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Quels défis pour l’économie chinoise d’ici à 2049 ?

Quels défis pour l’économie chinoise d’ici à 2049 ?

Nous sommes heureux de vous présenter une note écrite par Hugo Plassais

Cette note traite des défis économiques chinois pour l’année (les années) à venir.

Un bon résumé avant notre conférence du 14 juin à Sciences Po

 

La République populaire de Chine est aujourd’hui un acteur prépondérant de l’économie mondiale. Elle a été d’abord relativement autarcique après 1949 avec l’instauration d’une économie planifiée, inspirée du modèle soviétique. À partir de 1978 avec Deng Xiaoping et la réforme et l’ouverture (Gaige Kaifang), la Chine devient une « économie socialiste de marché ». Elle s’ouvre aux capitaux étrangers par la mise en place de zone-franches : les zones économiques spéciales. L’économie reste cependant dirigée. Le parti communiste chinois conserve la propriété des terres, des entreprises d’État (SOE) et il verrouille le système bancaire. Grâce au faible coût de la main d’œuvre, la RPC devient dans les années 1990 et 2000, l’ « usine du monde ». Le dirigisme économique chinois s’illustre aujourd’hui lors des conférences centrales annuelles sur le travail économique (la dernière était du 8 au 10 décembre 2021) ou bien lors des Lianghui (« deux assemblées »). Les dernières Lianghui ont eu lieu du 4 au 5 mars 2022, ce sont les dernières avant le XXe Congrès du Parti qui se déroulera à l’automne.

La RPC a réinvesti les rentes de sa croissance en infrastructures et en capital humain. L’ouverture aux investissements étrangers a été maîtrisée par le PCC avec une politique réglementaire protectionniste (obligation de joint-venture par exemple). Cela a permis à la Chine de négocier des transferts de technologie importants et de monter en gamme.

Elle a profité de la doctrine américaine de « l’engagement » à la fin de la guerre froide. Cette politique fonctionnaliste pensait la démocratisation comme inévitable avec l’ouverture économique du pays. La RPC est aujourd’hui la seconde puissance économique mondiale en termes de PIB nominal et depuis 2014, elle détient le premier PIB en parité de pouvoir d’achat. De 1978 à 2012, la croissance moyenne du pays était de 8 % avec néanmoins, de grandes disparités géographiques et de fortes inégalités : un littoral urbain et industrialisé à l’Est et un grand ouest rural et en retard économiquement. Depuis 2012, la croissance chinoise a ralenti et a même été négative au premier trimestre 2020 à cause de la pandémie, une première depuis 1992. Sur la période 2019-2022, la croissance chinoise était en moyenne autour de 5 % avec une inflation autour de 2 %.

Grâce à une balance commerciale structurellement excédentaire, la Chine a accumulé des réserves de devises. Elle détient depuis 2014, la plus grosse réserve de changes au monde. Cela lui permet de détenir une grande partie de la dette souveraine internationale, notamment américaine. La RPC aimerait faire de sa monnaie (renminbi), un intermédiaire universel des échanges et une valeur refuge au même titre que le dollar. La dette publique chinoise quant à elle, augmente progressivement de 57 % du PIB en 2019 à 72 % du PIB en 2022, selon les prévisions de la Coface. Cependant, elle est détenue majoritairement par des investisseurs nationaux, ce qui limite le risque.

Fruit de l’engagement, la Chine adhère à l’OMC en 2001. Pourtant, elle se présente aujourd’hui comme une puissance voulant promouvoir un modèle de coopération économique alternatif, avec des projets généralisés de coopérations bilatérales. Elle promeut également un modèle d’aide au développement en opposition avec la conditionnalité occidentale. Elle refuse d’intégrer l’OCDE. Ce défi à l’ordre économique international d’après-guerre est caractérisé depuis 2013 par le projet des Nouvelles routes de la soie (Yidai Yilu – BRI). Il est adossé à la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures créée en 2014. Le « Forum 16+1 » est l’alternative chinoise à la coopération avec l’UE. Les Nouvelles routes de la soie s’appuieront enfin, sur le nouvel accord de libre-échange en Asie – Pacifique, le partenariat économique régional global (RCEP), entré en vigueur au 1er janvier 2022 (1/3 du PIB et de la population mondiale).

Quels sont les grands défis pour le développement économique de la Chine d’ici à 2049, centenaire de la révolution et horizon de la transition hégémonique prônée par le PCC ? Notre synthèse s’articulera autour des déterminants de la fonction de production chinoise : I- capital, II- travail et III- innovation. Derrière la stabilité économique et le maintien de la croissance se cache l’intérêt national chinois. La croissance et la stabilité sont les priorités du pouvoir pour acheter la paix sociale.

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  • La dérégulation financière et les dépendances en capitaux : les fragilités du modèle chinois

Le système bancaire chinois est rigide et avec la croissance, les ménages en capacité de financement ne trouvent pas de placements avantageux. Inversement, le secteur privé et les PME font face à de nombreuses barrières à l’entrée sur le marché du crédit. En effet, les SOEs ont gardé la propriété sur les terres, elles ont presque un monopole sur les garanties (collatéral), ce qui leur donne un accès privilégié aux financements. Avec l’aval progressif du PCC, et notamment à l’échelon local, s’est développé le Shadow banking. Il désigne toutes les intermédiations financières en dehors des banques (plateformes de prêts entre particuliers, etc.) mais aussi les actifs mixtes comme les Wealth Management Products. En 2017, le secteur bancaire parallèle chinois atteignait 7,7 trillions de dollars. François Chimits parle d’un véritable « Far ouest » jusqu’en 2017. Le secteur était très peu régulé et les pyramides de Ponzi se sont multipliées (Ezubao, Fanya Metal Exchange en 2016, etc.). Même si le régulateur a fait en sorte que ces crises ne s’externalisent pas, la récente affaire de spéculation Evergrande, en janvier 2022, aurait pu démarrer une crise des subprimes « aux caractéristiques chinoises ».

Au cœur du facteur capital de l’économie chinoise se trouve ses dépendances technologiques, en matières premières et en hydrocarbures. La politique de coopération économique internationale de la Chine se tourne d’ailleurs vers les pays producteurs de céréales et de soja, de cuivre, de bauxite, de cobalt, de lithium, de nickel, de zinc, de mercure, d’uranium, de bois, de pâte à papier, de coton et de cuir. La Chine est très attirée par les terres arables et par le land grabbing. L’aide au développement a augmenté ces dernières années atteignant 42 milliards de dollars pour les années 2013-2018, soit une moyenne d’environ 7 milliards de dollars par an. Les données chiffrées sur la Chine sont cependant toujours à prendre avec du recul, tant elles peuvent varier selon les sources. L’aide au développement chinois, malgré un effort d’harmonisation ces dernières années, ne correspond pas aux critères de l’OCDE. Elle comprend des dons en nature, des prêts gratuits, des prêts concessionnels, des dépenses de formations, de l’assistance technique et des annulations de dettes.

Enfin, il est important de comprendre que la BRI, terrestre et maritime, n’est en réalité qu’un projet pour parer à la dépendance aux hydrocarbures. En effet, la Chine a souhaité diversifier ses approvisionnements pour contourner le « dilemme de Malacca ».

  • Un bassin de consommation mais un marché du travail sous tensions

Avec, 1, 414 milliard d’habitants en 2021, la Chine est la première puissance démographique mondiale. Sa population active est de 800 millions mais le taux d’actifs occupés souffre depuis le début de la pandémie d’une hausse du chômage, entre 5 et 6 %. Il faut garder à l’esprit que la Chine est un des pays avec le plus grand nombre de mouvements sociaux : locaux, sectoriels mais qui pourraient menacer à terme, la stabilité du régime. La volonté de Xi Jinping de créer une « grande classe moyenne » d’ici à 2049, pourrait signifier une potentialisation complète de ce bassin de consommation. En effet, depuis 2012, les inégalités de revenus se sont réduites, le coefficient de Gini est passé de 0,42 en 2012 à 0,38 en 2019 selon la Banque mondiale. Le taux d’extrême pauvreté a aussi diminué, de 11 % en 2010, il est quasiment nul aujourd’hui, selon les chiffres officiels. Cependant, la pauvreté n’est pas que monétaire et absolue et il faudrait prolonger cette première observation avec des indicateurs plus composites, comme l’indice de pauvreté multidimensionnelle.

Enfin, le facteur travail, outre l’augmentation du chômage et le risque de mouvements sociaux, est confronté à un autre défi : le vieillissement de sa population. La politique de l’enfant unique a été assouplie à partir de 2013 et Pékin autorise et encourage aujourd’hui jusqu’ à 3 enfants par famille. La politique de l’enfant unique a eu pour effet d’achever la transition démographique chinoise mais elle a également créé une charge supplémentaire sur la population active et un besoin de politiques publiques adaptées. Ce vieillissement va se traduire comme dans les pays du Nord par un recours à l’immigration et donc une nécessité d’anticipation de la part du PCC.

  • L’innovation chinoise : est-ce une question de quantité ou de qualité ?

Le dernier facteur de production est l’innovation. En 2015 dans le cadre de son projet Made in China 2025, elle a investi pour produire des biens à plus forte valeur ajoutée, notamment dans le domaine de la transition écologique.

La croissance chinoise est soutenue par un mix énergétique diversifié mais qui reste dépendant du charbon et des énergies fossiles. 57 % de l’énergie utilisée est issue du charbon en 2019 (contre 74 % en 2007), 19 % pour le pétrole et 7 % pour le gaz. Les énergies renouvelables (solaire, éolien, hydroélectricité, géothermie et biomasse) représentent presque 13% du mix la même année. Dans le cadre de la Cop15 biodiversité qui s’est tenue à Kunming en 2021, la Chine s’est donnée comme objectif d’atteindre son pic d’émission de gaz à effet de serre avant 2030 et la neutralité carbone en 2060. Le discours central du PCC en matière de « civilisation écologique » se heurte malheureusement aux dynamiques de pouvoir au niveau local et les directives peuvent ne pas être appliquées.

L’économie chinoise est industrialisée mais encore modérément tertiairisée : 10 % de la richesse nationale vient de l’agriculture (30% de la main d’œuvre) et 47 % du secteur industriel (également 30 % de la main d’œuvre). Les entreprises d’État dominent l’économie. Toutefois, des sociétés innovantes, comme les BATX, poussent la croissance, notamment dans les technologies duales, civiles et militaires (5G, câbles sous-marins, semi‑conducteurs, etc.). Les récentes déconvenues de Jack Ma avec le PCC illustrent les relations complexes du parti avec les BATX.

Même si la Chine aujourd’hui est le pays à déposer le plus de brevets, la qualité des brevets n’est pas encore au rendez-vous. 2/3 des brevets sont de l’innovation d’utilité et seulement 1/3 sont des innovations de ruptures. En cause, un environnement de R&D performant mais où l’esprit critique n’est pas assez institutionnalisé. De plus, la censure, et notamment l’autocensure, peut brider l’innovation. La Chine briguait en mars 2020, la direction de l’OMPI, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, et Wang Binying est arrivée de justesse deuxième.

 

Bibliographie

Sources institutionnelles et sitographie :

Bulletin d’analyse économique Chine de la Direction générale du Trésor à Bercy, avril 2022

DE LAROSIÈRE Jacques, « Le règne incontesté du dollar », Vie Publique.fr, 16 mars 2020

Données de la Banque mondiale: https://donnees.banquemondiale.org/indicator/SI.POV.GINI?locations=CN

Fiche pays Chine de la COFACE, février 2022

Articles de presse :

GUILHOT Laëtitia, « Pourquoi la transition énergétique chinoise ne peut être qualifiée de « durable » », The Conversation, 11 août 2021

See Also

HIAULT Richard, « L’influence de la Chine s’accroît au FMI », Les Echos, 16 mai 2022

PFLIMLIN Edouard, « Quels dangers du shadow banking en Chine ? », Le Monde, 11 mai 2017

Sources académiques :

BALME Stéphanie, « « Le miracle économique chinois est un mythe. » », dans : , La Tentation de la Chine. Nouvelles idées reçues sur un pays en mutation, Le Cavalier Bleu, 2013, p. 167-189

CABESTAN Jean-Pierre, « Chapitre 10. La Chine et les pays en développement. Entre coopération, prédation et leadership », La politique internationale de la Chine, Presses de Sciences Po, 2022, p. 527-601

FRENKIEL Émilie « Chapitre 1. – Des chevaux dans un enclos ? La condition des universitaires chinois », dans : Parler politique en Chine. Les intellectuels chinois pour ou contre la démocratie, PUF, 2014, p. 15-48

FROISSART Chloé, « L’évolution de la dynamique des grèves en Chine et leur impact sur la démocratisation au sein des entreprises » dans : SEHIER Clément & SOBEL Richard, Travail, luttes sociales et régulation du capitalisme dans la Chine contemporaine, Presses Universitaires du Septentrion, 2015, p. 103-121

GODEMENT François & VASSELIER Abigaël, La Chine à nos portes : une stratégie pour l’Europe, Odile Jacob, 2018

PADIEU Ysaline, PORNET Alisée, « La Chine, créancier émergent : mythes et réalités », Revue d’économie financière, 2021/1 (N° 141), p. 103-116

PLASSAIS Hugo, La Chine, un acteur responsable, révisionniste ou réformiste ?, L’Harmattan, 2022 (à paraître)

PORNET Alisée, « Les entreprises chinoises, émissaires des routes de la soie ? », Revue internationale et stratégique, 2022/1 (N° 125), p. 89-100

PORNET Alisée, « De l’atelier à la R&D : le rattrapage technologique comme outil de la puissance chinoise », Revue internationale et stratégique, 2019/3 (N° 115), p. 117-126

MARÉCHAL Jean-Paul, « La Chine : nouvel hégémon du régime climatique mondial ? », Monde chinois, 2018/4 (N° 56), p. 8-27

Documentaire : CHAI Jing, Under the Dome – enquête sur le brouillard chinois, 2015

Entretiens avec François Chimits et Philippe Aguignier, décembre 2020 et janvier 2021


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