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Passe Muraille n°63 – semaine du 18 mai

Passe Muraille n°63 – semaine du 18 mai

Editorial

Semaine très chargée et nous avons été forcé d’omettre certains sujets, comme cette passe d’arme sino-américaine au sujet de l’OMS, déclenchée par la lettre envoyée par Donald Trump dans laquelle il détaille les dysfonctionnements de l’institution internationale. Nous n’avons pas non plus pu être exhaustif sur le contenu des “deux sessions” de cette année. Une veille implique des choix, et nous voulons rester concis sans compromettre la précision. Nous sommes en tout cas ravi de vous présenter ce 63e numéro du Passe Muraille.

Nous remercions Quentin Genaille, qui rédige la partie “relations sino-européennes” et Clémence de Gail pour la relecture.

Bonne lecture,

Pierre, directeur d’EastIsRed, rédacteur du Passe Muraille

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Affaires intérieures

L'essentiel

Deux sessions

Décalée à cause de l’impact de l’épidémie de coronavirus, le coup d’envoi des “deux sessions” (两会) a été donné jeudi et vendredi. Le terme “deux sessions” désigne d’une part l’Assemblée Nationale du Peuple (ANP) et la Conférence Consultative Politique du Peuple chinois (CCCPC). La seconde s’est ouverte jeudi 21 mai tandis que l’ANP s’est ouvert le 22 mai. C’est cette dernière conférence qui concentre notre attention. S’étalant sur plusieurs jours, elle commence généralement par la lecture du rapport de travail du gouvernement (政府工作报告). Une grande partie du rapport s’est concentrée sur l’économie, que nous traiterons plus bas. L’agenda était par ailleurs chargé, puisqu’au delà de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, détaillée ci-après, d’autres sujets ont été abordés, parmi lesquels les travaux sur le code civil chinois, en préparation depuis des années ; la suppression des amendes pour les couples qui auraient plus de deux enfants ; une responsabilité pénale pour les enfants à partir de 12 ans ; la fin de la loterie pour les plaques d’immatriculation ; une base de données des personnes condamnées pour des crimes sexuels, afin de les empêcher de travailler avec des enfants ; une criminalisation des maltraitances animales, etc.

Hong Kong

Mais le projet de résolution qui a attiré le plus d’attention est bien entendu celui visant à faire appliquer une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong. L’explication qui suit est largement basée sur les analyses du SCMP, de Sebastian Veg et du blog NPC Observer.

Contrairement à ce qui a pu être dit, Pékin n’a pas dès aujourd’hui, fait voler en éclat “un pays deux systèmes”, mais a lancé un processus juridique qui pourrait aboutir à ce résultat. Toutefois, si la loi n’existe pas encore, c’est déjà l’entorse la plus grave au principe “un pays deux systèmes” depuis 1997. En effet, Pékin ne peut complètement écarter les gardes-fous juridiques qui sont liés à la “Basic Law” (BL), la mini constitution de la ville. En effet, l’article 18 de la Basic Law requiert que les lois nationales devant être appliquées à Hong Kong soient au préalables soumises aux autorités hongkongaises, notamment le “Basic Law Committee”, qui doit être consulté. Cette loi sera ensuite inscrite à l’annexe III de la Basic Law, annexe regroupant les lois nationales s’appliquant dans le territoire autonome. Le gouvernement hongkongais devra alors promulguer directement en droit local la loi, en la publiant au Journal officiel. Ainsi, si la proposition du NPC est effectivement un passage en force et une atteinte grave à l’autonomie de Hong Kong, c’est qu’elle s’affranchit du Legco (le parlement hongkongais, qui n’aura pas son mot à dire), pose de grave problèmes de constitutionnalité et bien sûr porte un coup dur aux libertés publiques et politiques qui subsistent dans la ville.

En effet, la définition continentale de la “sécurité nationale” englobe –entre autres– les “subversions” (politiques) et toute “influence étrangère” qui chercherait à infiltrer, subvertir ou encore mener des activité séparatiste. Or, c’est précisément ce point qui pose un problème de constitutionnalité. A ce titre, voir les explications en deux fils Twitter (1 & 2) de Sebastian Veg et du blog “NPC Observer”. A titre d’exemple, la loi pourrait permettre aux autorités chinoises de réprimer plus durement les mouvements pro-démocratie, et aux agences de la sécurité publique (gonganbu – 公安部) et à la sécurité d’État (国安部) d’opérer légalement sur le territoire hongkongais, ce qui permettrait d’arrêter les dissidents et les activistes. Une telle situation (hypothétique, puisqu’on ne connaît pas encore le projet de loi), pourrait être contraire à l’article 11 de la Basic Law qui prévoit que l’application de la loi et les forces de l’ordre doivent être gérées par le gouvernement hongkongais. Ce serait alors une situation très grave de rupture d’un traité international et d’une infraction aux dispositions de la BL sur les libertés fondamentales.

Sebastian Veg note en outre que la décision de Pékin de passer en force cette loi reste surprenante, dans la mesure où ce n’est jamais le HKMAO ( l’administration chinoise en charge de Hong Kong et Macau, gang-ao xitong – 港澳系统)qui fait pression, mais cette fois-ci il semble avoir été tenu complètement à l’écart du projet.) Les interprétations vont bon train mais on peut noter d’une part la conviction de l’exécutif chinois, que les “forces étrangères” se servent des mouvements pro-démocratie hongkongais pour déstabiliser la Chine et la peur d’une victoire possible de l’alliance démocrate au parlement hongkongais en septembre. Notons en outre que le projet de loi présenté vendredi prévoit également un renforcement de “l’éducation patriotique”. Selon le ministre hongkongais de l’éducation, celle-ci aura lieu dès l’école primaire jusqu’à l’université.

Les annonces de Pékin ont provoqué des réactions internationales (Canada, Australie, Royaume Uni et Etats-Unis) ainsi qu’un tir de contre batterie du ministère des Affaires Etrangères chinoises. Les États-Unis ont promis “des sanctions” si Pékin va au bout de son projet. A l’inverse, l’Union européenne a publié un communiqué “a minima” (voire plus bas) tandis que la France brille par son silence (habituel, sur ces questions). Les médias chinois et les comptes WeChat populaires jubilaient alors que des manifestants sont descendus dans la rue dès dimanche 24 mai pour exprimer leur inquiétude et leur colère.

Brèves

Où vont les diplômés des meilleurs universités ?

Le journal “New Capital” (新京报) a publié en début de semaine les résultats d’une étude portant sur les destinations des étudiants des meilleures universités du pays. L’article, illustré par plusieurs graphiques montre que les étudiants des universités du Guangdong et de Shanghai sont les plus susceptibles de rester dans ces deux provinces. Le Guangdong est aussi le deuxième choix de nombreux étudiants diplômés des universités d’autres provinces. A l’inverse, les étudiants du Henan sont plus susceptibles de partir dans d’autres provinces pour travailler.

Economie

L'essentiel

Assemblée nationale du peuple

L’économie est, bien sûr, au centre des discussions de l’Assemblée nationale du peuple, puisque c’est cette assemblée qui détermine notamment le budget. Parmi les informations importantes communiquées durant les premiers jours, commençons par l’abandon des objectifs de croissance annuelle, une première. Huxiu a interrogé l’économiste et membre du comité permanent des deux sessions, He Keng, sur la signification de cette nouvelle. Il n’y aura donc pas, en 2020, d’objectif à atteindre pour les gouvernements locaux en termes de croissance. Une bonne chose pour la cohorte de maires et gouverneurs, une moins bonne pour les partenaires étrangers qui se sont (trop) longtemps appuyé sur la croissance chinoise pour stimuler l’économie mondiale. Comme nous l’écrivions il y a plusieurs semaines, il n’y aura, a priori, pas de stimulus massif et indiscriminé tel que l’on a vu en 2008-2009.

Par contre, la relance économique prendra une autre forme. En l’occurrence, le déficit du gouvernement central devrait atteindre les 3.6% du PIB, malgré un certain nombre de coupes budgétaires dans de nombreux domaines, dont les sciences et technologies (baisse de 9%). Ces baisses devraient toutefois être compensées par des dépenses accrues des gouvernement locaux. Dans d’autres domaines, comme les affaires étrangères, les coupes budgétaires sont encore plus importantes avec notamment -12% pour le ministère des affaires étrangères. Les gouvernements locaux recevront aussi l’autorisation de dépenser (et d’emprunter) davantage pour soutenir l’activité. A cet égard, près de trois trillions de CNY (500 milliards d’euros) d’obligations spéciales seront émises. Comme nous l’expliquions, la priorité est de maintenir le chômage en dessous de 6% et ce n’est pas un hasard si la préoccupation de l’emploi est au coeur du discours de Li Keqiang.

Un autre pan de la relance pourrait venir de la banque centrale. Un débat couve depuis plusieurs semaines, couvert notamment par le South China Morning Post et Reuters. En effet, le ministère des finances demande à la banque centrale chinoise d’acheter des obligations directement au gouvernement. Une telle disposition était jusqu’ici un tabou. La banque centrale s’oppose à une telle mesure, craignant qu’un tel plan ne conduise à une hyperinflation et une indiscipline budgétaire accrue, en partie des gouvernements locaux. La banque centrale craint également qu’une telle décision ouvre “une boîte de pandore” et réduise à néant l’indépendance de la banque centrale chinoise.

Et si un autre segment de relance prenait la forme d’une réforme structurelle de l’économie ? Dès la mi-avril, plusieurs observateurs avaient noté la publication d’un document visant à “mieux allouer les ressources en fonction des facteurs de marché”. En effet, le 18 mai, le Comité central du Parti Communiste chinois a publié des “opinions sur l’amélioration de l’économie socialiste de marché”. Ce document était le dernier dans une série de discussions sur un éventuel renforcement du rôle et du soutien au secteur privé. Puis, durant les deux premiers jours des “deux sessions”, le discours semblait être une “ôde” au secteur privé. Le président Xi Jinping a notamment rappelé que les entreprises privées étaient des solutions,  des moteurs essentiels de la croissance et de l’emploi et que dans cette nouvelle situation “on ne peut plus suivre les modèles de planification de l’économie”. Si il faut être prudent quant à la signification de ces déclarations, il est certain que le Parti sait que c’est en soutenant les entreprises non étatiques qu’il sera possible de maintenir un taux de chômage bas. Ainsi, selon Damien Ma (MacroPolo) la politique macroéconomique consiste à stabiliser l’emploi en sauvant les PME, par des abattements fiscaux et des facilités de prêts.

Brèves

Cotations en bourses

Et si la guerre commerciale et technologique devenait aussi financière ? Le 20 mai, le Sénat américain a passé une loi qui pourrait forcer les entreprises étrangères à dévoiler si elles sont contrôlées par des gouvernements étrangers mais aussi les empêcher d’être listées dans les places boursières américaines. Cette perspective est dangereuse pour un certain nombre d’entreprises chinoises friandes de dollars américains. En mars, les autorités chinoises avaient également passé un amendement qui interdisait à une firme de divulguer des informations au régulateur boursier américain sans consentement des autorités boursières chinoises. Ces deux développements surviennent alors que le scandale Luckin Coffee est encore bien présent dans les esprits, et a notamment fait perdre des millions de dollars aux investisseurs américains.

Cotations en bourses

L’immobilier occupe toujours une place spéciale dans l’économie. Or, la section consacrée à l’immobilier dans le rapport de travail du gouvernement est très courte : 81 mots. Si les références à la “lutte contre la spéculation immobilière” (présentée par l’expression : “des appartements pour vivre et pas pour spéculer” – 房住不炒) sont bien présentes, aucune nouvelle de la taxe sur la propriété foncière, serpent de mer de la politique chinoise. Concrètement, les priorités politiques sont les mêmes : ne pas se servir de l’immobilier pour nourrir la relance et garder un marché stable. La taxe sur la propriété foncière est en projet depuis près de 10 ans, mais la probabilité qu’elle soit mise en place rapidement est faible, vu la complexité du secteur et sa sensibilité politique.

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Industries et Technologies

L'essentiel

Huawei

Les nouvelles restrictions américaines à l’encontre de Huawei ont été accueillies avec froideur en Chine, l’entreprise a exprimé son opposition et son inquiétude face aux décisions de l’administration Trump. Huawei met en avant l’impact que vont avoir les restrictions sur la chaîne de valeur internationale. De plus, l’entreprise crée par Ren Zhengfei a annoncé procéder à une évaluation complète de l’incident et s’attend à ce que ses activités soient “inévitablement affectées”(voir un compte rendu de la conférence de Guo Ping). Au-delà des réactions officielles, la presse chinoise s’est emparée du sujet. Le média “SouthernWindow” remet les actions américains dans le contexte d’une stratégie de “containement”, enclenchée sous Obama, qui viserait à ralentir la montée en gamme de l’industrie chinoise.

Mais le sujet qui concentre les enjeux est celui des semiconducteurs, et plus précisément des capacités de design et de production de microprocesseurs avancés. A cet égard, la vraie cible est bien Hisilicon (海思), filiale de Huawei, une fabless (entreprise spécialisée dans le design des circuits intégrés). Cet article d’une revue spécialisée sur le secteur explique sobrement que les Etats-Unis ont cherché (et en l’état, réussi) à bloquer le développement et les capacités d’innovation de Hisilicon. Ce faisant, ils gênent Huawei dans son propre développement, puisque l’entreprise ne pourra plus se servir des circuits intégrés de Hisilicon dans ses téléphones haut de gamme, amenuisant ainsi sa compétitivité. Citant des rumeurs entendues “dans l’industrie”, l’article évoque le “scénario catastrophe” : un hypothétique démantèlement de Hisilicon qui deviendrait une entreprise purement détentrice de propriété intellectuelle et serait cédée à d’autres entreprises. Certains avancent même que Huawei envisage de réduire l’importance de son segment téléphonie mobile pour se concentrer sur les services et les réseaux.

See Also

Leiphone essaie d’être plus optimiste sur l’avenir des semiconducteurs chinois, avec un article intitulé “10 questions sur “pourquoi il ne faut pas nécessairement être pessimiste sur l’industrie des semiconducteurs chinoise ?’” Cet article est intéressant à plus d’un titre, tout d’abord il s’agit d’une reproduction d’un rapport d’un consultant de Xinda Securities (信达证券) et d’un ancien membre de “l’armée bleue” (蓝军) de Huawei. L’armée bleue est un groupe spécial de consultant mis en place par la direction pour lui apporter des conseils stratégiques, à partir de simulations et recherches sur les concurrents (voir ce post Zhihu sur le sujet). Pour l’ancien conseiller, appelé dans l’article “professeur Meng”, les règles du gouvernement américain toucheront Hisilicon dans sa capacité de production des circuits intégrés avec une finesse de gravure inférieure à 10 nm, circuits aujourd’hui produit par TSMC (Taiwan). Au niveau des capacités de design, le consultant explique que Huawei travaille depuis 2019 avec les anciens outils de conception assistée par ordinateur pour l’électronique américain, dont la license n’a pas été renouvelée à cause des précédentes restrictions. Il ajoute que “la coopération avec STMicroelectronics devrait partiellement résoudre ce problème”. Ainsi, pour ce consultant, si l’entreprise va subir des difficulté, ces nouvelles restrictions sont une erreur américaine qui endommage leur propre crédibilité commerciale. Il y voit une tentative du président Trump d’exposer à l’opinion publique son combat contre la Chine. (une analyse qui nous semble, modestement, erronée sur ce point, puisque Trump était au contraire contre des restrictions trop importantes).

Pour compléter le rapport (trop) brièvement rapporté ci-dessus, Leiphone a interviewé l’analyste de Xinda Securities. Nous ne reproduirons pas les 10 questions mais seulement celles que nous estimons les plus intéressantes. Nous recommandons néanmoins de lire chacun des points. Ainsi la question n°6 porte sur les progrès dans la “localisation” (国产化) de la filière des semi conducteurs chinois. Pour l’analyste interrogé, la Chine a désormais une bonne assise industrielle en “aval” de la chaîne : dans l’intégration des circuits intégrés par exemple, il faut désormais travailler sur les segments amonts (design et production). La question n°9 est liée aux mesures de rétorsions que peut prendre la Chine. Selon l’interrogé, si Apple ou Qualcomm ne seront pas visés, Boeing ou Cisco risquent de l’être.

Par ailleurs, dans la nuit du 22 au 23 mai, les Etats-Unis ont dévoilé deux nouvelles listes noires d’entreprises chinoises. La première sanctionne 22 firmes pour leurs proximités avec l’armée chinoise, la seconde en sanctionne 9 pour leurs participation à la répression à l’encontre des Ouïghours. Parmi les entreprises citées, il est intéressant de relever les plus connues, comme Qihoo 360 (奇虎360), Fiberhome Telecom Tech (烽火通信), NetPosa Technologies Ltd (东方网力), CloudWalk Technology (云从科技), CloudMinds (达闼科技), le centre d’identification des preuves du ministère chinois de la sécurité publique (中国公安部物证鉴定中心), l’université de technologie de Harbin (哈尔滨工业大学 – l’une des entreprises les plus au coeur des efforts de R&D de la défense chinoise), le centre de recherche informatique de Pékin (北京计算科学研究中心), etc. Une personne physique, Zhu Jiejin, a également été incluse dans la liste des entités. Caixin explique l’impact de ces sanctions est pour l’instant relativement limité car des solutions de contournement existent.

Brèves

Le Cloud Alibaba

La croissance d’AliCloud (阿里云) impressionne. Et pour cause, ses revenus ont presque doublé sur l’année fiscale 2020 (d’avril 2019 à la fin mars 2020), passant de 24,7 milliards de RMB (3.18 milliards d’euros) à près de 40 milliards de RMB (5.15 milliards d’euros), soit une augmentation de 62%. Les perspectives de croissances étant excellentes, la banque américaine Morgan Stanley évalue désormais la valeur de Ali Cloud à près de 77 milliards de dollars, soit presque le double de sa valeur en 2018 (39 milliards de dollars).

Je suis une ciboulette de Tesla

En mandarin, le terme de “jiucai” (韭菜 – littéralement, “ciboulette de Chine” renvoie aux petits investisseurs victimes de plus gros. Plus généralement, il renvoie aux personnes qui se font “plumer”). Cet article de Huxiu est le témoignage d’une de ces ciboules, qui a acheté une Tesla au prix fort (près de 400.000 RMB (51.000€) auquel s’ajoute une plaque d’immatriculation d’une valeur de 10.000 RMB au marché noir. L’article, écrit sur un ton un peu sarcastique, raconte comment cet acheteur s’est retrouvé “plumé” par l’entreprise, d’abord à cause des baisses de prix successives qui l’ont fait regretter d’avoir acheté le véhicule au prix fort, mais aussi à cause de déceptions techniques sur l’autonomie de la voiture ou encore la qualité des finitions. Cet article permet de mieux comprendre les problèmes que rencontre la marque, problèmes évoqués la semaine passée.

Affaires extérieures

L'essentiel

Chine - Europe

Par Quentin Genaille

Cette semaine brille par l’absence d’appels diplomatiques de la Chine en Europe. Côté européen toutefois, le chef de la diplomatie Josep Borrell a évoqué l’approche “plus réaliste et assertive” de l’UE vis-à-vis de la Chine tout en rappelant ses objectifs communs avec le pays – la promotion du multilatéralisme et du système onusien. Il réaffirme en parallèle la forte symbolique d’un éventuel accord sur les investissements étrangers en négociation depuis 2013 et dont la signature était initialement prévue pour 2020.

Dans ce contexte où la dépendance à la Chine est scrutée et parfois vue comme une menace aux systèmes démocratiques en Europe, la Norvège titre que des parts majeures de la compagnie aérienne Norwegian ont été acquises par l’entreprise chinoise BOC Aviation, indirectement liée au Parti communiste chinois.

À Hong Kong, le gouvernement chinois compte intensifier son emprise sur la politique de sécurité, une initiative qui a poussé le Service européen d’action extérieure, au nom des Vingt-Sept, à souligner ses inquiétudes quant aux pressions sur l’autonomie de la région. Des inquiétudes qui ne sont pas nécessairement exprimées à l’échelle des États membres, restés globalement silencieux comme souligné par le journaliste Noah Barkin, faisant écho au pessimisme des activistes hongkongais qui redoutent l’inaction de l’Allemagne du fait de ses intérêts économiques.

La confiance de la Chine en son hégémonie bénéficie ainsi de cette relation ambivalente de concurrents-partenaires alors qu’un autre front de la guerre d’influence qui se joue émerge en Arctique, où l’UE envisage de s’investir face à l’importance grandissante d’acteurs tels que la Chine.

Par ailleurs, la Chine rapporte régulièrement les manifestations de soutien à l’OMS en Europe, laissant penser qu’un tel positionnement alimente le récit d’une Chine leader (comme elle l’a bien montré lors du discours de Xi Jinping à l’OMS) et garante du multilatéralisme, alors qu’elle renforce son emprise sur les organisations internationales.

Cette approche globale de la gestion de la crise du coronavirus est généralement présentée comme en opposition au “sabotage” américain dans le cadre de la propagande chinoise sur la scène diplomatique. Si Zhao Lijian, le ministre des Affaires Étrangères, a dédié tout un discours en réponse à la lettre de Donald Trump à l’OMS, l’ambassade de Chine en France a, quant à elle, résumé toute la rhétorique chinoise des dernières semaines par ce simple tweet : “Pourquoi Trump a fui ?“.

Brèves

Taiwan

La réunification pacifique de Taiwan ne semble plus être un objectif pour Pékin, si on en s’en réfère au rapport de travail du gouvernement présenté lors de l’ANP. Les observateurs les plus fins ont noté que depuis près de 40 ans les autorités faisaient une référence à une unification “pacifique” (推进祖国和平统一进程 – ou du moins une variation autour du terme 和平统一). Cette année, le communiqué ne parle que d’une “promotion d’unification” (促进统一). Un détail diront certains, mais un détails qui ne doit tromper personne sur les intentions et la vision des relations inter-détroit de Pékin.

Affaires militaires

L'essentiel

Tensions avec l'Inde

Autour du 10 mai 2020, des forces indiennes et chinoises se sont “affrontées” dans la province de Ladakh, dans le Nord de l’Inde. Articles et vidéos circulent montrant les soldats des deux pays tentant de se bloquer l’un l’autre, échangeant parfois jets de pierres et coups de poing. Une vidéo a également circulé, dans laquelle on voit un officier indien dialoguer calmement avec le traducteur chinois pendant que le supérieur de ce dernier éructe et insulte (en mandarin) le côté indien. Le 24 mai, un article rapportait que des soldats indiens auraient été fait temporairement “prisonniers”, mais les autorités indiennes ont réfuté ces rumeurs. En tout cas, l’article explique que les forces chinoises ont pénétré “en profondeur” dans le territoire indien, bien au delà de la “ligne de contrôle et démarcation”, après une mobilisation locale de forces (indiennes et chinoises) “bien supérieure” à la normale. Taylor Fravel et Druhva Jaishankar offrent tous deux des analyses qui permettent de relativiser et mieux appréhender les dynamiques à l’oeuvre.

Brèves

Budget de la défense

La Chine a dévoilé son budget 2020 de la défense, le chiffre avancé est de 178 milliards de dollars. Si c’est bien sûr une somme bien moindre que celle du budget américain de la défense, le SIPRI pense notamment que le budget chinois est sous-évalué. L’un des éléments allant dans ce sens est notamment qu’il ne prend pas en compte le coûts des pensions des anciens militaires. Surtout, le budget de la défense 2020 est le seul budget ayant augmenté, de 6,6%, par rapport à l’année dernière. Comme nous l’avons vu, les autres ministères ont vu leurs dépenses réduites.

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