Now Reading
Passe Muraille n°59 – semaine du 20 avril

Passe Muraille n°59 – semaine du 20 avril

Editorial

Semaine de commentaires particuliers.

Nous remercions Quentin Genaille, qui rédige la partie “relations sino-européennes” et Clémence de Gail pour la relecture.

Bonne lecture,

Pierre, directeur d’EastIsRed

Vous souhaitez une information plus détaillée et précises sur les sujets qui vous intéressent, faites nous confiance et essayez nos newsletters personnalisées !

Essayez EastIsRed Watch

Affaires intérieures

L'essentiel

Point de situation sur le Covid-19

Le 22 avril, le petit groupe dirigeant de lutte contre le COVID-19 s’est réuni à Pékin (CCTV), Li Keqiang a dirigé la réunion. Le communiqué reprend les éléments de langage déterminés lors de la précédente réunion du politburo (Passe Muraille n°57). Il note toutefois qu’un “foyer épidémique” s’est développé dans “certaines parties du pays” ainsi que des cas de contamination dans des hôpitaux (en référence à la situation dans le Nord-Est du Pays). Les autorités ont demandé l’envoi d’équipes sur place pour prendre la situation en main ou du moins assister les efforts de lutte contre la transmission du virus. La seconde partie du communiqué est consacrée au besoin de renforcer les mesures en matière de test, pour les réaliser de manière plus systématique et les rendre plus accessibles.

Dans le Nord-Est la situation n’est pas claire. Le 25 avril, Jiemian rapportait cinq nouveaux cas dans la province du Heilongjiang, deux à Harbin et trois Mudanjiang. Les cas à Harbin sont liés à l’hôpital universitaire n°1 de la ville. ReferenceNews rapporte qu’à Harbin, une personne en a contaminé 80 autres à l’hôpital n°1. A Mudanjiang, il s’agirait de cas asymptomatiques importés. Le 25 avril à minuit, 549 cas ont été enregistrés dans la province. Il reste 66 cas confirmés (60 à Harbin, 5 à Mudanjiang et 1 à Daqing) le reste étant soigné. Les autorités annoncent suivre près de 18.000 personnes. Le 25 avril, les autorités annonçaient 11 nouveaux cas dans tout le pays (en comptant les 5 nouveaux cas du Heilongjiang). (ReferenceNews)

Le 22 avril, les autorités ont également annoncé l’envoie du groupe central dirigeant (中央指导组)  à la “frontière Sud-Ouest”, dans le Yunnan. Si aucun cas n’a été confirmé ou publié dans le Yunnan, cette région montagneuse et reculée est difficile à surveiller et les frontières sont relativement poreuses, notamment avec la Birmanie et le Laos voisin. L’article ne précise pas si l’arrivée du groupe dirigeant répond à une crise particulière.

Inspection de Xi Jinping au Shaanxi

En début de semaine, le président chinois s’est rendu Shaanxi pour une inspection de quelques jours, du 20 au 23 avril. Les principaux thèmes soulevés dans ses visites sont la préservation de l’environnement (thème également évoqué lors de l’inspection au Zhejiang fin mars), la lutte contre la pauvreté, la reprise du travail et enfin la coordination de la lutte contre l’épidémie avec les objectifs de reprise du travail et de lutte contre la pauvreté. Le journal télévisé du 23 avril reprend les éléments de sa visite, insiste à nouveau sur les “six stabilités” et les “six garanties” (voir ci-après). Le président chinois a visité une réserve naturelle dans les Montagnes Qinling (QdP). Ces montagnes préservées avaient néanmoins été le théâtre d’une vaste affaire de corruption liées à la construction de villas dans la zone protégée, il y a deux ans. Le South China Morning Post souligne que la visite de Xi Jinping servait aussi à rappeler aux cadres locaux d’être vigilants face à la corruption. En ce qui concerne la lutte contre la pauvreté, le président chinois s’est rendu dans des petits villages et a également promu l’utilisation du live-streaming (直播) pour vendre les produits agricoles (Xinhua). Au sujet de la reprise du travail dans un contexte épidémique, Xinhua livre une explication des priorités du président en se basant sur ses trois dernières inspections (les deux précédentes étant dans le Hubei et dans le Zhejiang).

Brèves

Une enquête dirigée contre le CEO de Tmall ?

Tmall est l’un des magasins en ligne d’Alibaba. Son PDG, Jiang Fan (aussi PDG de Taobao) était perçu comme l’un des potentiels successeurs de l’actuel PDG d’Alibaba (Zhang Yong). Jiang Fan lui même a demandé cette enquête dirigée contre lui après que sa femme ait accusé une influenceuse d’avoir une liaison avec son mari. Ce n’est toutefois pas cette accusation d’affaire extra conjugale qui est au centre de l’enquête, mais le fait que la fonction commentaire sous le post Weibo de l’épouse de Jiang Fan ait été désactivée et le post finit par être supprimé. Si les tenants et les aboutissants de cette affaire ne sont pas clairs, certains internautes se demandent si la participation d’Alibaba au capital de Weibo (30%) n’aurait pas permis à Jiang Fan de faire censurer les posts de sa femme pour ne pas attirer l’attention. (Technode / WeChat)

Sur l’arrestation du vice ministre de la sécurité publique

Cet article revient sur différentes nouvelles du ministère de la sécurité publique. Les derniers paragraphes de l’article reviennent sur l’arrestation de Sun Lijun (孙力军), accusé d’avoir enfreint sur une longue période, la discipline, les règles et la ligne politique du Parti. En conclusion, l’auteur de l’article reprend les termes du communiqué, indiquant que le ministère devait être purgé des réminiscences “empoisonnées” de Zhou Yongkang et Meng Hongwei;

Economie

L'essentiel

Stabilité économique

Le 17 avril, le Comité permanent du Politburo s’est réuni à Pékin pour discuter des priorités et mesures à prendre pour garantir la stabilité du pays. En effet, si l’épidémie est globalement sous contrôle en Chine, les risques n’ont pas disparus. C’est toutefois la situation économique qui préoccupe le plus les dirigeants centraux du Parti. Les autorités ont introduit le concept des “six garanties”. Ces six garanties sont les suivantes : garantir l’emploi (保居民就业) ; garantir le niveau de vie fondamental (保基本民生), garantir les entités de marché (保市场主体 – les entreprises “privées” ), garantir la sécurité alimentaire et énergétique (保粮食能源安全), garantir la stabilité de la supply chain (保产业链供应链稳定) et enfin s’assurer du bon fonctionnement des institutions locales (保基层运转 – jiceng signifie grassroots en anglais, il s’agit donc des échelons les plus bas de l’administration : comité de quartier, grid management, etc.) Xinhua propose une exégèse de cette nouvelle formulation et explique qu’elle intervient alors que la situation et la pression économique que subit la Chine est “sans précédent” (前所未有). Les six garanties ne remplacent pas les six stabilités, dont nous avions déjà parlé dans nos colonnes, pour rappel les “six stabilités” (六稳) correspondent à : emploi, finance, commerce extérieur, investissements extérieurs, investissements et confiance. La signification des “six garanties” fait toutefois l’objet de débat comme l’explique Caixin. Les économistes sont en effet divisés sur l’opportunité de conserver les objectifs de croissance pour l’année 2020, les “six garanties” constituant alors une “ligne basse”. ertains chercheurs, comme Lu Ting (陆挺 – Nomura Securities) ou encore Wang Tao (王涛 – UBS) appellent à se concentrer sur les garanties. Au contraire, Liu Yuanchun (刘元春 – Université du Peuple) juge opportun le maintien des objectifs, car les “garanties” sont difficilement chiffrables et risquent de faire baisser l’efficacité des gouvernements locaux.

Cette nouvelle rhétorique, et plus largement les communiqués du Politburo, indiquent que le gouvernement est profondément préoccupé par la crise et en particulier les risques d’explosion du chômage, qui peut avoir un impact important sur la stabilité politique. Les économistes interrogés par Caixin soulignent également le risque croissant du chômage. A ce titre, Caixin s’est intéressé à la base de la demande de travail (des entreprises) et la baisse des candidatures des employés, en baisse de 22.6% et 9.4%. Le CEIR (中国就业市场景气指数 – China Employment Market Index) est le ratio entre la demande et le nombre de candidatures pour des emplois. Ce chiffre est passé à 1.43, par rapport à 1.68 l’année dernière. En mars, le ratio est désormais tombé à 1.03, un record historique. Les étudiants nouvellement diplômés sont particulièrement touchés. Dans un second article, Caixin publie un reportage sur les travailleurs du textile originaires du Hubei qui retournent travailler dans le Guangdong. Ces travailleurs qui ont choisi de quitter le Hubei dès que la quarantaine a été levée. Si auparavant ils gagnaient jusqu’à 500 CNY par jour, aujourd’hui les meilleurs ouvriers peuvent gagner 300 CNY, en cause : la baisse de la demande. Mais les difficultés s’accumulent et Caixin explique qu’un certain nombre d’ouvriers ont décidé de rentrer et de recommencer une activité dans leur ville natale. Dimanche, en fin de journée, une société de conseil publiait un rapport (source) selon lequel le taux de chômage réel était de 20% (Bloomberg). La société a vite rétracté son rapport.

Par ailleurs, la crise met sous pression les finances publiques chinoises. Selon Xinhua et Caixin, le ministère chinois des finances a déclaré qu’il procéderait à une nouvelle allocation anticipée de quotas d’obligations à but spécial (SPB) pour 2020 d’une valeur de 1 000 milliards de yuans (141,4 milliards de dollars) aux gouvernements locaux. Les perturbations de l’activité économique ayant réduit les recettes publiques, qui sont utilisées pour les plans de sauvetage et de relance, les décideurs politiques ont décidé de tolérer une augmentation de la dette afin de générer plus de puissance de feu pour une reprise… En mars, les recettes fiscales de la Chine ont chuté de 26,1 % en glissement annuel, plus que la baisse de 21,4 % de février, et la plus forte chute des données disponibles remonte à 1996, selon les données officielles.

Brèves

Consommation

La reprise (ou non) de la consommation est un sujet que nous suivons avec attention au regard de son importance pour l’économie chinoise. Nous parlions ces dernières semaines des mesures mises en place pour tenter de soutenir la consommation. L’une d’entre elles était la distribution de “coupons consommation” pour encourager les gens à aller dans les restaurants ou les lieux touristiques. Reuters rapporte toutefois que ces coupons ont été largement utilisés pour les courses et les achats de première nécessité. En comparaison, l’idée de transférer de l’argent directement aux individus continue de progresser. Nous l’évoquions dans les dernières semaines, un nombre croissant d’économistes ont pris position en faveur de cette mesure. Le 22 avril, Yao Yang (姚洋 – Beijing University) s’est prononcé en faveur d’une subvention de près de 2000 CNY pour un peu moins de la moitié des chinois.

Pertes massives due aux contrats à termes pétroliers

Les investisseurs chinois qui avaient négocié des contrats à terme de la Banque de Chine (BoC, en anglais) sur le pétrole brut (produit appelé 原油宝) crient au scandale suite à la décision de la banque de régler les transactions à des prix négatifs. Les investisseurs affirment que la banque aurait dû faire plus pour protéger leurs intérêts. Reuters donne l’exemple d’une étudiante ayant investi 70.000 RMB (environ 9000€) et qui a finalement perdu près de 170.000 RMB (22.000€ environ).

Le Passe Muraille vous laisse sur votre faim ? Abonnez vous à nos newsletters personnalisées !

N'hésitez pas, c'est gratuit

Industries et Technologies

L'essentiel

Industrie automobile et voitures intelligentes

AllWeatherTech consacre un long format à Huawei et à sa stratégie en matière de “voitures intelligentes” ou voitures autonomes. L’article, intitulé “Huawei accélère son développement des voitures intelligentes, l’entreprise peut-elle éviter les erreurs des BAT ?” est un long format qui analyse en profondeur les choix de Huawei. La division (business unit) des véhicules intelligents de Huawei a été établie en 2019. La stratégie de Huawei s’est concentré autour de l’idée “tout fabriquer sauf des voitures” (除了汽车什么都造) ce qui lui a permis de développer des lignes de produits pour les véhicules intelligents : cloud, réseaux, pilotage autonome, microprocesseurs, batteries et stations de chargement etc. La première partie de l’article est consacrée à cette technologie. Huawei qui a une expérience de près de 30 dans les réseaux électriques (avec une entreprise fondée dans les années 90, “Mobeike” (莫贝克) ensuite revendue). C’est en 2016 que les efforts se focalisent sur les stations de recharge. En 2015, le gouvernement chinois a publié les plans relatifs aux infrastructures de rechargement des voitures électriques, avec un objectif de 4.8 millions d’unités d’ici à 2020 dont 4.3 millions devant être construites par des entreprises privées. Actuellement seulement 1.22 millions ont été construites. Il est évident que Huawei compte obtenir sa part du gâteau. Bien plus, les stations de recharge, couplées au Cloud et à la 5G, semblent être la porte d’entrée de Huawei dans le secteur. En effet, les stations de recharge enverront dans le cloud les données d’utilisation qui permettra à l’entreprise de disposer d’un panorama des besoins en électricité, des stations les plus fréquentées, voire de faire le diagnostic des voitures. En effet, le deuxième axe de la stratégie de Huawei en ce qui concerne les voitures autonomes est celui de la couche logicielle et du pilotage. L’entreprise a fortement investi dans ce domaine, développant processeurs, logiciels de conduite, “poste de pilotage”, etc. Dans le domaine du pilotage et logiciel de conduite autonome, Huawei bénéficie d’un avantage : les solutions de conduite autonome de niveau T4 ou supérieur d’origine étrangère seront peut être interdites en Chine, pour des motifs de sécurité intérieure.

Toujours sur l’électronique, BYD a annoncé un succès dans les processeurs IGBT (Insulated Gate Bipolar Transistor – un dispositif semi-conducteur utilisé comme interrupteurs électroniques) (jiqizhineng). Ces dispositifs sont jusqu’ici tous produits par des entreprises étrangères et importés. BYD micro-électronique est la seule entreprise chinoise qui dispose des compétences techniques et des capacités de production de masse. Cette capacité est le résultat de près de 10 ans de travail, selon les auteurs. La production de masse de ces composants vise à équiper l’ensemble des véhicules produits par l’entreprise. Cette ambition intervient alors que l’entreprise a terminé la restructuration de sa filière semi-conducteurs, avec “BYD semiconductors Ltd” (比亚迪半导体有限公司) comme structure contrôlant “Ningbo BYD semiconductors Ltd” (宁波比亚迪半导体有限公司), “Guangdong BYD Energy Saving Technology Ltd” 广东比亚迪节能科技有限公司) et “Changsha BYD semiconductors Ltd” (长沙比亚迪半导体有限公司).

See Also

Enfin, toujours sur l’automobile, Yi’ou revient sur les derniers résultats financiers de SAIC Motors (上海汽车工业集团). Selon le rapport annuel publié récemment, les profits nets de l’entreprise ont baissé de 10 milliards de CNY (environ 1.3 milliards d’€). Yi’ou analyse les raisons derrière cette baisse des profits. Tout d’abord, les ventes ont chuté. L’entreprise a vendu environ 860.000 véhicules de moins que l’année dernière. En particulier, les ventes de véhicules issues de ses joint-ventures chutent, y comprise celle de Wolksvagen – SAIC. La situation est toutefois plus reluisante sur le plan des véhicules électriques et en particulier à l’export : son SUV tout électrique a écoulé 10.000 exemplaires dans la seconde moitié de 2019 sur les marchés néerlandais, norvégiens et anglais. La question est maintenant celle de la gestion de la crise du COVID. Le 5 mars, SAIC a annoncé des baisses de salaires et annulations de primes. Une source annonce à Yi’ou que SAIC prévoit une vague de licenciement en juin de cette année, témoignage de la situation critique due à la tendance à la baisse des ventes ainsi qu’au COVID.

La reprise à la hausse des ventes d’automobile n’est pas pour sitôt d’après Caixin Weekly, qui consacre un long format à ce marché. Selon les auteurs, la chute des ventes d’automobile est due à la saturation du marché dans les grandes villes de l’Est. Si celles-ci vont peut être relâcher les restrictions à l’achat (voir Passe Muraille n°57), l’avenir du marché automobile chinois se trouve dans les petites villes et la campagne, selon Caixin. Plus généralement, il n’y a pas eu de reprise de la demande après le pic épidémique, car les consommateurs ne considèrent pas ou plus la voiture comme un bien essentiel. Les autorités, nous l’avons vu dans le Passe Muraille n°57 tentent de soutenir la consommation mais les personnes interrogées par Caixin expliquent que ces mesures visent plus à stabiliser qu’à relancer les ventes d’auto. Parmi les autres politiques “dans les tuyaux”, des subventions locales, ou un ajustement de la taxe sur la valeur ajoutée pour favoriser les autos propres. Une baisse des taxes sur les achats des “petits véhicules personnels” est également envisagée.

Brèves

Comment construire la sécurité du contenu sur internet

Il  y a deux semaines, nous signalions la tenue d’une conférence dédiée à la “sécurité du contenu” sur internet, les méthodes mises au point par l’Etat et les grandes entreprises du numérique chinoises pour “détecter et éliminer les contenus dangereux”. Concrètement, il s’agit en partie des techniques de détection de contenu sur les réseaux sociaux pour la modération et donc la censure. Cette semaine, l’alliance pour le développement de l’IA publie son ‘commentaire officiel’ sur ces méthodes. Ces réflexions interviennent dans la suite de la publication par Cyberspace Administraiton of China des “Provisions on the Governance of the Online Information Content Ecosystem” (网络信息内容生态治理规定) entrées en vigueur le 1er mars. Sur le plan technologique, quatre briques apparaissent comme essentielles : la distinction (identification) des images (图像识别) ; la distinction des textes (文本识别) ; la distinction orale (语音识别) ; et enfin l’identification vidéo (视频识别). Plusieurs défis subsistent : premièrement l’identification des contenus dangereux est de plus en plus difficile (référence aux méthodes mises au point pour contourner la détection) ; deuxièmement, les “formes de résistance à la détection” sont toujours plus complexe (抗检形式更加复杂). Enfin, le flou réglementaire sur ce que constitue un contenu dangereux rend difficile le jugement.

Construction du réseau 5G

Les résultats des appels d’offre pour la construction des stations 5G de China Unicom ont été publié le 24 avril. Huawei et ZTE récoltent la majorité des contrats, Ericsson, Datang Group ont gagné une (petite) partie des contrats, Nokia n’aura rien eu du tout. Si les attributions précises n’ont pas été révélée, Caixin, en se basant sur les précédents appels d’offre de China Mobile, estime que 90% des opportunités ont été confiées aux entreprises chinoises, Huawei obtenant à lui seul plus de 50% des contrats. (Est-ce réellement une surprise ?)

Affaires extérieures

L'essentiel

Relations sino-européennes

Le Ministère des Affaires Étrangères chinois a relayé cette semaine l’appel de son ministre Wang Yi à son homologue Jean-Yves Le Drian sans pour autant mentionner l’incident diplomatique de la semaine dernière. La communication se contente de réaffirmer le soutien mutuel entre les deux pays et mentionne leur contribution éventuelle au Conseil de sécurité de l’ONU.

Dans un effort constant pour chouchouter ses relations bilatérales, la Chine continue sa stratégie de “diplomatie du téléphone”. Cette semaine, Wang Yi s’est également entretenu avec le ministre chypriote alors que son vice-ministre Le Yucheng a contacté le nouvel ambassadeur de Biélorussie en Chine. Au niveau européen, le vice-Premier ministre Liu He et le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis ont confirmé la poursuite des négociations de l’accord d’investissement UE-Chine. En Hongrie, la Chine continue de renforcer les fondations européennes de son projet des routes de la soie grâce au financement d’une voie de chemins de fer entre Belgrade et Budapest.

Un peu plus à l’ouest toutefois, la crise sanitaire semble compliquer certaines relations entre diplomates. Cette semaine par exemple, le vice-ambassadeur de Chine en République tchèque a reproché à son gouvernement hôte d’avoir accepté de l’aide en provenance de Taiwan parallèlement à la mise en lumière de tentatives d’influence d’un média tchèque par les autorités chinoises. À l’encontre de sa politique habituelle et dans la continuité du positionnement d’Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel a appelé la Chine à plus de transparence sur la question de l’origine du virus alors qu’un train en provenance de Wuhan arrivait à Duisburg (Allemagne) la semaine dernière.

Pendant que le spécialiste des relations sino-européennes chinois Song Xinning était acquitté pour manque de preuves suite aux accusations d’espionnage par la Belgique qui lui avait interdit de revenir dans l’espace Schengen, le bras diplomatique de l’UE a publié jeudi dernier un rapport accablant la Chine (mais pas autant que le document interne initial), en raison de ses campagnes de désinformation massives en Europe.

Ces micro-tensions témoignent d’un climat de méfiance grandissant, marqué par l’ambivalence d’une Europe de plus en plus sceptique mais soucieuse de préserver sa relation avec une Chine qui se voit toujours plus comme un leader alternatif sur la scène internationale.

Brèves

Revendication sur les îles de la Mer de Chine méridionale

La Chine établit deux nouveaux ‘districts’ pour mieux administrer les eaux de la mer de Chine du Sud. Les districts en question sont rattachés à la ville de Sansha (三沙市). Ces nouveaux districts sont ceux des ‘xisha’ (西沙区) et des ‘nansha’ (南沙区). Le district de Xisha est chargé d’administrer les îles Xisha (西沙群岛 – îles Paracel) et Zhongsha (中沙群岛 – Macclesfield Bank – ces îles sont des récifs, des hauts fonds et n’existent pas en tant que tel, voir ci-après) ainsi que les eaux environnantes, le gouvernement étant situé sur l’île de Yongxing (永兴岛 – île Woody). Bill Hayton, qui a réalisé sa thèse sur l’histoire des revendications territoriales chinoises en mer de Chine méridionale, examine cette revendication particulière sur des récifs. Selon lui, ces îles “Zhongsha” n’existant pas, elles risquent de forcer la Chine à chercher une modification du droit international lui permettant de revendiquer les fonds marins. Le district de Nansha a compétence sur les îles Nansha (南沙群岛 – îles Spratley ) et leurs  eaux, le gouvernement étant situé sur les îles Yongshu (永暑礁 – Fiery Cross Reef).

L’activité en mer de Chine méridionale était intense ces dernières semaines, avec au moins un navire de recherche chinois en patrouille dans les eaux malaisiennes (RFA) et une confrontation entre un navire chinois et philippin. Le navire chinois, non identifié, a verrouillé avec son radar de conduite de tir un navire de la marine philippine dans les îles Spratley à la mi-février, et pointé son canon dans la direction du navire. Une telle action est contraire aux protocoles de rencontre en mer et clairement hostile. (AP)

L'essentiel

Anniversaire de la marine chinoise

La PLAN a fêté son 71e anniversaire en début de semaine, nous gratifiant à l’occasion d’une vidéo de près de 4 minutes intitulée “Projeter (notre) puissance vers la mer” (向海图强 – dans ce contexte, “tu” () a le sens de “projeter, planifier, “comploter”- “scheme” en anglais). La vidéo est malheureusement composée en grande partie d’images anciennes ré-utilisées. Toutefois, l’anniversaire de la marine a donné lieu à des articles intéressants dans la presse. Le 23 avril, le Quotidien de l’APL publie un article revenant sur les transformations de la marine. Selon l’article, si la qualité des équipements en service dans la Marine sont largement satisfaits, les efforts se concentrent désormais sur la formation des capitaines et du personnel. Selon l’article, l’augmentation du nombre de mission a permis à “90% des commandants de vaisseaux de guerre principaux (主战舰) de disposer d’une expérience en mission dite “importante”.

Brèves

“Ce que les exercices de confrontations ont changé”

Un article intéressant dans le Quotidien de l’Armée du 20 janvier raconte l’impact de la mise en place d’une force d’opposition au sein d’une brigade appartenant au 77e Corps d’Armée. La brigade non identifiée aurait mis en place une “compagnie bleue” (les forces “alliées” chinoises étant rouge) l’été dernier. Les journalistes racontent donc l’histoire de Ma Ding (马宁), chef d’une compagnie dans la brigade. Selon lui, avant les exercices dits “confrontationnels”, les entraînements étaient répétitifs et souvent joués d’avance : l’équipe “capturait l’objectif” et rien ne se passait. L’arrivée de la compagnie d’opposition a changé la donne et a révélé les lacunes des soldats et officiers qui n’étaient pas préparés pour ce type de situation. (Ce type d’article est assez récurrent et – si il ne faut pas prendre ce qui y est écrit pour argent comptant -donne une idée de l’ampleur du travail entrepris par l’APL pour améliorer la préparation de ses troupes).

View Comments (3)

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Scroll To Top