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L’Europe après le COVID : vers un changement stratégique ?

L’Europe après le COVID : vers un changement stratégique ?

Le professeur Zhang Yongle (章永乐 – Institut d’étude juridique de Beijing University) s’est rendu en Europe afin d’observer de près les changements opérant sous l’épidémie. Dans cet article, il analyse l’historique du problème européen, la riposte européenne à l’épidémie et les impacts potentiels sur l’orientation future des relations sino-européennes. Cet article a été initialement publié dans le numéro d’août 2020 d’Aspects culturels, il ne représente que les opinions de l’auteur à titre de référence. Une traduction par Lucienne Luwenga.

L’année 2020 est sans aucun doute, une année de changements majeurs au niveau mondial. Les rivalités sino-américaines ont monopolisé l’attention dans le débat publique, et soulèvent la question du positionnement géopolitique européen.

Pendant longtemps, l’Union européenne (UE) a connu un « conflit Nord-Sud » et un clivage « Est-Ouest». L’élargissement de l’Union européenne aux pays l’Est a été un échec en termes d’intégration politique. L’Europe politiquement « massive » n ‘a pas su se coordonner efficacement sous la crise épidémique. Elle est devenue la zone la plus durement touchée.

En fait, l’épidémie a révélé l’insuffisance matérielle causée par l’effondrement de la chaîne industrielle européenne. Le redressement de la chaîne industrielle, mais aussi la montée des forces européennes de droite forcent l’Union européenne à renforcer sa coordination.

Du point de vue des relations sino-européennes, l’attitude générale de l’Europe envers la Chine est plus rationnelle que celle des États-Unis et du Groupe des cinq. (Five Eyes). Tant que les États-Unis mèneront la stratégie « America First » et réduiront leurs concessions aux alliés européens, l’UE renforcera son autonomie sans pour autant se précipiter dans une prétendue « nouvelle guerre froide ».

Dans un contexte de confrontation sino-américaine, la coopération sino-européenne a encore de larges perspectives et l’Union européenne est devenue une sorte de « zone tampon » dans laquelle la Chine et les États-Unis peuvent exercer un certain degré d’influence.

La Covid-19 et la crise de l’ordre européen

De la peste noire au XIVe siècle à la pandémie de 1918 à la fin de la Première Guerre mondiale, la trajectoire de développement politique et social de l’Europe a été façonnée à plusieurs reprises par les épidémies.

En 2020, le coronavirus (Covid-19) a posé ses valises en Europe. La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré qu’il s’agissait de la pire crise depuis la création de l’Union européenne. En effet, la Covid-19 est une crise de santé publique majeure. Elle frappe les systèmes de santé de nombreux pays européens, produit des clusters et des décès massifs dans les hôpitaux et maisons de retraite.

Au-delà du sanitaire, la Covid-19 affecte l’économie. La Commission européenne rapporte que l’économie de la zone euro diminuera de 8,7 % en 2020, et de nombreux économistes font des prédictions encore plus pessimistes poussant les populations européennes à questionner les avantages de l’institution.

Selon Eurostat, si l’UE était un pays, elle disposerait de ressources largement suffisantes pour lutter contre l’épidémie. Les 28 pays de l’Union européenne comptaient 2,6 millions de lits en 2017, et même après déduction du nombre de lits britanniques, il en restait 2 432 411, avec 5,45 lits pour 1 000 personnes dans les 27 autres pays quant à 4,3 lits pour 1,000 personnes en Chine. Le rapport « Global Health Security Index » publié par le Centre de sécurité sanitaire de l’Université Johns Hopkins en 2019, compte quatre des dix pays les plus « préparés» aux pandémies dans l’Union européenne. Ceci n’a pas empêché l’UE d’être parmi les régions les plus touchées du monde.

Comment l’épidémie contribue-t-elle au processus d’intégration de l’UE ? Va-t-elle accélérer ou ralentir le processus d’intégration ? Quelles sont les caractéristiques de l’ordre de l’UE dans l’ère post-épidémique ?

L’Union européenne avant la pandémie

Avant la pandémie, les principales élites de l’UE discutaient à plusieurs reprises de la crise profonde à laquelle l’UE était confrontée. La première crise est de nature commerciale, technologique et industrielle. L’administration Trump dans la poursuite de sa stratégie « America First» a lancé plusieurs enquêtes sur les « pratiques commerciales » de l’Europe. L’Union européenne qui était autrefois le chef de file mondial en matière de science et de technologie, est maintenant à la traîne derrière la Chine et les États-Unis. De plus, de nombreux pays ont récemment renforcé le contrôle sécuritaire des fusions et acquisitions transfrontalières d’entreprises non-européennes, et «l’axe franco-allemand» a également vigoureusement encouragé l’introduction de politiques industrielles au niveau de l’UE.

Le 31 janvier 2020, le Royaume-Uni a officiellement quitté l’Union européenne, mettant fin à l’état en attente depuis le référendum de 2016 sur le Brexit. Le Brexit porte un coup dur au processus d’intégration de l’UE car il envoie le signal que l’UE peut être un fardeau aux avantages limités et aux conflits internes aigus. Tant la gauche que la droite ont de nombreuses plaintes contre Bruxelles. La gauche se plaindra de la discipline budgétaire de Bruxelles (le déficit budgétaire ne doit pas dépasser 3% du PIB et la dette nationale ne doit pas dépasser 60% du PIB), qui est fondamentalement néolibérale et empêche les gouvernements d’augmenter les dépenses publiques de construction d’infrastructures et d’améliorer les conditions de vie des citoyens.

La droite se plaint que les politiques d’immigration et de réfugiés de Bruxelles détruisent la civilisation européenne. L’afflux de travailleurs détachés fait perdre leur emploi à de nombreux travailleurs locaux. De gauche à droite, de nombreuses personnes pensent que l’UE est une machine bureaucratique dépourvue de légitimité démocratique et que les pays ne devraient pas partager leurs souverainetés avec l’UE. D’autres estiment que pour renforcer la légitimité de la démocratie, il est nécessaire que les institutions de l’UE soient directement responsables devant les citoyens, ce qui nécessite une intégration plus poussée.

Avancer ou reculer?

le plan géographique, il existe deux contradictions principales dans l’UE: le «conflit Nord-Sud» et le «clivage Est-Ouest». Le conflit Nord-Sud de l’UE a éclaté lors de la dernière crise de la dette européenne, mais ses causes profondes datent d’avant la création de la zone euro : des pays du Nord comme l’Allemagne et les Pays-Bas ont développé depuis longtemps des modèles économiques axés sur les exportations, tandis que la France, l’Italie et l’Espagne dépendent davantage de la demande intérieure.

Après la création de la zone euro, les coûts d’exportation du Nord ont été encore réduits et leurs produits sont devenus plus compétitifs sur les marchés internationaux. Le Sud n’a pas été en mesure de réduire les coûts des exportations industrielles en dévaluant la monnaie locale. Par conséquent, bon nombre de ses produits industriels étaient en concurrence avec le Nord.

La politique monétaire ne pouvant pas être utilisée pour relancer l’économie, les pays du Sud ne peuvent que recourir à plus de politiques d’expansion fiscale, accumulant ainsi d’énormes dettes publiques, mais l’assiette fiscale du gouvernement n’a pas augmenté en conséquence, entre l’augmentation des dépenses et les revenus stagnants. L’écart entre les deux a causé d’énormes risques pour l’économie et les finances publiques des pays du Sud.  L’UE n’a pas mis au point de mécanisme de transfert financier solide pour équilibrer les avantages des pays du Nord tels que l’Allemagne, et cette tendance s’est poursuivie jusqu’à ce que la crise de la dette européenne soit déclenchée.

Après la crise de la dette européenne, l’Allemagne a été en récession pendant un certain temps, mais est rapidement devenu la principale force dans l’aide à la crise. Afin de stabiliser l’ordre financier européen, le Sommet européen de mars 2011 a approuvé la mise en place du mécanisme européen de stabilité (MES), doté d’une facilité de prêt réel de 500 milliards d’euros (709 milliards de dollars), visant à fournir une assistance financière aux pays membres, maintenir la viabilité de leur dette nationale et améliorer leur capacité de lever des fonds sur les marchés financiers sur une base d’autofinancement.

L’Allemagne a exporté son propre modèle d’austérité budgétaire par le biais du comité de gestion du MES, obligeant une série de pays du sud de l’Europe à se réformer conformément au modèle allemand. Le MES fixe des conditions strictes d’assistance au pays en difficulté. Les ministres des Finances des États membres de la zone euro sont membres du comité de gestion du MES et négocient s’il convient de fournir une aide financière, les conditions de l’aide, le montant des prêts et les outils.

Pour les pays aidés, cela équivaut à céder une grande partie du pouvoir financier à l’UE, et leur autonomie est considérablement réduite. Même si la situation financière des pays du sud de l’Europe s’est améliorée ces dernières années, la douleur causée par l’austérité budgétaire a également eu un impact considérable sur la population des pays concernés, et de nombreuses personnes ont une impression négative de l’UE et de l’Allemagne.

Le « clivage Est-Ouest » dans l’UE découle des problèmes provoqués par «l’élargissement rapide de l’UE vers l’Est ». L’UE a longtemps considéré l’élargissement comme un signe distinctif de son charisme, elle a dernièrement admis un certain nombre de pays d’Europe centrale et orientale. L’administration Bush aux États-Unis, se basant sur son soutien à la guerre américaine en Irak, distingue la «vieille Europe», représentée par l’Allemagne et la France, de la «nouvelle Europe», représentée par la Pologne, l’Espagne, l’Italie et la Grande-Bretagne.

La distinction entre « l’ancien et le nouveau » n’est pas strictement basée sur les frontières géographiques entre l’Europe occidentale et l’Europe centrale et orientale. Cependant, il est clair que des pays comme la Pologne et la République Tchèque sont plus proches des États-Unis. En 2019, le président polonais Duda a même déclaré que la Pologne était disposée à dépenser 2 milliards de dollars par an pour inviter les États-Unis à établir ses troupes en Pologne. Les tentatives du président Macron de rapprocher l’UE de la Russie se heurtent à l’obstacle polonais.

En outre, de nombreux pays d’Europe centrale et orientale, anciennement affiliés à l’Organisation du Traité de Varsovie, ont pu encourager certaines forces nationalistes dans ces pays pour échapper au contrôle soviétique et à l’influence russe. Mais une fois les forces nationalistes formées, il est impossible de soumettre les choses à un contrôle extérieur. Ils ont essayé de développer leurs économies à la lumière de leurs propres intérêts et à la lumière de l’intégration économique de l’UE, mais ont peu d’intérêt pour l’intégration politique de l’UE et ont des doutes ou même de la résistance à de nombreuses politiques de Bruxelles. L’Europe centrale et orientale avait une expérience bien moindre face à l’immigration de masse. Dans la crise européenne des réfugiés qui a éclaté en 2015, le Groupe de Visegrad, composé de la Pologne, de la Hongrie, de la République tchèque, de la Slovaquie et d’autres pays d’Europe centrale et orientale, a adopté une position ferme contre l’accueil des réfugiés, et n’était donc pas disposé à traiter avec l’Allemagne et la France.

Mais la Pologne et la Hongrie ne sont pas seulement « opposées » à l’Allemagne et la France sur la question des réfugiés. Le Premier ministre hongrois Orban Viktor Mihaly s’est publiquement opposé à la « démocratie libérale » et a préconisé la « démocratie chrétienne non libérale », qui a considérablement affaibli le pouvoir des médias libres, de la justice et des partis d’opposition. Le parti au pouvoir en Pologne, le Parti du droit et de la justice, et Orban se sont fait écho. Depuis qu’il a remporté la majorité absolue au Sénat et à la Chambre des représentants lors des élections de fin octobre 2015, le parti a emprunté à Orban les pratiques de centralisation du pouvoir, telles que le renforcement le contrôle officiel des médias d’information et des juges.

Depuis 2017, la Commission européenne et le Parlement européen ont recommandé au Conseil de l’Union européenne, en ce qui concerne respectivement la Pologne et la Hongrie, d’activer l’article 7 du traité de Lisbonne, selon lequel les États membres qui violent gravement les valeurs de l’UE sont sanctionnés et même privés de leur droit de vote dans l’UE. Bien que l’UE se soit retrouvée sans véritable sanction par crainte d’une confrontation interne entre différents groupes, les failles ont déjà été mises en évidence. Après le Brexit, la Hongrie et la Pologne sont devenues les principales forces d’équilibrage face à «l’axe franco-allemand». En raison de la taille nationale et de l’influence de la Pologne en Europe centrale et orientale, la France tente doucement un rapprochement avec le pouvoir en place. Le président Macron a déclaré le 3 février que dans une Europe défaite de la Grande-Bretagne, la Pologne, l’Allemagne et la France devraient « prendre la responsabilité de l’avenir de l’Europe ».

En l’absence de consensus parmi les États membres, la réponse de l’UE est de promouvoir une «Europe à plusieurs vitesses». Le 25 mars 2017, les chefs de gouvernement des 27 pays de l’UE, le président du Conseil européen, le président du Parlement européen et le président de la Commission européenne ont signé et publié conjointement la « Déclaration de Rome ». Les pays ont convenu « d’aller dans la même direction à des vitesses et à des profondeurs différentes ». Ce qui signifie que les différents États membres peuvent rejoindre le processus d’intégration à des vitesses variables.

Riposte épidémique : de l’insensibilité à la nécessité de mieux faire

Le nouveau virus est un virus à divers canaux de transmission. Une fois qu’une épidémie éclate, les décideurs politiques doivent courir contre la montre pour contrôler ou même couper le canal de transmission. Ils doivent séparer les cas légers des cas graves, et prendre des mesures pour éviter que les cas bénins ne se transforment en cas graves et submergent le système médicae.

Si, pour des raisons telles que la prise de conscience retardée, les différends entre les parties, la bureaucratie, ou les systèmes juridiques rigides, les gouvernements à tous les niveaux, tant verticaux que régionaux, ne peuvent pas coordonner leurs actions, le virus trouvera une voie de propagation. Malheureusement, l’UE a un haut degré de « masse », elle n’est pas un Etat souverain, et n’a donc pas le pouvoir de coordonner pleinement les politiques de lutte contre les épidémies de ses Etats membres. Il est nécessaire dans ce cas précis qu’un État membre se coordonne avec les autres États membres pour mettre en œuvre de nombreux actes de prévention et de limitation de la propagation.

Du point de vue constitutionnel, l’UE n’assume pas la responsabilité première de la lutte de la région contre l’épidémie. À la suite de l’apparition du SRAS en 2003, l’Union européenne a créé le Centre européen de contrôle de la vitesse (ECDC) en 2004 pour publier des informations et des recommandations politiques sur l’épidémie. Toutefois, les politiques anti-épidémies de l’UE sont difficiles à synchroniser en raison des différentes normes des systèmes de santé et du degré élevé d’incohérence entre la connaissance du virus et la sensibilisation à la stratégie anti-épidémie.

Lorsque l’épidémie a éclaté en Italie, la plupart des pays de l’UE ne se rendaient pas compte de la gravité de la situation et maintenaient la libre circulation. La restauration des contrôles aux frontières intérieures pouvait attirer les critiques des pays voisins et des dirigeants de l’UE. Par conséquent, les pays de l’UE se sont montrés particulièrement prudents à cet égard.

Le virus a donc continué de se propager de « l’épicentre » à toute l’Europe. L’Union européenne n’a pas annoncé la fermeture des frontières extérieures de l’espace Schengen pendant au moins 30 jours avant l’apparition d’épidémies dans différents pays européens. Les politiques de contrôle aux frontières adoptées par les pays limitrophes de l’Italie contre l’Italie reposent essentiellement sur leurs propres jugements, et le degré de coordination entre eux est faible. Lorsque les pays de l’UE ont repris le travail les uns après les autres en mai, l’Italie et ses pays voisins ont tourné autour des politiques de contrôle aux frontières et des différends ont de nouveau éclaté.

De janvier à février 2020, la plupart des pays de l’UE n’ont rien fait pour l’achat et le stockage de matériel de prévention des épidémies. Lorsque l’épidémie a éclaté, les décideurs de nombreux pays se sont soudainement rendu compte que le matériel de protection de leur pays n’était même pas suffisant pour fournir du personnel médical. Alors que l’Italie et l’Espagne étaient au plus fort de l’épidémie, les États membres de l’Union européenne accumulaient des matériaux de protection, ce qui peut être considéré comme une scène très laide dans l’histoire de l’Union européenne. À la mi-mars, les dirigeants de l’UE ont répondu à la saisie par l’Allemagne de masques importés d’Italie, exhortant l’Allemagne et la France à modifier l’interdiction d’exportation des fournitures médicales afin qu’elles puissent être exportées vers les États membres de l’UE, et la «guerre des masques» en Europe a pris fin. Bien entendu, l’Union européenne a déployé certains efforts dans l’achat de matériaux de protection, comme plusieurs appels d’offres communs pour des matériaux anti-épidémiques. Cependant, en raison de la baisse de la capacité de production causée par la « désindustrialisation » de l’Europe, l’achat de fournitures dans le pays a rencontré de nombreux problèmes. Les gouvernements de divers États membres se procurent eux-mêmes du matériel anti-épidémique en Chine, qui reste la principale source de matériel. En termes de développement de vaccins, les pays de l’UE ont un degré plus élevé d’unité. Les décideurs politiques de l’UE ont donné le ton selon lequel les vaccins devraient être des « produits publics universels » et ont alloué une grande quantité de fonds au développement de vaccins.

En termes de financement, l’UE a apporté une réponse progressive.

Dans la soirée du 18 mars, la Banque centrale européenne a annoncé sa décision de lancer un programme d’achat d’actifs d’urgence d’un montant total de 750 milliards d’euros, qui pourra être utilisé pour acheter des obligations d’État et des obligations d’entreprises. Cela a pour effet de renforcer la confiance dans des pays comme l’Italie et l’Espagne dont la situation financière est déjà relativement difficile. Le 23 mars, la réunion des ministres des finances de l’UE a décidé de suspendre le pacte de stabilité et de croissance adopté en 1997 (articles 121 et 126 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne) concernant les déficits budgétaires des États membres ne dépassant pas 3% du PIB, La dette nationale ne doit pas dépasser 60% du PIB en matière de discipline budgétaire, et les pays en difficulté,dont l’Italie, peuvent émettre davantage de dette nationale et augmenter les dépenses budgétaires pour surmonter les difficultés. C’est une énorme avancée. Cependant, avant que l’UE ne prenne cette décision, la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et d’autres pays ont déjà pris la décision d’investir d’énormes dépenses financières pour lutter contre l’épidémie et sauver l’économie.

La lutte la plus importante concerne le «mécanisme européen de stabilité» et les obligations communes de l’UE. Après le déclenchement de la nouvelle épidémie de coronavirus, les gouvernements de France, d’Italie, d’Espagne, de Belgique, de Grèce, du Luxembourg, du Portugal, de Slovénie et d’Irlande ont successivement appelé l’UE à émettre conjointement « des obligations de coronavirus». Cependant, l’Autriche, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède s’y sont opposés. La situation financière des différents pays de l’UE étant très différente, la dette nationale de l’Italie, de l’Espagne et de la France a dépassé le PIB, tandis que la dette nationale de l’Allemagne et des Pays-Bas est toujours inférieure à 60% du PIB. La cote de crédit souveraine est différente. Si les obligations sont émises conjointement, les pays du Nord pensent qu’ils seront exploités par les pays du sud.

Par rapport à la proposition d’obligation conjointe, le gouvernement allemand est plus enclin à activer le « mécanisme européen de stabilité ». Lors du dernier cycle de la crise de la dette européenne, ce mécanisme a imposé des exigences strictes de discipline budgétaire aux pays bénéficiaires. Pour l’Allemagne, il est très nécessaire que les institutions supranationales de l’UE contrôlent strictement les pays aidés. Si les pays aidés sont autorisés à obtenir des fonds, ils ne seront pas remis au niveau de l’UE (l’Allemagne étant le plus gros contributeur). La France, qui estime devoir être sur un pied d’égalité avec l’Allemagne, n’acceptera bien entendu pas le contrôle de la puissance fiscale de son propre pays. Par conséquent, entre l’Allemagne et la France, il existe de profondes divergences sur les questions financières.

Puisque le gouvernement de chaque pays est d’abord responsable devant ses propres électeurs, il est souvent très dangereux en politique électorale d’accorder des avantages à d’autres pays. La crise des réfugiés en 2015 a donné une leçon aux gouvernements. À cette époque, le gouvernement allemand dirigé par Merkel était ouvert à accepter des réfugiés et encourageait la réinstallation des réfugiés dans les pays de l’UE. Cette politique a non seulement rendu la droite mécontente, mais a également poussé de nombreuses personnes du milieu à se tourner vers la droite. Depuis lors, les gouvernements de tous les pays ont été prudents dans la mise en œuvre de politiques qui ne sont pas populaires auprès de la population.

Ce n’est que lorsque des pays non occidentaux tels que la Chine, la Russie, Cuba et le Venezuela se sont précipités pour aider l’Italie et ont exercé une certaine influence sur l’opinion publique que l’Union européenne a accéléré les arrangements financiers pour lutter contre l’épidémie et sauver l’économie pour montrer l’unité de l’Union européenne. Le 9 avril, après coordination entre l’Allemagne et la France, la réunion des ministres des Finances de l’UE a finalement atteint un plan d’aide de 500 milliards d’euros. Celles-ci comprennent 240 milliards d’euros de prêts fondés sur le mécanisme européen de stabilité. Les ministres des finances ont convenu qu’ils n’imposeraient pas de restrictions aux conditions macroéconomiques des pays aidés et exigeraient que ce prêt soit uniquement utilisé pour les dépenses de santé directes et indirectes causées par l’épidémie. Un autre consensus comprend: la création d’un fonds d’urgence de 100 milliards d’euros pour le risque de chômage, il est soutenu par le cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE.

Face au «conflit Nord-Sud» de l’épidémie, l’Union européenne a travaillé dur pour «rattraper le coup» et apporter le plus d’assistance possible aux pays en difficulté comme l’Italie sans affecter la structure budgétaire de l’UE. Sur la question des « clivages Est-Ouest », l’UE était plutôt sur la retenue.

Au cours de l’épidémie, le Parlement hongrois a adopté la « nouvelle loi sur l’épidémie de Covid-19 », autorisant le gouvernement Orban à prolonger indéfiniment l’état d’urgence sans le consentement du Parlement (ou avant que le Parlement révoque cette autorisation), et à contrôler par un décret la gestion du pays.Les actions de la Hongrie ont suscité des critiques et des doutes de la part des politiciens de certains États membres de l’UE, mais les responsables de l’UE n’ont pas commenté cela au nom d’une institution, ce qui reflète la prudence des décideurs politiques de l’UE. La chose la plus gênante pour les dirigeants allemands est probablement l’acceptation par la Pologne de certaines des troupes américaines retirées d’Allemagne. L’attachement de la Pologne aux États-Unis est une grande contrainte pour l’UE qui souhaiterait améliorer ses relations avec la Russie. Cependant, depuis que l’Union européenne a mis en avant le concept de « l’Europe à plusieurs vitesses », placer la Hongrie et la Pologne sur la « voie lente » peut être un arrangement possible. Toute action irréfléchie peut provoquer une division ouverte au sein de l’UE, affaiblissant ainsi l’attrait de l’UE pour les pays extérieurs.

L’UE à l’ère post-épidémique

Dans la lutte contre l’épidémie en 2020, l’UE a dans un premier temps mis du temps à réagir , puis a travaillé d’arrache-pied pour y remédier. Dans quelle mesure la réponse tardive de l’UE peut-elle continuer à maintenir son unité interne? L’UE peut-elle conserver son attractivité comme avant?

S’agissant de cette dernière question, avant le déclenchement de l’épidémie, l’expansion de l’UE s’était considérablement ralentie. En octobre 2019, le président français Emmanuel Macron s’est opposé à l’ouverture des négociations d’entrée de l’UE avec la Macédoine du Nord et l’Albanie, au motif que l’UE est occupée à faire face au Brexit et à d’autres défis et qu’elle n’est pas en mesure d’accepter deux autres États membres. Le Danemark et les Pays-Bas estiment également que les Balkans occidentaux sont inefficaces pour lutter contre la corruption et la criminalité et que les conditions d’adhésion à l’alliance ne sont pas encore mûres. La Serbie a été informée que la condition préalable à l’adhésion à l’UE était de reconnaître l’indépendance du Kosovo. Le Kosovo est le berceau de la nation serbe, ce qui est inacceptable pour la nation serbe. L’Ukraine est un pays qui a activement cherché à rejoindre l’UE ces dernières années. Cependant, en raison de considérations géopolitiques complexes, l’UE a une attitude ambiguë à l’égard de la candidature de l’Ukraine et ne la rejette ni ne l’accepte explicitement.

Si l’UE ne continue pas à « affectionner » les pays voisins, ces derniers peuvent « affectionner des choses différentes » sachant que les États-Unis ont la plus grande base militaire d’Europe au Kosovo; la Russie a toujours une influence géopolitique traditionnelle sur les Balkans occidentaux; les investissements de la Chine dans les Balkans occidentaux ont créé beaucoup d’emplois dans la région; et la Turquie cherche à maintenir sa présence au sein de la communauté musulmane dans les Balkans.  La Serbie, qui cherchait activement à rejoindre l’UE, s’est éloignée de l’UE ces dernières années. Avant la propagation de l’épidémie, la Commission européenne avait annoncé une proposition de réforme du processus d’adhésion à l’UE, ajoutant des clauses telles que la réversibilité des négociations.

L’UE s’est d’abord engagée à maintenir son attrait pour l’Ukraine. Début avril, la Commission européenne a annoncé qu’elle fournirait à l’Ukraine plus de 190 millions d’euros d’aide. Cependant, au début de l’épidémie, l’Union européenne n’a pas pleinement pris en compte les besoins des Balkans occidentaux pour lutter contre l’épidémie. En mars, elle a annoncé l’interdiction de la vente de fournitures médicales telles que des masques. C’était un coup dur pour les pays des Balkans occidentaux qui avaient demandé à rejoindre l’Union européenne. Le président serbe Vucic a pleuré lors d’une conférence de presse et a fortement accusé l’UE d’indifférence, affirmant que « l’unité européenne n’existe pas et ce qui est écrit sur le papier n’est qu’un conte de fées ».

Face à la situation dans les Balkans, les dirigeants de l’UE ont développé un profond sentiment de crise. Le 5 mai, le Conseil européen a approuvé un programme d’assistance macroéconomique d’un montant total de 3 milliards d’euros à 10 voisins et pays partenaires de l’Union européenne, dont la Bosnie-Herzégovine, l’Albanie, la Macédoine du Nord, le Kosovo et le Monténégro, cinq pays (régions) des Balkans. Le 6 mai, les dirigeants de l’UE, la Serbie, le Kosovo, le Monténégro, l’Albanie, la Bosnie, la Macédoine du Nord et les dirigeants de 27 États membres de l’UE ont accueilli le sommet vidéo sur les Balkans occidentaux. Des responsables de l’UE ont également présenté des programmes d’assistance économique pour les Balkans occidentaux sous conditions de renoncer à leur proximité avec la Russie et la Chine.

L’UE peut-elle atteindre ses objectifs ?

Lors de la dernière crise de la dette européenne, la Grèce, qui est déjà membre de l’Union européenne, avait l’habitude de solliciter l’aide de la Russie comme monnaie d’échange pour négocier avec l’Union européenne. Pour les pays qui n’ont pas encore rejoint l’Union européenne, cette stratégie est plus attractive. Si, après l’épidémie, l’économie de l’UE est davantage limitée à la stagnation et que, parallèlement, l’investissement des pays étrangers dans la région augmente encore, l’attractivité de l’UE continuera de baisser.  Le «combat» non engagé de l’Union européenne dépend de la mesure dans laquelle elle peut dégager des dividendes pour les pays concernés, mais cela dépend en fin de compte de sa capacité à surmonter les contradictions internes et à revenir sur la voie de la croissance.

D’autre part, en ce qui concerne l’intégration au sein de l’UE, les différents pays ont des attentes différentes quant au rôle de l’UE. En réponse à des crises spécifiques, l’UE n’a cessé d’approfondir son processus d’intégration, mais toutes les crises ne favoriseront pas l’unité de l’UE. La crise de la dette européenne a considérablement accéléré le transfert du pouvoir des pays membres vers l’UE, mais la crise des réfugiés qui a commencé en 2015 a provoqué un plus grand fossé au sein de l’UE, avec les forces populistes de droite dans de nombreux pays membres.

L’épidémie entraînera-t-elle la croissance des forces populistes de droite ?

Etant donné la baisse de la fréquence des activités politiques due à l’épidémie, il nous est encore difficile de constater les changements dans le pouvoir politique. Mais, historiquement, les crises majeures apportent souvent un « effet drapeau » qui permet à l’exécutif d’obtenir un soutien plus populaire. En attendant, la lutte contre l’épidémie elle-même signifie que de nombreux partis au pouvoir dans de nombreux pays doivent « exercer » certaines des idées des populistes de droite. Par exemple, les pays de l’UE ont rétabli le contrôle aux frontières entre eux.

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Cependant, le danger féroce de l’épidémie a encore exposé la vulnérabilité de chaque pays, faisant réaliser à de nombreuses élites et personnes qu’elles sont « incapables de faire quoi que ce soit » en s’appuyant sur leurs propres forces. Même la Pologne et la Hongrie, attendent avec impatience de recevoir des fonds de l’UE pour promouvoir la reprise économique.

Sur la question de la finance commune, l’Allemagne et la France ont réalisé une percée révolutionnaire le 18 mai, en acceptant d’émettre des obligations communes au nom de l’Union européenne, de lever 500 milliards d’euros pour créer un fonds de recouvrement, soutenir les secteurs et les régions durement touchés. Cela signifie la dette budgétaire à long terme au niveau de l’UE, mais aussi que les pays du Nord comme l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark et l’Autriche devront partager la charge de l’Italie. Les risques financiers des pays du Sud, comme l’Espagne, ne peuvent pas leur être imposés par de dures demandes de pouvoir fiscal.

Le 27 mai, la Commission européenne a présenté un projet de loi de relance anti-épidémie de 750 milliards d’euros, dont 500 milliards d’euros ont été versés sous forme de dons et 250 milliards d’euros sous forme de prêts. Les Pays-Bas et d’autres s’y sont opposés. À partir du 17 juillet, après 85 heures de consultations, les dirigeants des 27 pays de l’UE se sont finalement mis d’accord sur un fonds de relance. Avec une forte coordination entre l’Allemagne et la France, les Pays-Bas et d’autres pays du Nord ont abandonné leur demande de lier les allocations d’aide aux engagements de réforme financière.

Selon le compromis final, l’Italie, l’Espagne et d’autres pays gravement touchés par l’épidémie recevront 390 milliards d’euros de financement de l’UE, qui seront remboursés par le budget commun de l’UE. Les autres pays se partagent les 360 milliards d’euros de prêts à faible taux d’intérêt de l’UE. La Pologne et la Hongrie, qui sont plus les plus « douteuses de l’Europe », devraient recevoir un certain montant de fonds. La catastrophe a favorisé des réformes majeures et la « finance commune » de l’UE a fait un grand pas en avant. Cela aide à réparer les défauts structurels causés depuis de nombreuses années par le retard de l’Union européenne dans la construction de la monnaie commune et à mieux coordonner les relations d’intérêt au sein de l’Union européenne.

De nombreux pays de l’UE ont depuis les années 90 mis en œuvre un système de «division verticale du travail» à l’échelle mondiale, transférant certains processus à faible technologie et à valeur ajoutée vers l’Asie, en particulier la Chine. Au cours des dix dernières années, par confiance dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, de nombreux pays ont constamment recyclé les stocks de matériaux de protection périmés, mais n’ont pas fait de nouveaux suppléments.

Après l’épidémie de Covid-19, les pays de l’UE font face à une pénurie de matériel de protection, et même incapables de fournir un équipement de protection individuelle adéquat pour les soins médicaux, ce qui entraîne l’infection d’un grand nombre de membres du personnel médical. De nombreux pays ne peuvent pas produire de kits de test et de nombreux médicaments importants, et ils doivent également importer de Chine. Bien que la Chine fasse de son mieux pour reprendre le travail de production de matériel de prévention des épidémies pour le monde, l’instabilité de la chaîne d’approvisionnement internationale a déclenché de longues discussions dans les cercles d’opinion publique des pays de l’UE.

Au même moment, l’épidémie a mis en évidence l’influence des pays étrangers sur les entreprises dont le siège est dans l’Union européenne, et renforcé la sensibilisation aux risques des dirigeants européens. En mars, les États-Unis ont promu l’acquisition de la société allemande de vaccins CureVac et l’Union européenne a accordé en urgence à l’entreprise un prêt garanti de 80 millions d’euros, ce qui a évité cet incident de «coupure du mur». Le 13 mai, le PDG du groupe pharmaceutique français Sanofi a déclaré que si l’entreprise développe un nouveau vaccin couronne, elle donnera la priorité aux Etats-Unis. L’entreprise reçoit depuis longtemps des financements de recherche des États-Unis. Le porte-parole du palais présidentiel français et le Premier ministre se sont tous les deux prononcés pour critiquer, et tous les secteurs de la société ont vivement réagi. Ceci, combiné au manque de maillons dans la chaîne industrielle, a contraint l’UE à réfléchir à sa propre «souveraineté économique».

En bref, l’épidémie a incité les décideurs des pays de l’UE à se rendre compte que s’ils font trop confiance à la chaîne d’approvisionnement mondiale, ils risquent de s’exposer à un risque élevé. Par conséquent, de nombreux matériaux stratégiques doivent avoir une base de production locale, ou au moins avoir plusieurs sources d’approvisionnement. Aucun des États membres de l’UE n’a la capacité de construire un secteur industriel complet. Par conséquent, pour réduire le risque de dépendance excessive à l’égard de la chaîne d’approvisionnement mondiale, l’importance de l’UE en tant que région sera soulignée. Les États membres peuvent se coordonner entre eux et des et renforcer l’intégration mutuelle de la chaîne industrielle. De cette manière, en cas d’urgence, un approvisionnement plus sûr en matériaux peut être obtenu.

Les relations sino-européennes à l’ère post-épidémique

Un rapport stratégique publié par la Commission européenne en mars 019 avait positionné la Chine comme un «rival systémique », ce qui n’est pas un bon signal pour les relations sino-européennes. Une fois le pic de l’épidémie de l’UE passé, nous devons réfléchir et juger si la réflexion de l’élite européenne sur la souveraineté économique et les risques de la chaîne industrielle conduira inévitablement les pays de l’UE à retirer les investissements connexes de Chine. La réponse peut être non. Parce qu’il est très difficile pour le capital mondial de trouver un environnement d’investissement à faible coût et à haut rendement comme la Chine, les réalisations exceptionnelles de la Chine dans la lutte contre l’épidémie ont en fait consolidé sa supériorité dans l’environnement de l’investissement.

Dans le même temps, par rapport au marché chinois, les avantages du marché américain diminuent. Il est également impossible pour les gouvernements des pays de l’UE de disposer de fonds suffisants pour indemniser les investisseurs des pertes causées par le retrait des investissements de Chine. S’il n’y a pas d’interférence forte des États-Unis, pour de nombreux pays, l’adoption de la «Chine +1» dans l’approvisionnement en matières premières peut être une manière plus rationnelle de diversification des risques.

Dans le même temps, après l’épidémie, en raison de la baisse des valorisations d’un grand nombre d’entreprises dans les pays de l’UE et du besoin urgent d’injections de capitaux externes, une vague de fusions et d’acquisitions transfrontalières se produira inévitablement.

Avec la modernisation de l’industrie chinoise, le côté concurrentiel des relations entre la Chine et l’Allemagne, la France et d’autres pays a commencé à devenir prépondérant. Après l’éclatement de la crise de la dette européenne, les entreprises chinoises ont acquis des entreprises locales dans les pays de l’UE, comme l’acquisition par Geely de la société suédoise Volvo, et l’acquisition par Midea de l’allemand Kuka, qui a suscité la vigilance des décideurs politiques allemands et européens.

L’examen interne par le gouvernement de l’UE des fusions et acquisitions stratégiques de l’industrie s’est tranquillement renforcé, et les entreprises chinoises ont rencontré des seuils de plus en plus élevés pour les fusions et acquisitions d’entreprises dans l’UE.

Le 25 mars, la Commission européenne a publié une directive sur la réglementation des investissements directs étrangers et la protection des actifs stratégiques de l’UE pendant la nouvelle épidémie de Covid-19, rappelant aux États membres de prêter attention aux investisseurs étrangers qui acquièrent des actifs stratégiques de l’UE pendant la nouvelle crise épidémique.

En aidant l’Europe centrale et orientale et l’Italie, la Chine pourrait renforcer ses liens économiques avec ces pays. Cependant, le renforcement par l’UE de l’examen des fusions et acquisitions dans les secteurs stratégiques pourrait réduire l’espace dont disposent les entreprises chinoises pour procéder à des fusions et acquisitions sur le marché de l’UE. Cependant, la politique de l’UE consistant à réajuster la chaîne industrielle peut également créer de nouvelles opportunités pour la Chine. Si les pays de l’UE veulent reconstruire certains liens manufacturiers dans leurs industries, il y aura un problème d’agencement: une possibilité est de transformer la «division verticale du travail» actuellement menée à l’échelle mondiale en une «division verticale du travail» au sein de la région. Certaines personnes proposent de déployer la fabrication dans les pays membres où les coûts de la terre et de la main-d’œuvre sont relativement faibles.

Si la mondialisation économique a connu d’énormes rebondissements en raison de l’épidémie, la mondialisation de l’information s’est encore accélérée avec l’épidémie.  Au plus fort de l’épidémie en Europe,  la Chine a été « diabolisée » dans les médias européens, ce qui a également provoqué une certaine réaction dans le cercle de l’opinion publique chinoise. Cependant, la recherche de «boucs émissaires» en période de panique est une réponse courante de la société humaine. Ce que nous devons voir, c’est que les dirigeants de l’UE n’ont pas le fardeau psychologique de la «perte d’hégémonie» de l’administration Trump, et qu’ils sont généralement beaucoup plus rationnels dans leurs relations avec la Chine.

De plus en plus d’élites européennes ont reconnu les réalisations de la Chine dans la lutte contre l’épidémie et ont réalisé que l’influence de la Chine dans l’ère post-épidémique continuera d’augmenter. Le 25 mai, le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (communément appelé «ministre des affaires étrangères de l’UE»), Josep Borrell Fontelles, a déclaré lors de la réunion annuelle des ambassadeurs allemands à Berlin que l’épidémie de Covid-19 pouvait être considéré comme un tournant dans le transfert du pouvoir de l’Ouest vers l’Est, le «siècle asiatique» approche. Le 9 juin, après le dixième cycle de dialogue stratégique de haut niveau entre la Chine et l’UE, lorsque les médias ont demandé comment comprendre la position de la Commission européenne en tant que «rival systémique» de la Chine en 2019, Borelli a déclaré: «ne pensez pas que la Chine jouera un rôle qui menace la paix mondiale » .

En ce qui concerne les questions liées à Hong Kong, la réponse de l’UE est plus prudente que le groupe des cinq dirigée par les États-Unis. Depuis que l’Allemagne a assumé la présidence de l’Union européenne le 1er juillet, Merkel et le ministre allemand des Affaires étrangères ont tous deux lâché prise, plaidant pour que l’Allemagne inscrive ses relations avec la Chine comme la future orientation diplomatique de l’UE.

La déclaration d’orientation politique de l’Allemagne et de l’UE contient deux messages importants. Le premier est que les dirigeants de l’UE tentent de surmonter les contradictions internes et les divergences d’intérêts entre les États membres. La formation d’une politique chinoise unifiée au niveau de l’UE, y compris la déclaration des « valeurs communes », est très importante pour maintenir le processus d’intégration de l’UE.

Le second message est que l’UE et la Chine partagent un terrain d’entente dans le contexte de la stratégie « l’Amérique d’abord », ce qui porte souvent atteinte aux intérêts de l’UE.

Bien que la capacité hégémonique et de définition d’agenda des États-Unis en Europe reste très forte dans l’ère post-épidémie (la capacité de forcer certains États membres de l’UE à abandonner Huawei dans la construction de la 5G), tant que les États-Unis adhèreront à « l’Amérique d’abord », L’UE maintiendra encore une certaine distance par rapport aux États-Unis en termes de politique étrangère et renforcera sa propre autonomie en matière de défense, d’économie et de politique.

De nombreux pays membres poursuivront toujours la stratégie consistant à compter sur la protection militaire américaine et à renforcer les liens économiques avec la Chine. Ils ne se joindront pas précipitamment à la « nouvelle guerre froide » lancée par les États-Unis. Dans le contexte général de l’intensification de la confrontation sino-américaine, l’UE est devenue une « zone tampon » dans laquelle la Chine et les États-Unis peuvent exercer une certaine influence.

Il s’agit de la crise la plus grave que l’UE ait connue depuis sa création. Pour savoir si elle peut transformer cette crise en opportunités, il faut un suivi et une observation approfondis de toutes les parties. En termes d’agrégats économiques, le PIB de l’UE pourrait bientôt être dépassé par la Chine. L’influence idéologique de l’UE sur la Chine s’estompe également. Cependant, les pays de l’UE ont encore beaucoup de voix et d’influence dans la formulation des normes internationales et la formation de l’opinion publique internationale. La Chine doit non seulement conquérir l’Union européenne dans son jeu avec les États-Unis, mais aussi souvent recourir à la puissance de l’Union européenne dans ses interactions avec le tiers monde. En augmentant les parties prenantes, elle réduit l’opinion publique internationale, les normes industrielles et l’environnement politique. La puissance de l’UE après l’épidémie s’est peut-être affaiblie par rapport à la Chine, mais son degré d’intégration et son autonomie stratégique devraient encore s’améliorer. Dans un monde où l’hégémonie unipolaire est en déclin, l’Union européenne reste l’une des forces les plus importantes sur la scène internationale.

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