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Spatial commercial chinois – Les provinces ont du talent ?

Spatial commercial chinois – Les provinces ont du talent ?

27 avril : « Faire d’une flèche neuf étoiles » comme on ferait d’une pierre deux coup, c’est ainsi que les médias officiels ont communiqué le lancement de 9 satellites sur un Longue Marche 6 (reportage CCTV ; communiqué Xinhua). Les deux missions principales, Qilu et Foshan, présentent deux particularités : elles sont provinciales et commerciales.

Les provinces, souvent occultées, sont un maillon important du New Space aux caractéristiques chinoises, présenté en première partie. Deux articles du Science and Technology Daily et de Nanhai Today nous montrent comment ces politiques se matérialisent dans le cas de Qilu et Foshan.

Le New Space à caractéristiques chinoises

Le spatial commercial chinois s’inspire du New Space américain, dans lequel l’entrée d’entreprises privées a permis des économies de coût. Il reste néanmoins attaché à une approche top-down dans lequel le gouvernement désigne les priorités sectorielles.

La télédétection en particulier est nommément désignée comme une priorité dans l’Opinion directrice du Conseil d’État n°60 de 2014 : ce secteur permet des retours sur investissement rapide grâce à la vente de données à des entreprises et des gouvernement locaux. La logique New Space est claire : motivés par l’appât du gain, d’autres acteurs peuvent prendre le relai des entreprises d’Etat et les fonds publics de l’Etat central.

Les provinces mises à contribution

Évaluées par le pouvoir central sur leurs performances, les provinces ont intérêt à mettre en œuvre des politiques visant à encourager l’implantation sur leur sol de centres de recherches, d’universités ou d’entreprises s’inscrivant dans ces domaines prioritaires, par ailleurs porteurs pour la croissance locale. Un des buts affichés du spatial commercial chinois est la création d’un ou plusieurs « écosystèmes » favorable à l’innovation, composé d’universités et de laboratoires, d’industries bien installées et de start-ups – sur le modèle de la Silicon Valley. Les laboratoires sont encouragés à commercialiser les recherches appliquées via des « spin offs » ou des entreprises incubées qui porteront en retour l’activité économique locale.

 

Les dynamiques exposées ci-dessous sont bien lisibles dans les articles dédiés aux missions Qilu et Foshan. Les missions sont associées à des laboratoires scientifiques provinciaux : le Shandong Institute of Industrial Technology 山东产研院 pour l’un, le groupement de niveau provicial, Jihua Laboratory 季华实验室, mis en place par le gouvernement et le parti à Foshan pour l’autre.

Ces laboratoires sont présentés comme, actifs dans la mise en oeuvre des priorités nationales, à la pointe de l’innovation nationale et internationale.

Shandong : satellites Qilu-1 et 4 développés par l’Institut de recherche industrielle de Shandong.

« Le marché de la télédétection haute résolution vient de démarrer publie le Science and Technology Daily. La Constellation Qilu, saisit cette rare opportunité, [ …] et servira pleinement le développement de haute qualité du Shandong […] Il est entendu que le Shandong a incubé 15 entreprises innovantes et entrepreneuriales autour de l’industrie de la télédétection par satellite. »

Dans une formule reprise par d’autres articles, le fonctionnement en constellation d’un satellite radar et de satellites optiques est présenté comme une première pour le spatial commercial national. Qilu-1 est un satellite radar, Qilu-4, les -2 et -3 à venir cette année sont des satellites optiques. Le modèle “interconnexion céleste + petits satellites” (天基互联网+遥感小卫星) vise à mettre la constellation en réseau via laser pour un total de 20 satellites de télédétection sur 3 à 5 ans.

Guangdong : satellite Foshan-1 développé par le laboratoire Jihua

Le caractère volontariste de la direction du laboratoire Jihua est soulignée dans l’article de Nanhai today. Il a « déployé huit directions de recherche dont les technologies et l’équipement des semi-conducteurs et les équipements de télédétection avancés […] afin de créer des équipements de télédétection tels que le satellite léger à haute définition avec des droits de propriété intellectuelle totalement indépendants et de niveau international avancé ».

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L’article illustre bien l’importance accordée aux objectifs chiffrés : « [le laboratoire Jihua] rassemble près de 1000 chercheurs, et a mené plus de 50 projets de recherche scientifique nationaux et provinciaux. (…) 9 entreprises de haute technologie ont été incubées ».

Le laboratoire aspire à orchestrer l’écosystème local: il prévoit de « réaliser l’ingénierie et la production d’équipements de télédétection ultralégers, d’explorer le marché international des satellites commerciaux et de construire une chaîne industrielle flexible de fabrication de satellites commerciaux à Foshan. »

En deux ans, le projet de recherche sur les équipements de télédétection avancés “satellite flexible fonctionnel à très haute résolution” (超高比功能柔性卫星) a permis « une percée dans la technologie chinoise des micro-caméras à haute résolution dans l’espace ».

Du marketing ou du talent ? Démêler le vrai du faux

A l’heure de la Stratégie de Développement National Basée sur l’Innovation, le caractère novateur des satellites est martelé par des formules évocatrices de slogans marketing : satellite flexible,  interconnexion céleste… Leur réalité est sujette à caution. Les constellations de petits satellites d’observation n’ont rien de nouveau. Elles nécessitent d’ailleurs investissement assez faible à l’entrée (~40 millions d’euros en occident). Par ces lancements, les deux provinces signifient au pouvoir central qu’elles s’inscrivent bien dans les priorités gouvernementales. Elles se positionnent aussi dans une compétition au niveau national pour s’imposer comme pôle spécialisé, voire à terme l’interlocuteur incontournable du pouvoir central sur une technologie ou un domaine spatial.

Par Lucie Sénéchal-Perrouault pour EIR.


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