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Pourquoi les jeunes de la classe moyenne s’appellent “travailleurs acharnés”?

Pourquoi les jeunes de la classe moyenne s’appellent “travailleurs acharnés”?

Ces derniers temps, on voit de plus en plus termes tels que “travailleur acharné1打工人” et “âme de travail2打工魂” sur l’internet chinois. Ce sujet a été traité lors du dernier Oxford China Forum 202132021牛津中国论坛..

Le média “Yanjing Shuping4燕京书评 a résumé différents contenus de cette discussion dans un article.

Crise identitaire de la classe moyenne et dissimulation de la détresse du travailleur

Selon l’anthropologue Xiang Biao5项飚, professeur à l’Université d’Oxford, le mot “involution” s’est propagé parmi la jeunesse citadine de la classe moyenne dotée d’un diplôme supérieur. L’apparition de ce mot exprime une difficulté nouvelle chinoise: le rêve de gravir les échelons et d’améliorer son niveau de vie fait face à des obstacles.

Les chinois de classe moyenne cherchent à améliorer leurs statuts et leur vie quotidienne.

Les professeurs et parents ont exigé de cette génération le sacrifice de leur bonheur et de leur temps libre pour étudier et concourir, et cela depuis l’enfance. Car “si vous entrez dans une bonne université, vous obtiendrez un bon travail et vous aurez une vie décente“. Mais cette promesse n’est plus facilement réalisable. Aujourd’hui, les jeunes se qualifieront comme des “travailleurs acharnes”, comme s’ils étaient confrontés à une situation similaire à celle des travailleurs migrants (d’origine rurale). C’est un mot qui exprime l’anxiété.

En chinois le caractère “打”, prononcé “da”, signifie “briser” ou “frapper”. Le terme “travailleur” s’écrit “打工人”. 

 

 

 

Une génération anxieuse : le piège éducatif de la classe moyenne et le mécanisme de classification de la hiérarchie sociale

Selon Liu Yunshan6刘云杉, professeur en pédagogie à l’Université de Pékin, le mot “involution” reflète l’anxiété des jeunes face à la pression des examens et de la compétition au sein du monde éducatif. Avec la propagation de ce mot, on peut voir que l’anxiété n’est plus seulement individuelle ou d’un groupe en particulier, mais bien l’état d’esprit de toute une génération qui a peur du déclin de sa classe sociale.

La première question est de savoir ce que cela signifie pour le groupe de tomber dans l’involution. Pour cette génération où le succès est primordial, il est inconcevable d’échouer. Il y a des règles, un but clair, il ne peut pas y avoir de défauts et de faiblesses et il n’est pas possible de prendre des risques. C’est la logique du système éducatif et beaucoup se font écraser dans le processus. Derrière ce soi-disant succès, se cache l’échec de beaucoup de personnes.

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Etudiants chinois durant un cours à l’université. [Giulia MARCHI pour le New York Times]

Le second problème est qu’il y a un souci avec l’éducation. Alors que l’investissement dans ce domaine devient de plus en plus important, il y a de moins en moins de bénéfices. Et pourtant, l’éducation est vue comme un tremplin pour progresser. Les gens voient la connaissance comme un moyen de changer leur destin. Mais en réalité cela varie en fonction de la situation sociale et économique de l’époque. En ce moment, il y a de plus en plus de jeunes diplômés, mais cela peut mener à un piège où le diplôme n’est plus aussi bien reconnu. L’éducation ne joue pas un rôle d’unification et d’intégration, mais est devenue une compétition et un mécanisme de classification entre une classe et une autre.

Intergénération et involution : les opportunités des générations d’après 1985 ne sont pas aussi bonnes que celles des deux générations précédentes

Travailleurs, paysans et soldats allant à l’université dans les années 70.

Dans le processus de développement économique, la différence entre les générations est très grande. En Chine, par exemple, la génération de 1965-1975 est la plus chanceuse avec l’augmentation des revenus, le choix d’opportunités et l’accumulation de ressources. Ce qui n’est pas le cas pour la génération d’après 1985.

Il y a 1 milliard de personnes en Chine qui n’ont jamais pris l’avion, et 600 millions de personnes dont le revenu mensuel est inférieur à 1000 yuans (128 €); depuis la reprise de l’examen d’entrée aux universités en 1977, moins de 4% de la population a obtenu un baccalauréat. 

 

Traduit et synthétisé par Célia Farouil.
Source : 燕京书评


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