimer la conscience tranquille, dont nous pouvons nous inspirer ?

« C’est un test ! Il faut garder ça à l’esprit : la crise passera, mais son influence lui survivra, et les enjeux d’influence se jouent aujourd’hui » concluait sagement Zhao Yanjing.


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