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L’éducation parallèle en Chine

L’éducation parallèle en Chine

Comme dans beaucoup de pays et notamment en Asie, les cours du soir ou cram school sont devenus une norme en Chine; c’est une étape indispensable visant à améliorer les compétences académiques des enfants afin de les préparer au mieux aux concours. En Chine, en plus des examens d’entrée à l’université, il y a des concours pour accéder aux meilleurs lycées. Dans cette société régie par la compétition, les parents imposent le plus d’activités complémentaires possibles à leurs enfants afin qu’ils aient un maximum d’opportunités pour l’avenir.

Mais qu’en est-il de la santé mentale de ces jeunes enfants qui étudient du matin au soir ? Les notes doivent-elles réellement être la seule et unique priorité dans l’éducation?

 

Le phénomène du bǔkè est une source de stress pour les enfants

Le Gaokao1高考 ou Concours national d’entrée d’éducation supérieure, se déroule tous les ans en Chine. C’est une sorte d’équivalent du baccalauréat français.

Elèves lors d’un examen du Gaokao dans la salle d’examen de Dongguan (Guangdong).

L’issue de cet examen étant extrêmement important, cela a mené à un phénomène social appelé Buke2补课, qui signifie “rattraper un cours”. Dans l’anticipation du Gaokaol, les parents font prendre à leurs enfants des cours supplémentaires qui peuvent se dérouler au sein même de son établissement scolaire ou dans des établissements privées généralement appelés cram school ou buxiban3补习班 en chinois. Ils généralement lieu le soir, le week-end et pendant les vacances. Seulement, les buxiban, en tant qu’établissements privés et payants ne sont accessibles qu’à une certaine partie de la population chinoise, la plus aisée. L’accès à l’éducation en Chine n’est déjà pas très égalitaire et ce système ne fait que renforcer ces différences.

De plus, ce système éducatif, centré sur les concours et les notes, met beaucoup de pression sur les jeunes chinois et encourage davantage le bachotage que l’acquisition de connaissances sur le long terme.

La Chine se dirige-t-elle vers une nouvelle façon de penser?

Le 7 mars dernier, Tang Jiangpeng4唐江澎, membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CPPCC)5全国政协 et directeur d’un établissement secondaire à Xishan dans le Jiangsu a pris la parole lors d’une séance d’interview juste avant la deuxième session plénière de la 4e session de la 13e CPPCC.

Lors de cette interview, un journaliste demande au directeur “Quel est le sens réel de l’éducation?”, ce dernier explique qu’en tant que principal il a bien conscience que les élèves ne peuvent pas réussir leurs futurs concours uniquement avec de bonnes notes.

Les notes sont importantes, mais celles-ci ne peuvent pas être l’unique contenu de l’éducation, ni son but fondamental.” 

Tang Jiangpeng lors de son interview le 7 mars 2021.

Tang Jiangpeng explique qu’une bonne éducation devrait aussi permettre aux enfants de développer une belle et forte personnalité, afin d’envisager un avenir heureux et d’en faire des adultes responsables pouvant bénéficier à la société chinoise. Pour ce principal qui enseigne depuis déjà plus de 40 ans, il est beaucoup plus important que les jeunes enfants de maternelle prennent l’habitude de ranger leurs affaires plutôt que d’apprendre à lire en avance. Et il est plus important que les enfants lisent beaucoup plutôt que de leur demander de résoudre des problèmes de compréhension écrite.  Tang Jiangpeng a également abordé le thème des buxiban dans son interview et pour lui, 7 à 8 cours supplémentaires par semaine risquent surtout de faire perdre l’intérêt de l’apprentissage aux enfants.

Les qualités de nos enfants d’aujourd’hui sont la force du pays de demain. Cette force, c’est le bonheur de notre société.

Les “parents tigres” ne desserrent pas les griffes

Durant les Deux Sessions6全国两会, beaucoup de représentants ont pointé du doigt les problèmes liés à l’éducation et la nécessité d’alléger le fardeau pour les enfants. Des suggestions approuvées… mais non appliquées. 

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On pourrait penser que l’implication pesante voire étouffante des parents sur l’éducation de leurs enfants à la maison est due au fait qu’il y a beaucoup de devoirs et que ces derniers rentrent tôt de l’école. Mais ce n’est pas aussi simple. Xie Feijun7谢飞君 explique dans son article pour le Jiefang Daily8解放日报 que l’école de son enfant propose un service supplémentaire le soir de 45 minutes afin d’aider les enfants à terminer leurs devoirs, le cours peut même être prolongé jusqu’à 18h. Les parents choisissant ce service, tout en sachant que leurs enfants ont fini leurs devoirs à l’école, leur imposent d’autres exercices d’apprentissages une fois rentrés à la maison.

Le fait est que les parents ont peur pour l’avenir de leurs enfants dans cette société très compétitive et ne savent pas forcément comment les éduquer. Il est difficile pour les parents de voir l’éducation à travers autre chose que les notes et ils font leur maximum pour que leurs enfants aient les meilleures notes possibles en leur faisant prendre des cours complémentaires, même le week-end et pendant les vacances, dès le plus jeune âge.

Si l’éducation pouvait diversifier son système d’évaluation et moins jouer sur la compétition, il serait certainement possible de réduire le fardeau des élèves, leur redonner goût à l’étude et les préserver mentalement.

 

Par Célia Farouil.


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